La Machine : L’objet tech qui ne sert à rien va-t-il finalement se rendre indispensable ?
LOW TECH•En précommande, cette petite boîte inutile qui s’anime lorsqu’on la taquine attire déjà les foulesChristophe Séfrin
L'essentiel
- Olivier Méviel, l’un des pionniers de la french tech, prépare le lancement de « La Machine » une petite boîte truffée de technologie qui… ne sert à rien.
- Actuellement en précommande, l’appareil livré début 2026, rencontre déjà un vif succès et suscite la curiosité de nombreux fans.
- A l’heure où l’IA intègre nos vies et ou abondent les appareils connectés, ce petit objet « low-tech » est aussi plein de symboles.
Cet été, 20 Minutes vous révélait le projet aussi génial que débile d’Olivier Mével. Ce pionnier de la tech française, l’un des papas du lapin connecté Nabaztag, s’apprêtait à lancer La Machine. Lorsque l’on actionne l’interrupteur rouge de cette petite boîte jaune, son couvercle se soulève pour qu’apparaisse avec un bruit électronique un petit levier dont le seul but est… d’éteindre l’interrupteur (il y parvient à chaque fois !). Désopilant.
Nous avons pu tester La Machine, encore au stade de prototype (en précommande, vendue 79 euros). Constat : les réactions parfaitement aléatoires, donc surprenantes, de ce gadget ne sont pas sans nous rappeler celles d’un chat que l’on viendrait taquiner… et qui aurait de la repartie !
En attendant la version définitive de La Machine, les précommandes s’emballent. 20 Minutes fait le point avec son créateur.
On dirait, par ses réactions, que La Machine a avalé un matou, c’était voulu ?
C’est le meilleur compliment que l’on puisse faire, car c’est vraiment ça que j’ai toujours essayé de faire avec des objets « vivants » : dire qu’ils sont un peu des animaux de compagnie ! La Machine est effectivement un peu comme un chat : elle a l’air de s’en foutre mais, finalement, elle aime bien jouer ! Avec elle, il y a quelque chose qui est important cognitivement. Après le lapin Nabaztag, je constate une nouvelle fois que les objets tech qui bougent changent complètement la perception que l’on a d’eux, qui plus est lorsque ce ne sont pas des robots humanoïdes. On projette beaucoup de choses sur eux !
Si Nabaztag n’avaient pas eu les oreilles qui bougeaient, il n’aurait sans doute été qu’une sorte de haut-parleur déguisé en lapin. Le mouvement change totalement la dimension.
Comment est né ce projet un peu fou de créer avec La Machine un objet qui ne sert à rien ?
C’est un vieux projet qui revisite La Machine Ultime créée en 1952 par Marvin Minsky, un dès pères de l’intelligence artificielle. Il avait créé une boîte munie d’un interrupteur : quand on mettait l’interrupteur sur « ON », une main mécanique sortait de la boîte pour remettre l’interrupteur sur « OFF » ! J’ai retrouvé mes notes datant de plus de 10 ans où je réfléchissais déjà à la façon de revisiter cette boîte inutile et me suis lancé dans l’aventure en janvier 2024.
Il n’y avait donc pas de droits d’auteur sur cet appareil ?
J’ai vérifié comme j’ai pu, mais n’ai rien trouvé. J’ai lu aussi que Marvin Minsky avait dit à l’époque, en 1952, qu’il voulait breveter son invention, et que Bell Labs où il travaillait l’en avait découragé. Minsky étant décédé en 2016, j’ai aussi écrit à sa fille qui ne m’a jamais répondu. J’en suis resté là. On verra après si j’ai des ennuis ou pas !
Qu’est-ce qui change entre votre boîte et celle de Minsky ?
Formellement, il n’existe à ma connaissance pas vraiment de photo de sa version de l’appareil. Le son est une nouveauté que nous apportons et le fait que la boîte ait une personnalité aussi.
Elle a des émotions, elle peut être ennuyée, joyeuse… Beaucoup de choses ont donc été ajoutées. Ce que l’on garde, c’est le côté inutile ou ultime !
La Machine n’est-elle pas un pied de nez à la surabondance d’objets tech qui nous entourent ?
Si, évidemment. Cela fait longtemps que je suis dans la high-tech. On ne peut quand même pas dire qu’elle est entrain de bien tourner… J’ai aussi eu un bureau d’études et j'ai créé des produits pas forcément nécessaires qui ont participé à cela. En lisant les commentaires des gens -pas toujours agréables- lorsque j’ai dévoilé le projet de La Machine sur Facebook, je me suis demandé si cet objet n’était pas aussi inutile que certains objets connectés…
Finalement, on en « revient » de la tech ?
Si on considère le smartphone, on voit tous à quel point certains de ses effets peuvent être désastreux. Mais on voit tous à quel point on continue à l’utiliser ! Du coup, c’est un peu décevant cette critique faite de la tech, ces discours un peu sceptiques que je partage, car ils sont finalement sans conséquence. Demain, on va se retrouver avec des tas de bidules truffés d’IA… la vague est un peu inéluctable. La Machine est donc un clin d’œil, mais un grain de sable aussi. D’ailleurs, La Machine sera mon dernier objet.
La Machine aurait-elle pu avoir une autre forme ?
Elium Studio qui l’a dessinée nous a fait d’autres propositions. Néanmoins, le projet est toujours resté plus ou moins autour d’un cube. Il y a quand même un mécanisme à l’intérieur qui suppose de bien positionner le moteur. La Machine aurait donc pu avoir d’autres formes, mais celle que l’on a adoptée était le minium acceptable techniquement en termes de compacité. Après, j’en possède une version qui mesure un mètre sur un mètre !
Le succès des premières commandes vous surprend-il ?
Je ne pensais pas que ça allait démarrer aussi vite. On arrive à 2.500 commandes en quelques semaines. Ce que j’avais aussi voulu faire, c’était de travailler l’aspect marketing. J’ai passé 6 à 9 mois à préparer le message. Il fallait expliquer le soin apporté au produit, à sa fabrication en Normandie, à sa philosophie. Après ces premières commandes, il faudra continuer à le vendre. L’idée sera sans doute de décliner La Machine, avec des séries limitées ou à thèmes, comme La Machine Saint-Valentin, La Machine Noël…
Notre dossier «High-Tech»Pourrait-on lui associer la parole ?
On pourrait. Mais dans les premiers essais que j’ai faits, avec des répliques de films, ça ne fonctionne pas forcément très bien au niveau de la perception. C’est marrant deux minutes, mais pas plus. Ce serait peut-être possible avec des voix générées ou clonées par l’IA. Je ne suis pas contre l’intelligence artificielle, bien qu’elle m’affole un peu, mais La Machine n’ira pas sur ce terrain-là.
Restera-t-elle un objet low tech ?
Dedans se trouve un microcontrôleur qui s’appelle le ESP32, qui est très connu et utilisé dans plein de produits connectés. Moi, je ne veux absolument pas que cet appareil soit connecté, qu’il ait un compte utilisateur, ou une application. On pourra le mettre à jour par le port USB mais il conservera sa poésie.


















