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Un vélo écolo made in France avec un cadre en bois, est-ce bien sérieux ?

On a découvert les vélos écolos fabriqués en France qui envoient du bois !

EN ROUE LIBREDepuis deux ans et demi, les Ateliers Gonnel de La Rochelle fabriquent des vélos en bois… et ça roule pour eux
Christophe Séfrin

Christophe Séfrin

L'essentiel

  • Les Ateliers Gonnel de La Rochelle innovent dans le monde du cyclisme en ayant développé des vélos dont le cadre associe bois et carbone.
  • Ce choix n’est pas uniquement celui d’un parti pris écologique, le bois apportant un confort sur route bien supérieur à celui des classiques montures.
  • Pour l’heure proposé en version route et gravel, ce vélo devrait être décliné dans d’autres gammes, jusqu’à une version électrique.

Se lancer dans la fabrication de vélos ? Beaucoup de start-up hexagonales l’on fait ces dernières années, portées par le nouvel engouement des Français pour la bicyclette depuis le Covid. Basés à La Rochelle, les Ateliers Gonnel ont choisi de se lancer dans le vélo… en bois. Pari fou ? Un pari technologique, sans aucun doute, mais avec à l’arrivée des vélos qui trouvent leur public, malgré un tarif élevé. 20 Minutes à interrogé Guillaume Bolzec, l’un des trois ingénieurs qui porte ce projet.

Comment sont nés les Ateliers Gonnel ?

Nous sommes trois ingénieurs : Benjamin (Boissier), Bruno (Merelle) et moi-même. Benjamin, le fondateur, vient des industries horlogères suisses, puis des chantiers nautiques où il veillait à la fabrication de gros trimarans de plaisance.

Guillaume Bolzec, ingénieur et directeur marketing des Ateliers Gonnel.
Guillaume Bolzec, ingénieur et directeur marketing des Ateliers Gonnel. - Ateliers Gonnel

C’est là qu’il a découvert l’intérêt de mêler les matériaux et de les mettre en forme à l’aide de différentes opérations industrielles, comme pour des skis ou des arcs qui associent le bois à de la fibre carbone.

Le bois sur un vélo, c’est vraiment nouveau ?

Le bois sur le vélo existait, le carbone aussi, bien évidemment, mais pas l’association des deux. Nous avons ainsi déposé un brevet sur la réalisation de cadres monobloc, multimatériaux, sans usinage post-démoulage. Il y a donc de la découpe numérique mécanique, du positionnement humain, puis un moulage. La suite du travail est entièrement humaine. Les moules ont différentes tailles, pour réaliser des vélos S, L ou M. Par contre, les vélos seront tous des pièces uniques du fait des nervures du bois qui seront forcément toutes différentes.

Quel bois utilisez-vous ?

Sur notre vélo de route, c’est du peuplier bio sourcé et français, qui est très léger, mais qui a besoin d’être renforcé par le carbone qui va apporter sa rigidité. Sur nos vélos gravel (routes/chemins), nous utilisons du frêne français. C’est un bois un peu plus dense, plus lourd et plus dur. Ce n’est pas trop grave de gagner en poids, car il s’agit d’un modèle qui doit être robuste, et résister aux impacts de gravillons.

Les cadres des vélos Gonnel sont fabriqués en bois et carbone.
Les cadres des vélos Gonnel sont fabriqués en bois et carbone. - Ateliers Gonnel

Les gens pensent que les filaments noirs du cadre sont des nervures de bois, mais toutes les lignes noires que l’on voit, c’est de la fibre de carbone qui arrive à fleur entre les épaisseurs de bois. C’est le principe du lamellé-collé.

Quel est l’avantage du bois sur un vélo ?

Nous sommes ni des marketeux, ni des designers, mais des ingénieurs. Nous n’avons pas utilisé le bois pour faire beau, mais parce qu’il filtre les vibrations que déplorent les cyclistes aujourd’hui. Tous constatent que le carbone, c’est bien, c’est léger, c’est nerveux mais… qu’il ne possède aucun pouvoir absorbant ! Le bois, c’est l’exact opposé.

Le carbone va donc apporter de la raideur, de la rigidité et donc de l’efficacité. Lorsque le cycliste va « envoyer fort » dans le pédalier, le vélo ne va pas trop se tordre et l’énergie mécanique déployée par les jambes va parfaitement se transmettre à la route. Si le cadre n’était qu’en bois, ce serait dispersif, et il y aurait de l’énergie dépensée pour rien, en tout cas pas au profit de l’avancée du vélo.

Qui sont vos clients ?

Ce ne seront pas des Pogacar ou des Lindegaard qui vont chercher de la performance à tout prix, mais plutôt des amateurs passionnés, qui veulent rouler plus agréablement. 50 % de nos clients aiment bien le vélo mais ne sont pas forcément de grands sportifs. Ce qui les attire, c’est justement le côté bois, l’aspect écologique, le look.

Que proposez-vous comme équipement autour de vos cadres ?

On équipe nos vélos à la demande pour tous les composants quelles que soient les marques. Nous pouvons modifier la teinte du cadre, ajouter une gravure. Un acheteur a voulu qu’on lui grave « Hakuna Matata » sur le haut du cadre, en hommage à son voilier qui a le même nom. Rien à voir avec Le roi Lion. C’est juste qu’il a fait un voyage en Tanzanie et qu’il a rencontré une tribu qui, face à une rivière pleine de crocodiles, lui a dit « Hakuna Matata », sous entendu « pas de problème ». C’est un précepte de vie pour lui !

L'association bois et carbone offre vélo confort et résistance.
L'association bois et carbone offre vélo confort et résistance. - Les Ateliers Gonnel

Le prix de vente de nos vélos oscille entre 5.000 et 13.000 euros, selon le niveau d’équipement, de personnalisation. Mais nos cadres sont vendus à partir de 3.600 euros. Un quart de nos acheteurs achète les périphériques en pièces détachées pour assembler eux-mêmes leur vélo. Cela leur permet aussi d’économiser les frais de montage, voire de recycler des équipements dont ils disposeraient déjà.

Pourquoi la fourche n’est-elle pas en bois, question de résistance ?

Oui, il y aurait des limites physiques. Elle est en carbone. Une évolution possible serait le cintre (le guidon) qui pourrait passer en bois. Mais nous n’avons pas envie de faire du bois pour du bois ou de l’écologie pour de l’écologie. Il faut avant tout que nos vélos soient efficaces.

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Et sont-ils fragiles ?

Non. Au contraire. En cas de chute ou de choc, ils sectionneront bien plus difficilement qu’un vélo carbone hyper-raide. C’est un peu la différence entre du parquet et du carrelage. Le parquet va marquer en surface mais ne pas casser, le carrelage se brisera. En cas d’accident, il peut y avoir une trace, un marquage à l’extérieur, mais on peut le rattraper avec un coup de papier de verre. Nos cadres ont été présentés au CRITT, à Châtellereau, un laboratoire de tests et d’essais des équipements du sport, et qui les a homologués selon la norme ISO 4210. Cela permet de rassurer les clients et de garantir le vélo 5 ans.

Comment voyez-vous l’avenir des Ateliers Gonnel ?

Nous avons déjà vendu une cinquantaine de vélos. Cela correspond au prévisionnel bâtit il y a deux ans. Ce qui nous permet d’être sereins pour les prochaines années et de doubler nos ventes chaque année avec une perspective de 500 vélos vendus sur cinq ans.

Nous comptons lancer pour l’été 2026 une nouvelle gamme avec des « randonneuses », soit des vélos plus démocratiques, passe-partout, avec un top tube plus incliné, et avec un équipement plus complet intégrant garde-boue, béquille et bagagerie. Et ce sera un vélo à un prix plus démocratique, autour de 3.500 euros. Suivra une déclinaison électrique.