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JO 2026 : « Je ne suis pas du tout à mon prime », confie Mathis Desloges, qui espère dépasser Klaebo « avant 2030 »
Interview•Triple médaillé d’argent aux Jeux olympiques d’hiver de Milan-Cortina, le fondeur Mathis Desloges (23 ans) se confie à « 20 Minutes »Quentin Ballue
L'essentiel
- Mathis Desloges (23 ans) a crevé l’écran aux Jeux olympiques de Milan-Cortina : le fondeur a remporté trois médailles d’argent à Tesero sur le skiathlon, le 10 km libre et le relais.
- L’athlète de Villard-de-Lans a écrit l’histoire du ski de fond en devenant le deuxième représentant français à obtenir une médaille olympique individuelle dans son sport, vingt ans après Roddy Darragon.
- Avant de reprendre la compétition ce week-end à Oslo, il s’est confié à « 20 Minutes » sur cette quinzaine enchantée et ses ambitions pour 2030. Il avait évidemment ses médailles, soigneusement rangées dans… des chaussettes, histoire de ne pas les abîmer.
Il nous a fait crier devant la télé du boulot pour du ski de fond, et même plusieurs fois. Pas le moindre des exploits réussi par Mathis Desloges, la révélation tricolore des Jeux d’hiver, qui est venu visiter 20 minutes avec trois médailles d’argent bien planquées dans des chaussettes de sport. Interview avec l’homme qui va encore plus tout casser en 2030
Les Jeux olympiques sont terminés depuis un peu plus de deux semaines. Tu es encore sur ton petit nuage ?
Non, j’ai eu le temps de redescendre, de revenir à la réalité. Mais j’ai toujours en tête ce qui s’est passé, ça c’est sûr !
Tu t’es surpris toi-même lors de ces Jeux ?
Oui et non parce que j’ai préparé ces Jeux depuis de longs mois. Je me préparais pour ça, dans l’objectif de faire des médailles. J’avais annoncé mes ambitions avant les Jeux. Donc surpris, non, mais très fier de l’avoir fait. Parce qu’entre ce qu’on entreprend, ce qu’on veut faire et ce qu’on fait, des fois, il y a un fossé. Pour ma part, je venais pour une médaille individuelle et une en relais. Je repars avec deux en indiv', le compte est bon !
Tu n’étais jamais monté sur un podium de Coupe du monde. Comment tu expliques que tu as réussi à faire aux JO ce que tu n’avais jamais fait auparavant ?
J’ai préparé les Jeux comme je n’avais jamais préparé une autre course. J’ai poussé les curseurs beaucoup plus loin que d’habitude. J’ai aussi pris plus le temps, j’ai mis en place des choses que je n’aurais pas spécialement mises en place pour des Coupes du monde. Les Jeux olympiques, c’est tous les quatre ans, c’est extraordinaire, et tout le monde prépare cet événement comme aucun autre. Je suis très fier de ce que j’ai fait. Ce qui détermine aussi un grand champion, ce sont les performances le jour J.
Tu penses pouvoir remettre ces choses en place dans l’avenir ?
Bien sûr, je peux très bien les remettre en place pour les Jeux dans quatre ans. Je pense pousser encore un peu plus loin les curseurs, faire les choses encore un peu mieux. Je pense que j’ai une marge de progression assez importante sur certains aspects de la performance. Sur une saison entière, c’est difficile d’imaginer avoir un tel niveau de performance, mais par contre, sur des moments de la saison, oui, bien sûr.
Tu as été reçu comme une rock star à Villard-de-Lans. Dans ces moments-là, tu ressens quoi ? Tu prends une claque ?
Ouais, c’est énormément de joie. La partager avec les gens de chez moi, c’était dingue. J’ai revu des anciens copains avec qui on s’était perdu de vue, c’était assez riche en émotions. J’ai hâte de refaire ça dans quatre ans ! C’était aussi un moment d’échange et de partage avec les plus jeunes des clubs. C’est important de donner envie aux prochaines générations de faire du ski de fond, parce que c’est un sport magnifique. Si je peux transmettre ça, c’est important pour moi.
Tu sais combien d’autographes tu as signés ?
Non, je n’ai pas compté ! Plusieurs milliers je pense. Mais tant mieux, je le fais avec grand plaisir. Ce sont des moments uniques à chaque fois.
Tu arrives à gérer l’afflux de DM sur Instagram ?
Ça, ce n’est pas moi qui gère tout pour être honnête (rires). J’essaie de répondre au maximum de sollicitations, que ce soit les médias ou les personnes qui me félicitent. Ça met du temps mais je réponds à tout le monde.
Tu as reçu des propositions un peu loufoques, de fans ou de potentiels partenaires ?
Des messages loufoques, j’en ai un paquet ! Ma mère est enseignante-chercheuse à Grenoble, j’ai reçu des messages d’une élève qui dit que grâce à moi, ma mère était plus sympa sur les copies. Ce qui n’est pas vrai d’ailleurs (rires) ! Elle a dit que ça mettait de la bonne ambiance dans l’école et que c’était très appréciable.
Il y a eu des demandes en mariage ?
Il y a eu des demandes en mariage ! Que j’ai refusées, mon cœur est pris aujourd’hui.
Avec 120.000 euros de primes, on achète quoi ? Une belle voiture ou un tapis de ski à roulette ?
Vous avez la réponse ! Je n’achèterai pas une nouvelle voiture, je vais sûrement acheter un tapis pour m’entraîner. Je passerai beaucoup d’heures d’entraînement dessus donc c’est le projet. Le projet, c’est 2030, je suis déjà tourné vers les Jeux à la maison. Je mettrai tout en place pour performer et ramener des titres olympiques là-bas.
Ça coûte cher, un tapis comme celui que tu voudrais ?
Ça coûte très, très cher. Je passe 100 % des primes dedans !
Ce serait un vrai plus dans ton entraînement ?
C’est un super outil, qui permet de monitorer toutes les séances et d’avoir un suivi. On n’a pas de capteur de watts comme le vélo, pas de vitesse comme la course à pied, on ne peut pas monitorer l’entraînement de manière exacte. Un tapis, c’est la façon pour nous d’avoir tout ce monitoring et de suivre ma progression. C’est aussi un outil qui peut permettre de s’entraîner à l’intérieur quand le temps nécessite de le faire.
Quand tu étais plus jeune, tu as aussi fait du biathlon. Pourquoi avoir privilégié le ski de fond ?
Ce qui me passionne et m’anime au quotidien, c’est l’entraînement, toutes ces data physio, ce monde de la performance. Je trouve que le biathlon le met vachement de côté, le tir prend une grosse place dans ce sport. J’ai plusieurs titres de champion de France et j’aimais le biathlon, mais ce qui m’anime, c’est vraiment l’entraînement et pour ça, avec le ski de fond, on n’est pas déçu ! Le choix était assez simple à faire.
Sur les temps de ski, Émilien Jacquelin, tu l’exploses ?
Ça, Emilien, c’est mon grand pote donc je ne peux pas lui dire ça (rires) ! Mais par contre, tous les autres biathlètes, je pense que je les bats.
Tu t’entraînes avec lui à Villard-de-Lans ?
De temps en temps, sur des sorties d’aérobie et d’endurance fondamentale à basse vitesse. C’est avec grand plaisir que je le fais avec Emilien. C’est un copain, j’aime partager des choses avec lui. On a plein de passions communes, c’est un plaisir de parler sur les skis et de passer du bon temps ensemble ! Pendant les Jeux, on s’envoyait des messages tous les jours. J’ai vibré avec ses performances, et lui avec les miennes. C’était beaucoup d’émotions partagées ensemble.
Tu as affiché ton ambition de te rapprocher de Johannes Klaebo. Qu’est-ce qui vous sépare pour le moment ?
C’est 4,9 secondes exactement (rires). C’est de la maturité, il est bien plus âgé que moi : il a 29 ans, j’en ai 23. Il y a des choses qui demandent du temps dans les sports d’endurance pour être plus fort physiologiquement. Je ne suis pas du tout à mon prime sportif, je suis encore trop jeune. Lui, il l’est. On sait que sur les sports d’endurance, les meilleures années, c’est 27, 28, 29 ans. J’en suis encore loin donc je pense que j’ai encore de belles années d’entraînement. Je peux être plus performant qu’aujourd’hui.
Tu penses à lui en te rasant le matin ?
Non, je ne pense pas à lui ! Même dans la préparation olympique, je ne pensais qu’à la course et à ma performance. Je ne fais pas la course en fonction des autres, je ne la fais pas en fonction de lui. Ça va venir petit à petit, d’année en année. J’ai l’ambition d’être devant lui en 2030, ou même avant. Ça va venir me chatouiller l’esprit.
Tu t’inspires pas mal du cyclisme dans l’approche de ton sport. Comment ?
Je m’inspire de tous les sports d’endurance d’une manière générale : le cyclisme, la course à pied, le triathlon. Le cyclisme est en avance d’un point de vue professionnalisme et engagement dans sa discipline, ça peut m’inspirer sur beaucoup d’aspects : des façons de s’entraîner, de récupérer, des protocoles… Je ne copie pas, à chaque fois ça nécessite une réflexion avec le staff de l’équipe de France. Il y a des techniques que je peux mettre en place dans mon quotidien : des sorties longues, des recettes de semaines avec tel entraînement tel jour, des volumes horaires, des charges d’entraînement… Ce sont des petites choses que je vais chercher à droite à gauche.
Les fameux gains marginaux ?
C’est ça. Des petites choses qui, mises bout à bout, font de grands résultats.
Johannes Klaebo a déjà des contacts avec une équipe cycliste. Tu n’as pas encore reçu de proposition toi ?
Je n’ai pas beaucoup de contacts, je suis en recherche par contre ! J’adorerais parler entraînement et physio avec des coachs dans le monde du cyclisme ou des athlètes français. J’adorerais ça
Ça te plairait d’explorer ce sport ?
Pourquoi pas. Aujourd’hui, je suis jeune, je fais du ski de fond parce que j’adore faire du ski de fond. Je ne suis fermé à rien, je prends la vie comme elle vient. Je me fais beaucoup confiance donc si un jour je sens que le ski de fond c’est fini, j’irai faire autre chose, mais pour le moment je ne me projette pas dans des projets particuliers.
Tu as pu t’entraîner ces dernières semaines avec les festivités et ta tournée médiatique ?
Festivités, c’est un grand mot parce que je n’ai pas encore célébré ces médailles, je n’ai toujours pas fait la fête avec mes proches. L’entraînement, c’est sûr que c’est compliqué. Je suis beaucoup ici sur Paris, je n’ai pas le temps de m’entraîner. Je pense que le retour à la Coupe du monde va être compliqué. On verra. Je donnerai mon maximum, comme d’habitude. Le gros objectif de l’année, c’était les Jeux, ma saison est réussie. Maintenant, ce n’est que du bonus. Je ferai les belles courses qui restent, mais avec moins d’ambition.
C’était important pour ton avenir de privilégier cette tournée médiatique par rapport à cette fin de saison ?
C’est ça. Ce sont des choix qui ont été faits. Pour moi et pour le ski de fond français de manière générale, c’était un devoir de montrer ce que je fais, de montrer mon quotidien, l’équipe avec laquelle je vis et ce qui se passe dans ma vie. On l’a bien fait pendant les Jeux, il fallait le faire aussi après. Aujourd’hui, j’ai la parole donc je la prends ! C’est une vie extraordinaire. On vit des émotions de dingue au quotidien donc j’invite tout le monde à nous suivre dans cette petite aventure. Il y a les Jeux mais il y a aussi tout ce qui se passe en dehors, la Coupe du monde, tous nos stages, etc.
Mentalement, tu arrives à te remobiliser pour revenir te battre sur le circuit ?
C’est dur de se remobiliser pour être honnête. Dans tous les cas, il y a un avant et un après Jeux. Pour ma part, les Jeux se sont très bien passés, l’objectif de la saison est atteint. Je me suis entraîné dans un seul but et quand il est atteint, il y a un après, ça retombe. Mais je suis déterminé à donner mon maximum sur la piste. Je ne me suis pas beaucoup entraîné donc les ambitions ne peuvent pas être aussi grandes qu’aux Jeux olympiques, mais ça va me motiver pour retourner à l’entraînement après cette saison. Moi, je ne coupe pas beaucoup, je n’ai pas prévu de grandes vacances. Je retournerai rapidement à l’entraînement.
Tu vas peut-être un peu plus lâcher la bride sur d’autres choses, par exemple la nourriture ?
Je l’ai déjà fait. Dès la fin des Jeux, j’ai commencé à manger plus normalement et à me coucher un peu plus tard. Je contrôle tout et l’implication que j’ai mise sur les Jeux olympiques, je ne peux pas la tenir de façon durable et saine. Ça faisait quelques mois qu’il y avait très peu de plaisir à l’entraînement et au quotidien. Pendant la prépa, à 22 heures, j’étais déjà endormi depuis longtemps. Après, tous les sacrifices que j’ai faits sont mille fois récompensés par ces médailles. Je ne regrette rien, ça m’a donné raison. Mais ma perte de poids n’était pas très saine niveau santé. Tenir un tel poids de forme, ça me coûte énormément dans la tête. Je suis quelqu’un de très gourmand, j’adore manger du sucre et des desserts. Je n’en ai pas mangé de la prépa donc là, pouvoir manger un dessert, c’est un énorme plaisir. Le quotidien, pour moi, c’est manger un dessert à tous les repas !
C’est quoi le premier dessert que tu as mangé ?
Un flan. J’adore les flans. Ce matin, j’en ai mangé un autre, à Paris. Il y en a de très bons ici !



















