Réseaux sociaux, sites de jeux, dark web… Les abus sexuels en ligne contre les enfants ont bondi pendant le confinement

VIOLENCES SEXUELLES De nombreux pédocriminels ont profité des restrictions liées au Covid-19 pour contacter des mineurs en ligne

H. B. avec AFP
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Des gendarmes de la section de lutte contre la pédocriminalité.
Des gendarmes de la section de lutte contre la pédocriminalité. — VALINCO/SIPA

Des jeunes privés d’école, des prédateurs cantonnés chez eux par la pandémie… Ce cocktail explosif a provoqué un bond des abus sexuels en ligne sur les enfants à travers le monde, avertissent des ONG et des enquêteurs. De nombreux pédocriminels ont profité des restrictions liées au Covid-19 pour contacter des mineurs via les réseaux sociaux, des sites de jeux en ligne ou le dark web.

« Les confinements liés au Covid-19 ont créé un cocktail explosif propice à une hausse de l’exploitation sexuelle des enfants en ligne », constate John Tanagho de l’ONG International Justice Mission qui combat les trafics sexuels.

« Les abus répondent à une commande, sont payés et consommés en direct »

Le gouvernement philippin a enregistré un bond de 260 % des signalements de contenus liés à des abus sur des enfants de mars à mai, période de confinement strict dans le pays, indique l’Unicef. « Les abus répondent à une commande, sont payés et consommés en direct par des criminels partout dans le monde qui n’ont pas besoin de quitter le confort de leur maison », souligne l’ONG International Justice Mission.

En Australie, la police fédérale a reçu plus de 21.000 signalements d’abus sexuels sur des enfants – parfois de moins d’un an – au cours des 12 mois courant jusqu’à fin juin, soit plus de 7.000 de plus que l’année précédente. « Certains de ces sites du dark web plantent parce qu’ils n’arrivent pas à faire face au trafic », relève Paula Hudson, enquêtrice de la police fédérale australienne. Les enquêteurs ont même « vu des forums spécifiques pour discuter des opportunités qui se présentent pendant le Covid », l’un d’entre eux comptant plus de 1.000 membres, note Paula Hudson.

« Les parents doivent être encore plus attentifs aux activités en ligne de leurs enfants »

En Indonésie, devenu un terrain propice aux abus sexuels d’enfants comme les Philippines, environ 20 % des jeunes disent avoir vu des comportements prédateurs en ligne, selon une enquête du réseau Ecpat qui lutte l’exploitation sexuelle des mineurs. La police de Java occidentale a d’ailleurs récemment découvert un groupe sur la messagerie Line qui proposait des « shows dénudés » en direct avec plusieurs mineurs.

Une jeune fille de 14 ans, a ainsi été poussée à faire un strip-tease en ligne alors que ses parents pensaient qu’elle faisait ses devoirs dans sa chambre. Ce groupe a vu ses membres tripler jusqu’à 600 pendant la pandémie. « Les parents doivent être encore plus attentifs aux activités en ligne de leurs enfants par ce qu’en quelques minutes ils peuvent devenir victimes ou auteurs de crimes sur Internet », avertit le commissaire de police indonésien Teuku Rasya Khadafi.

« On ne voit que la pointe de l’iceberg »

Les pédocriminels passent aussi via les plateformes de jeux en ligne, relève Glen Hulley, ancien policier australien qui travaille pour l’ONG Project Karma. « Ce que nous avons vu le plus souvent pendant le confinement, ce sont des criminels qui essayent de parler aux enfants dans des applications populaires chez les jeunes, comme des plateformes de jeux avec des messageries intégrées ». Ils se font aussi passer pour des jeunes, prétendent être un youtubeur célèbre ou même une star comme Justin Bieber.

A mesure que les activités pédocriminelles se sont transférées en ligne, la police s’est efforcée de les suivre, et a intensifié sa coopération internationale. « Plus on enquête, plus on progresse et plus on découvre de pédocriminels », dit Paula Hudson. « C’est un problème énorme et mondial (…) et on ne voit que la pointe de l’iceberg », note l’ONG International Justice Mission, en appelant les groupes technologiques à développer des outils pour détecter le streaming d’abus sexuels.