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«C'est une manoeuvre de couloir, une triste comédie», selon Christine Albanel

«C'est une manoeuvre de couloir, une triste comédie», selon Christine Albanel

REACTIONSLa majorité s'étrangle de rage, la gauche crie victoire après le rejet du texte Création et Internet...
Alice Antheaume (avec Vincent Glad et David Carzon)

Alice Antheaume (avec Vincent Glad et David Carzon)

Après le coup de théâtre à l’Assemblée nationale, menant au rejet du texte Création et Internet, les réactions politiques pleuvent.


Pour les députés de l’opposition, c’est une victoire sans appel sur le gouvernement et le chef de l’Etat. Patrick Bloche, député PS, le clame: «C’est une défaite politique pour Nicolas Sarkozy à titre personnel», lui qui avait fait «signer les accords de l'Elysée (entre ayant droits de la musique et du cinéma et les fournisseurs d'accès à l'Internet en 2007, ndlr) dont le projet de loi était la déclinaison législative». «Le texte est mort politiquement», lâche Bloche.


Une défaite gouvernementale qui enthousiasme aussi Nicolas Dupont-Aignan, député de l’Essonne, président du rassemblement gaulliste et fier «d’avoir fait partie des 21 députés (contre 15 pour, ndlr) qui ont repoussé ce texte en séance»: «En faisant voter à la sauvette, sans scrutin public, le projet de loi Hadopi, le gouvernement a essuyé un rejet comme on reçoit un boomerang: il s’est pris à son propre piège et ce n’est que justice.» Pour lui, «il revient au gouvernement d’ouvrir enfin des Etats généraux permettant de réconcilier Internet et le droit des auteurs».


Retardé


Un avis que ne partagent pas les députés de la majorité. Pour eux, le texte n’a pas dit son dernier mot; il reviendra en deuxième lecture devant les deux chambres (Assemblée nationale puis Sénat). Christine Albanel l'annonce d'ores et déjà: «Le projet de loi sera à nouveau débattu, dès la fin du mois.» Ce à quoi Muriel Marland-Militello, membre UMP de la commission mixte paritaire, ajoute que le «vote de ce matin ne fait donc que léser, pour quelques semaines encore, la création sur Internet et par conséquent, aussi bien les internautes que les artistes.» Problème: cela retarde encore le projet. «On va perdre du temps. C'est une obstruction parlementaire scandaleuse», a déclaré Franck Riester, rapporteur UMP du texte.


Si le texte a été rejeté, cela s’explique, dit le député centriste Jean Dionis du Séjour. C’est «l’aboutissement», d’après «d'une démarche très maladroite de l'Assemblée nationale qui a refusé de remplacer la suspension de la connexion» des «téléchargeurs» illégaux présumés «par une amende» — préférée notamment par les fournisseurs d’accès. Un point débattu de longues heures dans l’hémicycle et qui constituait le socle de la loi, instaurant une riposte graduée.


Le Parlement s'en mêle


De son côté, l'eurodéputé Guy Bono salue dans un communiqué cette «formidable victoire pour tous les citoyens qui sont attachés aux valeurs démocratiques dans notre pays. Ce vote évite surtout à la France de se mettre hors la loi en Europe.» Allusion au rapport voté par le Parlement européen qui considère comme un droit fondamental l'accès à l'Internet, faisant de la suspension de cet accès, prévu par l'Hadopi, une sanction anti-démocratique. Bono enfonce le clou: il «appelle les citoyens à se mobiliser lors des prochaines élections européennes pour confirmer ce rejet des velléités liberticides du Président français.»


Magouille


La majorité, furax, tente de modérer la portée de ce «non» au texte. Elle assure que son rejet n’est que le résultat d’une magouille du PS. «Filmez bien le visage souriant des députés socialistes qui ont vraiment fait un coup formidable, parce qu'en faisant ça ils envoient un message catastrophique à nos artistes français, qui j'espère, sauront s'en souvenir», a regretté Jean-François Copé (UMP) à l’Assemblée nationale.


Coup dur pour la ministre de la Culture, qui dénonce «la triste comédie à laquelle se sont livrés les députés de l’opposition, dont une quinzaine ont dissimulé leur présence pour surgir dans l'hémicycle à la minute même du scrutin».


Même avis de Franck Riester: «Pendant la discussion sur le texte issu de la CMP, les députés socialistes n'étaient qu'une poignée. D'un seul coup, ils sont sortis de derrière un pilier, ils ont débarqué en nombre pour un coup politique au détriment des artistes de notre pays».


Roger Karoutchi, le secrétaire d'Etat aux Relations avec le Parlement, crie aussi au loup: ce sont «des actes de flibuste» de la gauche, qui consistent à «cacher des parlementaires et à ne les faire entrer dans l'hémicycle qu'une fois le vote appelé pour dénaturer la réalité d'un débat et d'un vote».


>> A venir: les réactions des internautes...