Les applications de suivi menstruel sont en pleine expansion
SANTÉ ET DONNÉES PERSONNELLES•Les applications, très utiles pour le suivi de ses menstruations, comportent aussi de nombreux risques20 Minutes avec agences
Les applications de suivi du cycle menstruel connaissent un succès grandissant. Le marché des services tech liés à la santé des femmes, pourrait peser 50 milliards de dollars en 2025 selon la société Frost & Sullivan.
A la sortie de Santé, l’application d’Apple, en 2014, le suivi des règles n’était pas prévu. Il a été intégré en 2015, créant une véritable tendance. Certaines applis proposent essentiellement un calendrier. D’autres consignent la température ou même des observations physiologiques, comme les sécrétions vaginales. Le design varie, tout comme le modèle économique, de l’abonnement à la monétisation des données connectées.
Plus que du suivi de règles
Clue, start-up berlinoise lancée en 2013, revendique une démarche éthique : application gratuite avec déclinaison payante sans aucune vente des données personnelles. L’appli revendique plus de 12 millions d’utilisatrices qui valorisent l’image scientifique de l’appli. Mais le risque est grand que la recherche « se concentre sur des femmes entre 18 et 35 ans » venant de pays développés, selon Marion Coville, sociologue et maître de conférences.
D’autres applications phares prétendent aider à procréer ou contrôler sa fécondité. La française Moonly se présente comme une « méthode de contraception naturelle, écologique et efficace », laissant les professionnels de santé sceptiques. L’Agence suédoise des médicaments, alertée au sujet de l’application « Natural Cycles », a exigé que soit mieux précisé « le risque de grossesses non désirées dans le mode d’emploi ».
Des risques de discrimination « accrus »
En janvier, 60 millions de consommateurs s’est fendu d’un avertissement : consigner sa température avec une application est une « très mauvaise méthode de contraception ». En 2018, une étude allemande menée sur 12 applications promettant d’aider à faire un bébé estimait que la grande majorité des applis n’étaient pas « plausibles ».
Diverses enquêtes ont aussi accusé des applications de vendre les données des utilisatrices à des annonceurs à des fins de ciblage publicitaire, voire de les monnayer auprès d’employeurs. Plusieurs ONG (Privacy International, Coding Rights) critiquent la complexité et l’opacité des politiques de confidentialité de ces applis.
« Si des tiers non autorisés accèdent à nos données de santé, on pourrait nous refuser un prêt, une évolution sur le plan professionnel, alerte Nathalie Devillier, professeure en droit du numérique à Grenoble. Les risques de discrimination sont accrus. » Selon le RGPD, un consentement explicite de l’utilisateur est nécessaire pour l’utilisation de ses données. Dans les faits, un clic peut suffire sans que les utilisatrices aient « conscience du risque encouru ».


















