Amazon Cloud Drive encourage-t-il le piratage de musique?

HIGH-TECH Amazon lance son service de stockage en ligne et de streaming. Une initiative intéressante pour le consommateur mais peu goûtée par l'industrie du disque...

Philippe Berry

— 

Amazon Cloud Drive et Cloud Playrer est un service de stockage et de streaming.
Amazon Cloud Drive et Cloud Playrer est un service de stockage et de streaming. — DR

De notre correspondant à Los Angeles

Amazon a décidé de forcer la main des majors. Alors qu'Apple et Google négocient encore en coulisse des droits de licence pour permettre à l'utilisateur de stocker sa collection musicale en ligne et d'y accéder depuis n'importe où en streaming, le vendeur en ligne les coiffe au poteau avec Amazon Cloud Drive/Player.

Cloud Drive et Player, comment ça marche?

On stocke ses MP3 (ou photos, vidéos, fichiers) en ligne. Ils sont ensuite accessibles en écoute en streaming via un client Web ou sur Android (pas d'app iPhone dans l'immédiat, Apple et Amazon sont fâchés). Sans synchronisation à la Dropbox, l'interface reste un brin rustique mais fait le boulot avec un scan rapide et en gérant les playlists.

Combien ça coûte?

Ça dépend. C'est gratuit pour 5 Go (de quoi stocker entre 800 et 1.000 chansons) et disponible partout dans le monde. Dans un premier temps, l'espace supplémentaire est réservé aux Etats-Unis. Pour 50 Go, compter 50 dollars pour un an (3 euros par mois), un espace suffisant pour la plupart des utilisateurs désirant utiliser le stockage principalement pour leur collection musicale. Les plus gourmands peuvent aller jusqu'à 1.000 Go (1.000 dollars, soit 60 euros par mois). Bonus non négligeable: les MP3 achetés sur Amazon sont stockés gratuitement dans le nuage, sans entamer son quota d'espace.

Et la concurrence?

Deezer propose un système qui permet de stocker sa collection, mais uniquement via l'abonnement Premium Plus (9,99 euros par mois, pour un espace illimité qui comprend également l'accès à 7 millions de chansons en streaming). Mspot, l'une des expériences les plus agréables, offre 2 Go gratuitement, ou 40 Go pour 3 euros mensuels. On peut encore bidouiller pour transformer gratuitement son PC en serveur musical avec des services comme Orb ou ou Gmote.

Les majors grondent

Officiellement, personne n'a encore déclaré le service d'Amazon illégal, mais presque. «Nous espérons qu'Amazon va signer un nouvel accord de licence», confie Sony Music à Reuters. Amazon, de son côté, estime être dans son bon droit, précisant à AllthingsDigital: «Nous n'avons pas besoin de nouvelles licences. Stocker sa musique avec Cloud Drive n'est pas différent d'une sauvegarde sur un disque dur externe.» Le problème, c'est qu'il ne s'agit pas simplement de stockage mais également d'écoute en streaming. Les majors estiment donc que les accords actuels avec les vendeurs de musique ne couvrent pas cette fonction et cherchent à négocier des royalties plus importantes.

Le spectre du piratage

Avec des services comme celui d'Amazon, on peut accéder en streaming à toute sa collection... Y compris à ses MP3 obtenus illégalement, ce que les majors, déjà forcées d'abandonner les DRM sous la pression populaire, n'apprécient que modérément. L'arrivée des smartphones connectés en permanence à Internet a permis à des offres de streaming légales comme Deezer ou Spotify de se démocratiser. Pris à la gorge, la plupart des «petits» acteurs ont cependant dû accepter de verser des royalties exorbitantes à l'industrie du disque. Même si rien n'est officiel, Apple, qui a racheté Lala.com l'an dernier, négocie toujours, tout comme Microsoft et Google. Reste à voir si le coup de force Amazon sera suivi par d'autres.