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Après la « fast fashion », la « fast tech » inquiète-t-elle les Français ?

Les Français, inquiets des effets de la « fast tech » sur l’environnement ?

OBSOLESCENCE DEPROGRAMMÉE ?Une enquête réalisée pour un célèbre vendeur de produits reconditionnés révèle le désir des Français pour des technos plus responsables
Christophe Séfrin

Christophe Séfrin

L'essentiel

  • Fast food, fast fashion et fast tech, dans notre vie toujours plus « fast » quelles perceptions avons-nous de l’impact des nouvelles technologies ?
  • En sondant les Français sur cette question, le reconditionneur Back Market révèle une conscience des problématiques qui se développe, voire s’affine.
  • Mais les efforts à réaliser pour minimiser notre empreinte environnementale ne sont pas encore prêts à être partagés par tous.

Fast food, fast fashion, fast tech. Si nous sommes de plus en plus nombreux à redouter les effets de la malbouffe sur notre alimentation, ou de ceux de ces vêtements chics et cheap que l’on jette après ne les avoir portés que quelques fois, quelle conscience avons-nous de celle que l’on appelle aujourd’hui la fast tech ? Pour le savoir Back Market, le spécialiste de la tech reconditionnée, a commandé à L’institut Opinionway une vaste enquête dont 20 Minutes a pu consulter les résultats. Et vous, êtes-vous plutôt fast tech ou low tech ?

Quel impact nos gadgets ont-ils sur l’environnement ?

C’est l’une de ces études dont les résultats peuvent alerter ou rassurer. Et lorsque l’on en est le commanditaire, on aime bien qu’elle nous conforte dans notre démarche. Ce sera sans doute le cas pour Back Market, le spécialiste de la tech reconditionnée qui, avec son étude Opinionway « Les Français et la fast tech »*, possède désormais de nouveaux arguments pour promouvoir sa démarche.

Back Market, qui depuis 2014 s’est notamment fait un nom sur la revente de smartphones de seconde main (mais aussi d’ordinateurs portables, de tablettes, de montres connectées…) a donc choisi de sonder les Français, et notamment les jeunes, sur la tech et son impact sur l’environnement.

La tech, moins responsable que d’autres secteurs

Résultat sans appel, d’abord : pour 72 % des personnes interrogées, la surconsommation et ses effets sur l’environnement sont une préoccupation majeure. Pour 71 % des sondés, le changement climatique fait donc logiquement partie des sujets d’inquiétude (à 76 % la majorité des jeunes). Mais à une époque pleine d’incertitudes, c’est d’abord l’évolution du pouvoir d’achat (à 81 %) et la situation géopolitique (à 80 %) qui soulèvent le plus de préoccupations.

Le changement climatique et l'impact de la tech sur notre environnement diverssement apprécié par les Français.
Le changement climatique et l'impact de la tech sur notre environnement diverssement apprécié par les Français. - Back Market

Paradoxalement, la tech ne fait pas partie des secteurs dont l’impact est jugé le plus négatif sur l’environnement. Seulement 5 % des personnes interrogées le placent en tête, derrière l’industrie agroalimentaire (6 %) ; l’industrie textile (13 %) ; l’industrie chimique et pharmaceutique (11 %) ; le transport routier et maritime (15 %) ; mais surtout l’industrie pétrolière, électrique et gazière (28 %).

Les jeunes citent néanmoins l’industrie de la tech comme préjudiciable à l’environnement (51 % des 18-24 ans et 69 % des 25-34 ans) et se révèlent majoritaires face aux personnes plus âgées qui l’évoquent, elles, entre 47 % et 50 %.

La perception des Français s’affine dès lors qu’interrogés sur des points très précis, formulés par Opinionway auprès d’eux sous forme d’affirmations qu’ils doivent ou non approuver.

Ainsi, lorsqu’on leur déclare que « moins de 20 % des déchets électroniques sont recyclés correctement dans le monde », ils acquiescent et répondent « juste » à 86 % (c’est effectivement vrai). Si on leur affirme que « l’industrie tech représente plus d’émissions mondiales de CO2 » (ce qui est aussi vrai), ils sont 78 % à considérer ce constat comme étant également « juste ».

Un recyclage complet impossible

Sur des questions impliquant davantage l’ADN de Back Market en revanche, ils se plantent. Les Français sont ainsi 31 % à penser que recycler un smartphone permet de récupérer la quasi-totalité de ses composants. Ce qui est faux. Actuellement, le recyclage et la valorisation à 100 % d’un smartphone sont pratiquement impossibles. On considère ainsi qu’environ 75 % à 80 % des composants d’un smartphone peuvent être récupérés, la part restante (plastiques complexes et matériaux difficilement valorisables) ne l’étant pas.

Aussi, lorsqu’on interroge les Français sur le reconditionnement des produits, jugent-ils à 84 % qu’il s’agit d’une « solution efficace pour limiter la surconsommation et la pollution ». Il est d’ailleurs rassurant que cette considération fasse l’unanimité sur toutes les classes d’âges, avec un pic à 87 % chez les 65 ans et plus. 15 % restent cependant encore à convaincre (et 1 % ne se prononce pas).

45 % des sondés affirment d’ailleurs « acheter des nouveaux appareils technologiques plutôt que de les (faire) réparer. 55 % ne le font pas : le réflexe de la réparation, avec des initiatives tel le Bonus réparation restent encore visiblement à développer.

Réparer soi-même lorsque c'est possible: 45% des Français l'auraient déjà fait.
Réparer soi-même lorsque c'est possible: 45% des Français l'auraient déjà fait. - iFixit

Back Market veut d’ailleurs agir en ce sens en proposant sur son site, depuis le 16 avril, des solutions d’auto-réparation en partenariat avec iFixit. Il est ainsi possible se fournir en kits d’outils/tutos pour donner un coup de neuf à son smartphone, son MacBook, son clavier ou sa console de jeux vidéo (vendus de 8,95 euros à 87,95 euros, selon l’appareil à nettoyer/réparer). Cette initiative va évidemment dans le sens de l’augmentation de la durée de vie de nos produits.

Vers 10 ans de durabilité ?

Si 24 % des Français ont déjà au moins une fois acheté un appareil reconditionné, 94 % voudraient voir les lois obliger les fabricants à garantir la réparabilité des appareils tech « grâce à un prix abordable, des mises à jour logicielles et un reconditionnement possible durant 10 ans ».

Bien difficile cependant à mettre en pratique. Le nouvel indice de « durabilité » instauré en France en janvier 2025 sur les téléviseurs et depuis le 8 avril sur les lave-linge (un score sur 10 affiché, afin de connaître le caractère plus ou moins réparable et plus ou moins fiable d’un équipement) ne devrait pas s’étendre à d’autres catégories de produits pour le moment.

La Commission européenne a rétorqué les propositions françaises quant à la mise en place d’un indice de durabilité sur les smartphones. Dès le 20 juin 2025 néanmoins, l’UE devrait mettre en place une labélisation prenant en compte la résistance aux chutes et aux rayures, le cycle de vie des batteries, la mise à disposition des pièces de rechange « essentielles », mais aussi celle de mises à jour durant au moins 5 ans après la date de commercialisation du produit.

Une mesure qui, visiblement, manque encore un peu d’ambition, de nombreux fabricants s’appliquant déjà tout ou partie de ces futures exigences.

* menée les 2 et 3 avril 2025 sur un échantillon de 1.128 personnes représentatif de la population française âgée de 18 ans et plus.