Les enjeux de la 4e licence mobile

TELEPHONIE Qui sera le nouveau venu? Quel impact pour les consommateurs? Pour quand?

Sandrine Cochard

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Le secrétaire d'Etat à l'Industrie, Luc Chatel, a fixé jeudi à environ 206 millions d'euros le coût de la quatrième licence de téléphonie mobile, le jour où le principal candidat, Free, se dit "prêt à payer" 210 millions.
Le secrétaire d'Etat à l'Industrie, Luc Chatel, a fixé jeudi à environ 206 millions d'euros le coût de la quatrième licence de téléphonie mobile, le jour où le principal candidat, Free, se dit "prêt à payer" 210 millions. — Ahmad al-Rubaye AFP/Archives

Ce n’est plus qu’une question de mois. L’Arcep a annoncé lundi qu’un 4e opérateur mobile serait choisi au plus tard début 2010, voire avant Noël. Les candidats ont jusqu’à jeudi midi pour se faire connaître. Mais qu’est-ce que cela veut dire exactement? Quel impact pour les clients des opérateurs historiques, SFR, Orange et Bouygues Télécom? 20minutes.fr fait le point sur le dossier.
 
Qui sera nouvel entrant?
Sauf surprise, Free (groupe Iliad), actuellement fournisseur d’accès à Internet, est le seul candidat annoncé, les autres postulants ayant finalement abandonné. L'opérateur mobile virtuel Kertel (ancienne filiale d'Iliad), le câblo-opérateur Numericable, l'opérateur virtuel Virgin Mobile, le conglomérat Bolloré et l'opérateur égyptien Orascom ont tous jeté l'éponge, découragés par l'ampleur de la tâche: en plus de s'acquitter du prix de la licence (facturée 240 millions d'euros), le nouvel arrivant devra construire son propre réseau. Un coût évalué à environ un milliard d'euros.
 
Pourquoi un quatrième opérateur?
En France, le marché de la téléphonie représente près de 59 millions de clients pour le mobile et des chiffres d'affaires cumulés de près de 25 milliards d'euros en 2008 pour les trois opérateurs en place (SFR, Orange/France Télécom et Bouygues Telecom). «L'arrivée d'un quatrième acteur pourrait, sans mettre en danger les opérateurs en place, être favorable aux consommateurs», estime l’Arcep.
 
Quatrième licence = des offres moins chères pour les consommateurs?
Free assure que, s'il est choisi, il ouvrira son service de téléphonie mobile 18 mois après avoir eu la licence, soit dès l’été 2011. Il a d’ailleurs promis de faire baisser les prix, divisant par deux la facture des Français, dans une interview au Figaro. Selon un rapport réalisé par Bercy en 2008, l'arrivée de ce quatrième opérateur ferait baisser les prix de 7%, soit «un gain de 1,224 milliard d'euros par an pour les consommateurs». Mais les prix cassés sont à exclure. «Si le nouvel entrant engageait une vraie guerre des prix, vu la taille des opérateurs en place, il serait le premier à disparaître», a mis en garde lundi le président de l'Arcep Jean-Ludovic Silicani dans une interview au Monde.
 
Le nouvel arrivant peut-il vraiment faire sa place?
En arrivant si tard sur un marché où plus de 90% de la population est déjà équipée, le quatrième opérateur n’a qu’une option: séduire les clients quittant leur opérateur plutôt que ceux n'ayant pas encore d'abonnement. Selon les analystes de Société Générale cités par l’AFP, le nombre de clients potentiels (libres d'engagement) serait d'environ 13 millions début 2012. Bercy estime néanmoins qu'un quatrième acteur «apparaît rentable», à condition d'atteindre une part de marché de 12% au bout de six ans. Le seul obstacle au développement du quatrième opérateur concerne les antennes-relais, indispensables pour construire son réseau. Selon Numéricable, il en faudrait 12.000 supplémentaires. Difficile vu le manque de place à côté des réseaux existants et les inquiétudes des riverains sur l'impact sanitaire des ondes.
 
Les clients du nouvel opérateur bénéficieront-ils des mêmes avantages?
Oui, à condition d’être patients. Le lot que pourrait avoir Free est un lot de 5 mégahertz. Ce qui n’est pas lourd (les opérateurs actuels ont des licences de 15 Mhz). Cela ne veut pas dire que les futurs clients de Free auront des pannes de réseau dès qu’ils sortiront des grandes villes, mais qu’ils ne pourront pas espérer surfer à gogo sur le Net depuis leur téléphone portable et qu’ils ne seront pas nombreux à pouvoir en profiter. Maxime Lombardini, directeur général de Free, relativise: «Avec ce bout de fréquence, Free peut déployer un réseau national sans coupure et desservir 10 millions de clients.» Dans un premier temps du moins. Ensuite, Free pourrait racheter d’autres fréquences dans les prochaines années.

Attendez-vous cette 4e licence mobile? Pourriez-vous quitter votre opérateur pour le nouvel arrivant?