INTERNET - Cinéastes et musiciens se sont rassemblés, à quelques heures de la reprise des débats à l'Assemblée nationale, pour rappeler en chœur que le projet de loi était nécessaire et urgent...
Ils sont une vingtaine d’artistes à s’être donné rendez-vous au théâtre de l’Odéon, lundi matin, à Paris, pour afficher leur soutien au projet de loi contre le téléchargement illégal. Une rencontre organisée par la
SACEM et la
SACD (Société des auteurs et compositeurs dramatiques), le
jour de la reprise de l'examen par les députés
du texte Création et Internet, qui fait des remous.
Parmi ces artistes, le réalisateur
Jean-Jacques Annaud («Sept ans au Tibet», «L’Ours» et «Le Nom de la rose»), les musiciens
San Severino, Bertrand Burgalat, Didier Lockwood, Françoise Hardy et Dany.
Renan Luce, deux Victoires de la musique à son actif, rejoint à son tour l’alcôve. A 29 ans, il est la «caution jeune du groupe», note un journaliste.
Installés près du bar, entre les colonnes du théâtre, les artistes présents se passent le micro et répondent à la question - circonstanciée: «Dites-nous en quoi vous trouvez la loi urgente et nécessaire».
A l’unisson
«C’est une bonne loi, commence le scénariste
Jean-Claude Carrière. Internet est devenu le plus grand marché mondial. Quand on achète des légumes, on les paie. Mais il semblerait que voler une œuvre de l’esprit n’est pas un vol!» Jean-Jacques Annaud va dans le même sens: «Cette loi a le mérite de signaler au public qu’il n’y a rien de gratuit».
Tandis que Carrière ajoute que «le téléchargement illégal prend des dimensions qui nous étonnent et nous effraient», San Severino cite un exemple: «Sur les forums, les internautes se demandent les uns aux autres comment télécharger gratuitement... autrement dit, comment voler».
Conscient de la polémique qui monte, et de l’incompréhension qui s’installe entre public d’un côté et maisons de disques de l’autre, San Severino reconnaît que les défenseurs de la loi anti-piratage «passent pour une bande de bourgeois qui voudrait garder» ses privilèges. «Mais il va bien falloir faire des menaces pour que les gens arrêtent de télécharger». Il en va de la survie de l’industrie culturelle, qui a besoin d’argent pour être financée, reprennent-ils en chœur. «Un jour viendra où les téléchargeurs n’auront plus rien à télécharger», lâche Alain Corneau.
Surveillance
En réponse à ceux qui estiment les sanctions de la loi Création et Internet inapplicables, Alain Corneau tempête: «Il y a une conception quasi mystique d’Internet. On nous dit que ce serait impossible à contrôler. Or le Net est un média de communication conçu par les hommes. Je ne vois pas pourquoi ceux-ci ne pourraient pas contrôler ce qu’ils ont fabriqué».
L’argument des opposants à la loi, qui la
juge «liberticide», a été abondamment cité. Pour mieux être condamné. «On ne surveille pas les internautes, on surveille les œuvres!, a tonné le chanteur
Manu Da Silva. Quand vous allez au musée, vous ne repartez pas avec les tableaux sous le bras».
Tandis que Jean-Claude Carrière glissait que la loi était peut-être incomplète, un journaliste présent demande aux artistes quels points pourraient être améliorés. Burgalat a reconnu que le catalogue disponible pour l'offre légale en ligne devrait être amélioré, mais pour le reste, la question est restée sans réponse...
Alice Antheaume