Bard lancé en France : Comme ChatGPT, l’IA de Google raconte souvent n’importe quoi
innovation•Si la maîtrise de la langue par la machine est bluffante, attention à ne pas trop lui faire confianceP.B. avec AFP
La guerre de l’IA est globale. Engagé dans la course à l’intelligence artificielle, Google ne pouvait pas se passer de l’Union européenne, malgré les contraintes réglementaires : avec plusieurs mois de retard, le groupe a finalement lancé Bard, sa réponse à ChatGPT, dans une cinquantaine de nouveaux pays dont la France. Et comme son concurrent d’OpenAI, l’IA de Google peut se montrer bluffante… ou raconter n’importe quoi avec une certitude à toute épreuve.
Bard peut désormais s’exprimer dans une quarantaine de langues dont l’arabe, l’allemand, le chinois, l’espagnol, le français et l’hindi, selon Google.
Bonne maîtrise du français
Ce robot conversationnel est capable de générer un texte dans un français parfait. Bon courage pour détecter s’il a été rédigé par un humain ou la machine. Cela peut faire gagner du temps pour composer un email de réclamation ou même donner des idées en cas de blocage pour écrire un post sur les réseaux sociaux ou une carte d’anniversaire.
On peut peaufiner le résultat, par exemple en demandant à l’IA d’adopter un ton plus professionnel, ou d’être accessible à des enfants. Côté créativité, la machine peine pour l’instant à se montrer originale et manie encore mal l’humour. Bard est désormais capable de lire ses réponses à l’oral, avec une voix plus naturelle que l’Assistant originel de Google.
Une recherche plus puissante… Quand l’IA n’invente pas
C’est un problème que les ingénieurs n’arrivent pas à régler. Ces IA ont tendance à « halluciner ». Elles inventent ou racontent des âneries avec un ton aussi certain qu’un expert. « Trouve-moi un restaurant à Los Angeles avec une belle vue et des options végétariennes qui ne soit pas un restaurant vegan » retourne une liste prometteuse. Sauf que deux des six résultats n’existent pas ou ne sont pas dans le quartier cité.
Quand on lui demande s’il est sûr, Bard s’excuse souvent : « Je suis désolé, je me suis trompé. Il n’y a pas de restaurant nommé The Penthouse au Beverly Wilshire. Il y a cependant un restaurant nommé The Penthouse au Four Seasons Hotel Los Angeles at Beverly Hills. » Sauf que c’est également faux.
Bard est également capable de faire des résumés. Celui d’un article de 20 Minutes sur le dernier discours de Joe Biden de jeudi commence bien sur le fond… sauf que le président américain était en Finlande et pas en Pologne – son discours de Varsovie remonte à février. Il ne faut pas plus lui faire confiance comme assistant médical : Bard recommande la danse comme sport de reprise après une luxation de la rotule.
Craintes en Europe
Le groupe américain avait dû retarder le lancement de Bard dans l’UE après des questions du régulateur irlandais des données personnelles (la DPC). Un signal inquiétant car son concurrent ChatGPT, également accusé de ne pas respecter la réglementation européenne, avait pour sa part été bloqué fin mars pendant un mois en Italie.
« Google a effectué un certain nombre de modifications en amont du lancement, en particulier en améliorant la transparence et en modifiant certains mécanismes de contrôle pour les utilisateurs », a indiqué Graham Doyle, porte-parole de la DPC, dans une déclaration à l’AFP. « Google a accepté de procéder à un audit et de fournir un rapport à la DPC trois mois après que Bard sera devenu opérationnel dans l’UE », a-t-il poursuivi.
Les algorithmes d’intelligence artificielle suscitent de nombreuses craintes en matière de vie privée, de désinformation ou de respect de la propriété intellectuelle. Bruxelles souhaite réguler le secteur via un texte actuellement en discussions et le comité européen des données a également lancé un groupe de travail sur le sujet.
Bard est ainsi présenté comme un « outil créatif », « expérimental », qui « peut afficher des informations inexactes ou choquantes ». Un avertissement également présent chez son concurrent.
Leur modèle économique est encore incertain, entre gratuité pour Bard ou Bing AI, fonctionnalités payantes pour ChatGPT ou accès par abonnement, tandis que leurs coûts de fonctionnement sont bien plus élevés que pour un moteur de recherche traditionnel.



















