Coronavirus en Nouvelle-Aquitaine : Quelque 300 lieux culturels veulent expérimenter un protocole sanitaire de réouverture

PANDEMIE Le conseil régional de Nouvelle-Aquitaine a fait une demande au ministère de la Culture, pour expérimenter un protocole sanitaire qui encadrerait la réouverture des lieux culturels

Mickaël Bosredon
— 
La Rock School Barbey, à Bordeaux, est prête à expérimenter le protocole sanitaire de réouverture des salles.
La Rock School Barbey, à Bordeaux, est prête à expérimenter le protocole sanitaire de réouverture des salles. — Mickaël Bosredon/20 Minutes
  • Ce protocole se baserait sur les travaux de l’Institut technologique européen des métiers de la musique (Itemm), au travers d’une trentaine de paramètres.
  • Quelque 300 lieux culturels de la région se disent prêts à participer à l’expérimentation.
  • Le président de la région attend désormais le feu vert de la ministre de la Culture, pour établir un calendrier.

Faire de la Nouvelle-Aquitaine, un territoire d’expérimentation pour la réouverture des lieux culturels. C’est la proposition qui a été envoyée par le président du conseil régional Alain Rousset à la ministre de la Culture, Roselyne Bachelot, a-t-il annoncé ce jeudi à la Rock School Barbey, à Bordeaux.

Cette expérimentation s’appuierait, si elle était validée, sur un partenariat avec l’Itemm (Institut technologique européen des métiers de la musique), qui a développé un modèle, appelé Opera (Outil probabiliste pour l’évaluation du risque par aérosols) permettant d’évaluer, au travers d’une trentaine de paramètres, la probabilité de transmission de la Covid-19 auprès des populations dans les lieux culturels.

« Préparer la sortie du tunnel »

Même s’il est monté sur une des scènes rock bordelaise les plus en vue de ces trente dernières années, Alain Rousset prévient qu’il n’est pas venu pour renverser la table. « Je ne réclame pas l’ouverture des lieux culturels, explique-t-il, je suis dans une démarche constructive, pas revendicatrice, et je sais quelles sont mes marges de manœuvre et mes compétences. En revanche, nous avons souhaité faire une proposition à la ministre de la Culture pour se sortir de ce très mauvais moment que vivent les artistes, et essayer d’avoir un peu d’innovation pour préparer la sortie du tunnel, tout en garantissant la sécurité sanitaire. »

L’idée serait donc de mobiliser cet outil, Opera, pour sécuriser la réouverture des lieux culturels en prenant en compte des critères de jauge, de distanciation physique, d’assainissement des salles, ou encore en mobilisant les technologies UV qui peuvent révéler la présence éventuelle du virus.

Inspiré de travaux sur des modèles de propagation de la grippe

« Nous avons été sollicités par la profession dès le mois de mars, au début du premier confinement, pour commencer à travailler sur un protocole de désinfection des instruments de musique, explique Carole Le Rendu, directrice de l’Itemm. Très rapidement nous avons voulu aller plus loin, et nous avons travaillé sur la question des aérosols produits par les artistes, nous avons alors multiplié le recueil des données. Nous avons également travaillé sur la problématique du public dans ces lieux, et c’est dans ce cadre qu’arrive le projet Opera. »

Le chercheur Romain Viala qui l’a développé, « s’est inspiré de travaux sur des modèles de propagation de la grippe, qu’il a améliorés avec une trentaine de variables, allant de la circulation du virus, à la taille de la salle, la hauteur de plafond, jusqu’aux caractéristiques techniques de la ventilation… Nous collectons ainsi des données depuis juillet auprès d’une cinquantaine de salles, pour définir des typologies, et encadrer chaque configuration de salles. »

Ce modèle « n’accorde pas de feu vert ou de feu rouge »

Ce modèle « est un outil scientifique d’aide au dialogue avec les décideurs, mais il n’accorde pas de feu vert ou de feu rouge, insiste Carole Le Rendu. Il indiquera que dans telle configuration, on a telle ou telle variation du risque de contamination, ce qui permettra de déterminer le nombre de personnes en fonction de la typologie de la salle, ou la durée du set, qui a aussi un impact sur la courbe du risque. »

Après une première phase de collecte de données auprès de ces 50 lieux culturels, l’Itemm attend désormais de pouvoir croiser ses premiers résultats « avec d’autres éléments concernant les points de contact et la visualisation des aérosols. » « L’idée est de proposer un protocole extrêmement complet, et ce n’est qu’au travers de plusieurs regards qu’on arrivera à sécuriser au maximum la situation. » Il n’y aurait d’ailleurs pas un protocole mais plusieurs, qui seraient proposés, en fonction de la configuration des établissements, qu’il s’agisse de grandes salles, cafés-concerts ou studios de répétition… « Mais à chaque fois avec masque », précise Carole Le Rendu.

« Nous allons vivre avec le virus »

A ce jour, quelque 300 lieux culturels de Nouvelle-Aquitaine se sont positionnés pour les expérimenter. « Maintenant, on attend le feu vert de Roselyne Bachelot, et à partir de là on pourra établir un calendrier, sachant que se pose aussi la problématique des festivals d’été, et des festivals de cinéma », prévient Alain Rousset.

La Rock School Barbey fait évidemment partie des candidats. « Nous sommes impatients de pouvoir commencer ce travail collectif d’expérimentation, lance son directeur Eric Roux. Nous avons besoin de redevenir acteur de notre propre avenir, sachant que l’enjeu de notre réouverture est complexe. Mais nous sommes prêts à adapter nos protocoles sanitaires et nos formes artistiques. Espérons que l’Etat soit à nos côtés pour nous accompagner dans cette démarche. »

« Il faut prendre en compte le fait que nous allons vivre avec le virus, annonce le président de la région. C’est peut-être pessimiste de dire cela, mais je crois que c’est un constat partagé, et il faut qu’on relève ce défi. »