Grèce : Après #Metoo, les langues se délient timidement sur l’inceste

AGRESSIONS SEXUELLES Peu de cas d’inceste sont encore révélés dans la société patriarcale grecque, où les violences sexuelles peinent à sortir de la sphère privée

H. B. avec AFP

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Les langues commencent timidement à se délier sur l'inceste en Grèce.
Les langues commencent timidement à se délier sur l'inceste en Grèce. — A. GELEBART/20 MINUTES/SIPA

Les victimes brisent aujourd’hui le silence. Dans la société patriarcale grecque, où les violences sexuelles peinent à sortir de la sphère privée, les révélations à la mi-janvier de la championne olympique de voile Sophia Bekatarou - qui a raconté avoir été agressée sexuellement à l’âge de 21 ans par un haut responsable de la Fédération grecque –, ont provoqué une avalanche de dénonciations d’agressions sexuelles subies par des femmes athlètes, étudiantes, journalistes ou actrices.

Pour la première fois en Grèce, une personne publique a osé parler publiquement de ce traumatisme. « 90 % des agressions sexuelles restent dans l’ombre », précise Vassiliki Artinopoulou, professeure à l’Université de Pantion à Athènes. « Seule la partie émergée de l’iceberg est rendue publique », ajoute-t-elle.

« Nous vivons dans une société sexiste »

Profitant de ce #Metoo tardif, les langues continuent aujourd’hui de se délier, et les victimes d’inceste prennent petit à petit la parole pour dénoncer les agressions qu’elles ont subies. Konstantinos Yannopoulos, président de l’association « Le sourire de l’enfant », souligne « la nécessité » de profiter de la conjoncture du #Metoo pour que la parole se libère enfin sur les agressions sexuelles en milieu familial.

« Dans la majorité des cas, c’est le père qui est l’agresseur et pire, la mère le soutient », déplore-t-il. « Nous vivons dans une société sexiste, qui justifie les actions des hommes », soupire Konstantinos Yannopoulos, qui plaide pour la création d’un organisme national de recensement des cas d’inceste​.

Peu de cas d’inceste sont encore révélés en Grèce

Pour briser le tabou, le site d’information omniatv.gr a lancé une campagne sur les agressions sexuelles dans la sphère familiale, à partir du cas d’Eleonora (prénom d’emprunt), dont le frère comparaît en février pour avoir abusé d’elle à l’âge de 11 ans.

Créée à l’occasion de ce procès en appel, la campagne #MilaKaiEsy (#Speakuptoo) « soutient financièrement Eleonora » qui, malgré l’opposition de sa famille, avait porté plainte en 2018 contre son frère, quinze ans après les faits. L’objectif de la campagne « est aussi d’encourager d’autres personnes ayant vécu des expériences similaires à parler », a déclaré Loukas Stamellos, membre de la rédaction d’omniatv.

Peu de cas d’inceste sont encore révélés spontanément en Grèce. En 2020, sur les 2.100 cas de violences domestiques dénoncés auprès de son association, « seuls 31 concernaient des agressions sexuelles ».