Coronavirus à La Rochelle : Comment Shark Robotics s'est adapté à la crise et équipe ses robots de kits de décontamination

PANDEMIE L’entreprise rochelaise qui s’était distinguée avec l’intervention de son robot Colossus durant l’incendie de Notre-Dame, propose plusieurs kits de décontamination contre le Covid-19 sur ses engins

Mickaël Bosredon

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Un robot Rhyno Protect de Shark Robotics (à gauche) et un robot-chien Spot équipés de kits de décontamination contre le Covid-19
Un robot Rhyno Protect de Shark Robotics (à gauche) et un robot-chien Spot équipés de kits de décontamination contre le Covid-19 — Shark Robotics/Boston Dynamic
  • Le Bataillon des marins-pompiers de Marseille s’est équipé de deux Colossus, initialement pour des interventions de désinfection de bâtiments contre le Covid-19.
  • Shark Robotics a aussi passé un partenariat avec UVGermi, une entreprise corrézienne, pour équiper ses robots Rhyno Protect d’une tour de décontamination aux UV.
  • L’entreprise américaine Boston Dynamics s’est rapprochée de son côté de Shark Dynamics, pour adapter son robot chien Spot avec des kits de décontamination.

Son intervention lors de l'incendie de la cathédrale Notre-Dame à Paris, reste son principal fait d’arme, et l’avait placée d’un coup dans le top de la liste des sociétés de robotique les plus performantes en Europe. Shark Robotics, basé à La Rochelle (Charente-Maritime), avait vu ce lundi 15 avril 2019 son robot Colossus, acquis par la BSPP (Brigade des sapeurs-pompiers de Paris), être envoyé au cœur de la fournaise.

Equipé d’un canon à eau, l’engin de 500 kg était intervenu pendant une dizaine d’heures pour refroidir la cathédrale, alors que les températures oscillaient autour des 800 °C à l’intérieur de la nef. « Surtout, il était ressorti intact, ce qui reste la meilleure preuve que nos robots fonctionnent parfaitement en opération » insiste Manon Vermenouze, directrice de la communication de Shark Robotics.

Une cuve Covid pour traiter de grandes surfaces

Plusieurs Sdis (Service départemental d’incendie et de secours) se sont depuis équipés du Colossus, tout comme le Bataillon des marins-pompiers de Marseille (BMPM). « Nous avons acquis en 2020 deux Colossus, que l’on a nommés Marius et César », explique l’enseigne de vaisseau Maxime. Le BMPM s’était rapproché de l’entreprise rochelaise l’année dernière, pour mettre en œuvre des solutions dans la lutte contre le Covid-19.

« Nous avons développé avec Shark Robotics une cuve Covid, contenant un désinfectant pour traiter de grands volumes sans engager d’hommes, poursuit l’enseigne de vaisseau. Le produit est corrosif et cela prend énormément de temps à appliquer, il est donc plus facile d’envoyer un robot équipé de cette cuve pendant quatre heures plutôt qu’un humain tout seul. Nous sommes intervenus sur des plateformes logistiques d’import-export, nécessaires pour la mise en circulation des aliments ou matériels de première nécessité, notre but étant de sécuriser les chaînes de production, pour éviter que Marseille se retrouve bloquée si les entrepôts n’étaient pas désinfectés. »

Un totem avec quatre lampes UV désinfectantes

Shark Robotics a aussi équipé un autre de ses robots, le Rhyno Protect, d’un kit de décontamination, développé en partenariat avec une entreprise corrézienne, UVGermi, concepteur et fabricant de réacteurs UV (rayonnement par ultraviolet) pour le traitement de l’eau, de l’air et des surfaces. « Ce sont des machines équipées de lampes UV dont la propriété est d’être germicide sur tout type de micro-organismes, à une certaine longueur d’onde », explique Mathilde Lengreney, directrice de la communication d’UVGermi.

« Nous nous sommes appuyés sur Shark Robotics qui a développé des totems avec quatre lampes UV posés sur un robot qui est téléguidé, et qui irradie et donc désinfecte la pièce souhaitée, sachant que les UV ne détériorent aucun matériau, mais qu’il ne faut pas être en contact avec eux quand on envoie autant de puissance. » Utile quand il y a une usine entière à désinfecter. La région Nouvelle-Aquitaine regarde aussi d’un œil intéressé la technologie d’UV Germi, pour traiter les salles de spectacle dès que la réouverture sera possible.

Main dans la main avec Boston Dynamics

Shark Robotics a même eu la surprise de recevoir en pleine pandémie… un mail de Boston Dynamics, la crème de la robotique mondiale, pour un partenariat, toujours dans le cadre de la lutte contre le Covid-19. « Ils ont vu ce qu’on mettait en place, du coup ils ont voulu travailler avec nous, et nous avons développé un kit de décontamination pour leur fameux robot-chien Spot. » Rhyno Protect et Spot peuvent décontaminer près de 15.000 m2 de surface en quinze minutes dans tous les espaces, comme les hôpitaux, les écoles, les bureaux…

Créée en 2016 par Jean-Jacques Topalian, ingénieur en robotique, et Cyril Kabbara, qui a passé neuf ans dans les renseignements au sein de l’Armée de Terre, Shark Robotics développe plusieurs types de robots terrestres, dans le secteur de la sécurité civile (robots-pompiers), de la défense (robots-démineurs et robots-mules), de l’industrie et du nucléaire.

« Eloigner l’homme du risque »

« Nous avons tout un tas de robots dans notre catalogue, mais chacun d’entre eux est modulable, et on peut y rajouter tout un tas d’options pour accomplir plusieurs missions » précise Manon Vermenouze. Le Bataillon des marins-pompiers de Marseille a ainsi équipé ses deux Colossus, d’une valeur de plus de 200.000 euros chacun, de tous les modules d’intervention opérationnels possibles, du canon à eau au brancard. Car les deux robots font évidemment d’autres types de mission que celles liées au Covid-19, et interviennent aussi sur des incendies.

Un robot colossus en intervention avec les pompiers
Un robot colossus en intervention avec les pompiers - Shark Robotics

« Ils nous permettent d’engager un minimum de personnels sur les interventions complexes et dangereuses, comme les feux d’entrepôts avec des structures métalliques qui s’effondrent. On s’en est aussi servi dans un feu de restaurant sur le Vieux-Port, comme d’un énorme ventilateur » ajoute l’enseigne de vaisseau Maxime.

« L’objectif de nos robots est d’éloigner l’homme du risque » résume Manon Vermenouze, qui rappelle que les machines sont entièrement made in France. « Tout est basé à La Rochelle, de l’atelier d’usinage où sont fabriquées les pièces mécaniques au service après-vente. » Shark Robotics compte à ce jour quelque 35 salariés.