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Intelligence artificielle : Adopter une IA pour doper sa sexualité ? Ce n’est plus un tabou
HER ?•Selon un créateur d’avatars IA, beaucoup voient dans certains chatbots un terrain favorable pour explorer leurs désirs et doper leur sexualité. D’autres y voient de possibles dérives dangereusesChristophe Séfrin
L'essentiel
- Le créateur d’avatars IA Joi AI a réalisé un sondage auprès de 2.500 personnes sur leur usage de l’intelligence artificielle à des fins intimes.
- Entre le gain de confiance en soi offert par ces outils numériques et l’exploration de nouveaux fantasmes, les expériences sont nombreuses.
- Mais les risques de telles pratiques alertent déjà, avec des conséquences que l’on peut redouter…
C’est un sondage qui pose une question existentielle : « Sommes-nous AI-sexuels » ? En filigrane, la façon avec laquelle certaines personnes utilisent déjà l’intelligence artificielle à des fins intimes, ou comptent l’utiliser dans ce sens. Reste que les résultats de cette enquête (qu’il faudra sans doute pondérer), nous propulsent directement dans l’ambiance du film her, réalisé en 2013 par Spike Jonze.
À l’époque (il y a treize ans déjà, soit 10 ans avant ChatGPT), un homme tombait amoureux d’un avatar logé dans son ordinateur. Cette fois, on y est !
En couple avec un avatar
Quiconque a déjà dialogué avec une IA générative s’est peut-être hasardé à pousser son chatbot de prédilection dans ses derniers retranchements et à ouvrir un dialogue… intime avec « elle » ou « lui ».
De son côté, la firme turque Joi IA, qui développe une application de compagnie virtuelle à base d’intelligence artificielle, a réalisé un sondage auprès d’adultes Gen Z et milleniums* sur les rapports intimes qu’ils entretiennent avec ces avatars qui entrent chaque jour davantage dans nos vies.
Où il apparaît qu’une fois franchi le stade de la simple curiosité, avec un partenaire simulé par l’intelligence artificielle, l’IA possède bien d’autres vertus. Au premier rang desquelles figure la confiance.
Répéter un scénario de drague
Ainsi, l’IA rassure : 60 % des personnes affirment qu’il est plus facile d’exprimer ses désirs à une intelligence artificielle qu’à une personne, tandis que 37 % l’utilisent pour répéter un scénario de drague avant, éventuellement, de le mettre en pratique. Résultat : cet usage permettrait à 64 % des sondés de doper leur sentiment de sexiness, soit leur propre sentiment d’attractivité sexuelle. Éloquent…
Du virtuel au réel, les effets seraient ainsi bénéfiques, avec une sensation de honte en perte de vitesse, ou encore l’expérimentation en « sécurité » avant de « négocier » avec un ou une partenaire…
Explorer de nouveaux fantasmes
Allant plus loin dans leurs échanges avec leur chatbot, les sondés révèlent à 31 % (soit plus d’une personne sur quatre) que l’IA leur permet d’explorer de nouveaux fantasmes. Est-ce la raison pour laquelle 61 % reconnaissent que grâce à l’IA, leur vie sexuelle hors ligne s’est améliorée ? On ne le saura pas.
En tout cas, 28 % des 2.500 personnes interrogées avouent qu’elles seraient prêtes à entretenir une relation avec une IA, comme dans le film her, un chiffre qui grimpe à 49 % lorsqu’il s’agit d’envisager une relation sexuelle avec une IA incarnée. La sextech semble avoir de beaux jours devant elle.
Des risques à ne pas négliger
Bilan en ce début 2026 : 55 % des utilisateurs d’IA sondés par Joi AI se déclarent ouvertement « IA sexuels ». Aussi éloquents soient-ils, les résultats de ce sondage restent tout de même à relativiser. Les répondants sont rompus à l’utilisation de chatbots IA et ne sont pas, comme le voudrait la règle pour un sondage en bonne et due forme, forcément « représentatifs de la population ».
Des voix se lèvent déjà, alertant du risque d’isolement et d’enfermement que ces nouvelles pratiques risquent d’engendrer. Et sur le fait que les réponses parfaitement calibrées de l’IA qui apprend de ses utilisateurs (comme avec les avatars modelés selon nos désirs par Joi AI) peuvent aussi reproduire et amplifier le sbiais sexistes ou racistes, mais aussi créer des attentes irréalistes. Avec toutes les conséquences néfastes, voire désastreuses, que l’on peut imaginer dans la vraie vie…
Parmi les autres dérives de l’usage de l’IA au service de l’érotisme, des associations féministes pointent le fléau des deepfakes. L’IA permet de superposer le visage d’une personne réelle (célébrité ou particulier) sur des contenus pornographiques avec un réalisme saisissant. Cette pratique mène souvent au harcèlement ou à la « sextorsion ». L’IA au service de la pornographie favorise également la normalisation de contenus illégaux ou toxiques, mettant en scène des situations extrêmes, illégales ou simulant des mineurs.
Nos articles sur la SexualitéSelon un récent sondage Ifop pour Libération, un Français sur cinq âgé de moins de 35 ans aurait déjà eu des relations érotiques avec une IA. Et 6 % des Français, tous âges confondus, auraient déjà eu une relation romantique avec une IA. 8 % auraient quant à eux, déjà entretenu des conversations érotiques avec leur chatbot…
*menée en février 2026 auprès de 2.500 personnes



















