Coup de filet dans la pédopornographie : « Tous les profils sociaux sont concernés », assure un responsable de la police judiciaire

INTERVIEW Eric Bérot, chef de l’Office central pour la répression des violences aux personnes, revient sur l’opération d’envergure lancée par la police judiciaire depuis lundi

Propos recueillis par Thibaut Chevillard

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Illustration pédophilie sur internet.
Illustration pédophilie sur internet. — VALINCO / SIPA
  • La police judiciaire a lancé une opération d’envergure après avoir identifié une soixantaine de personnes qui téléchargeaient des volumes importants de vidéos pédopornographiques.
  • Au total, 61 personnes – des hommes, quasi exclusivement – ont été interpellées un peu partout en France et placées en garde à vue entre lundi et ce jeudi.
  • « Tous les profils sociaux sont concernés. Cela va du chômeur au cadre en passant par des employés », remarque le commissaire Eric Bérot, chef de l’OCRVP (Office central pour la répression des violences aux personnes), qui a répondu aux questions de 20 Minutes. Et d’ajouter : « On a constaté une augmentation du volume des téléchargements durant le confinement. »

Une opération d’envergure. Depuis le début de la semaine, la police judiciaire a interpellé, un peu partout en France, 61 personnes soupçonnées de s’échanger des vidéos pédopornographiques. Des hommes, principalement, ainsi que deux personnes en couple qui consultaient les images ensemble. Les enquêteurs de l’OCRVP (Office central pour la répression des violences aux personnes) ont ciblé, grâce à l’aide d’un logiciel américain, les suspects qui en téléchargeaient le plus. Au total, 220 fonctionnaires ont été mobilisés, dont une soixantaine de spécialistes en cybercriminalité.

Grâce aux images récupérées lors des perquisitions, plusieurs hommes ont également été mis en cause dans des affaires de viol sur mineurs. « Tous les profils sociaux sont concernés. Cela va du chômeur au cadre en passant par des employés », remarque le commissaire Eric Bérot, chef de l’OCRVP, qui a répondu aux questions de 20 Minutes.

Dans quel cadre a été lancée cette opération ?

Depuis plusieurs semaines, on a initié, à l’OCRVP, des procédures grâce à un logiciel américain qui nous permet de repérer des téléchargements de fichiers pédopornographiques sur le réseau P2P (peer-to-peer). On a donc décidé de lancer une opération globale avec l’ensemble des services de police judiciaire de l’Hexagone. Pour cela, on a identifié un peu plus de 60 cibles [suspects].

Au total, 61 personnes ont été interpellées entre lundi et ce jeudi, ce qui a nécessité de mobiliser 220 fonctionnaires, dont une soixante de spécialistes en cybercriminalité. Une dizaine de personnes ont déjà été déférées [présentées au parquet], une autre a été condamnée par le tribunal judiciaire de Valenciennes à dix mois de prison ferme.

Comment ces hommes ont-ils été ciblés ?

On a ciblé des gens qui avaient des gros volumes de téléchargement, qui étaient connus pour des faits similaires, ou qui ont une profession qui peut poser souci. On avait dans le lot un professeur à la retraite, un éducateur sportif… On pouvait imaginer qu’ils avaient pu passer à l’acte. Ce qui d’ailleurs a été le cas puisque quatre individus se sont vu reprocher, en plus du téléchargement, des faits de viol sur mineurs, dont trois dans le cadre familial.

Observez-vous un profil particulier ?

Non, l’âge des personnes interpellées va de 28 à 75 ans. Tous les profils sociaux sont concernés. Cela va du chômeur au cadre en passant par des employés… Aucune profession n’est épargnée. Concernant les situations familiales, on rencontre des célibataires, des personnes couples avec ou sans enfants…

Constatez-vous une augmentation de cette infraction ?

On a 100.000 connexions par an en France, c’est beaucoup. On a constaté une augmentation du volume des téléchargements durant le confinement. C’est compliqué d’être plus précis. On a donc voulu mettre un coup de projecteur sur ce phénomène.

Est-il compliqué d’enquêter sur ce type d’affaires ?

Techniquement, cela demande quelques compétences. C’est souvent dur psychologiquement car les policiers sont amenés à visionner des viols violents de nourrissons, d’enfants de 7 ans qui pleurent et qu’on gifle. Ce sont des vidéos extrêmement pénibles à regarder. Il faut donc des enquêteurs chevronnés qui sont formés à cela.