Chloroquine, seins nus, haine… Le Conseil de surveillance de Facebook restaure des posts supprimés par le réseau

LIBERTE D'EXPRESSION L’instance, qui a rendu ses premières décisions, défend la liberté d’expression et critique la politique trop « vague » de modération de Facebook

P.B. avec AFP
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Facebook sur un smartphone (illustration).
Facebook sur un smartphone (illustration). — SOPA Images/SIPA

Beaucoup se demandaient si le conseil de surveillance de Facebook, chargé de jouer les arbitres sur la modération, pourrait évoluer en toute indépendance. On a désormais un élément de réponse avec les premières décisions, annoncées jeudi : dans quatre cas sur les cinq examinés, le conseil a restauré des posts controversés supprimés par Facebook. Et les vingt sages, qui comprennent notamment des avocats, des journalistes et une ex-première ministre danoise, ont critiqué une politique de modération trop « vague » du réseau.

En France, Facebook avait effacé une publication dans un groupe consacré au Covid-19, qui dénonçait un prétendu scandale à l’Agence nationale du médicament et affirmait que l’hydroxychloroquine pouvait sauver des vies. Facebook avait « supprimé le contenu au motif qu’il enfreignait sa règle relative à la désinformation et au danger physique imminent ». Mais selon le conseil, « ces médicaments ne sont disponibles que sur ordonnance » et « l’utilisateur n’encourageait pas à les acheter sans ordonnance » mais « s’opposait à une politique publique ». Le « danger immédiat » n’est donc pas établi, et les sages ont jugé que le post devait être restauré.

Un seuil élevé pour « l’incitation à la haine »

De même, le conseil a estimé que la suppression d’une citation de Goebbels expliquant qu’un argument, pour convaincre, ne devait pas faire appel à l’intellect mais à l’émotion, ne pouvait pas être supprimée pour la simple raison que les propos étaient attribués à un dirigeant nazi. Le conseil a également jugé qu’un message, en Birmanie, affirmant que « les hommes musulmans avaient un problème psychologique » était « offensant » mais n’atteignait pas le niveau « d’incitation à la haine ».

Sans grande surprise, des photos de seins nus publiées sur Instagram dans le cadre d’une campagne contre le cancer ont été restaurées au Brésil. Le Conseil critique l’algorithme automatique de Facebook qui a identifié de la nudité en passant à côté des mots « cancer du sein ». Au final, la seule décision qui a été validée est la suppression d’un post pour « insulte haineuse » dans le cadre du conflit armé entre l’Azerbaïdjan et l’Arménie.

Décision sur le compte de Trump attendu d’ici avril

« Dans plusieurs cas, les membres se sont demandé si le règlement de Facebook était suffisamment clair », ajoute le « conseil des sages », qui a émis plusieurs recommandations, demandant notamment au groupe de Mark Zuckerberg d’être plus transparent sur la façon dont il modère la désinformation. Facebook doit se conformer aux décisions de cette instance.

Si ces affaires n’étaient pas particulièrement médiatiques, ça ne sera pas de la suivante : le conseil doit se prononcer d’ici avril sur la suspension « indéfinie » de Donald Trump. Vu la ligne adoptée, il ne serait pas surprenant de voir l’ancien président faire son retour sur Facebook, sans doute avec une modération plus stricte.