Transphobie : Pourquoi J.K. Rowling fait l’objet de centaines de milliers de tweets ce dimanche

IDENTITES DE GENRE L’autrice britannique J.K. Rowling suscite ces dernières heures une nouvelle fois la colère d’un grand nombre de personnes pour des prises de position ne prenant pas en compte le vécu des personnes trans

Fabien Randanne

— 

J.K. Rowling, en 2018.
J.K. Rowling, en 2018. — Jonathan Hordle/REX/Shutterstock/SIPA

Ce dimanche, les hashtags « Fête des mères », « Bonne fête maman » et « Mothers Day » étaient en tête des tendances sur Twitter en France. Au milieu de cette thématique festive, surgit le nom de J.K. Rowling. Pourquoi l’autrice britannique, maman du sorcier Harry Potter, s’est-elle retrouvée parmi les sujets les plus commentés de la journée, avec plus de 820.000 publications mentionnant son nom ? Explications.

Un tweet qui met le feu aux poudres

Samedi, J.K. Rowling a relayé un éditorial du site devex.com appelant à «créer un monde post-Covid-19 pour les personnes qui ont leurs règles». Une formulation qui a interrogé l’autrice. « Je suis sûre qu’il y avait un mot pour ces personnes. Aidez-moi. Wumben ? Wimpund ? Woomud ? » Une question rhétorique pour la Britannique feignant d’avoir oublié le mot « women » («femmes »).

« Je suis un homme ! J’ai mes règles ! »

Ce tweet a suscité la circonspection et/ou la colère d’un grand nombre d’internautes. La raison ? Elle pourrait être résumée par ce que lui a répondu Zeke Smith, un homme trans, ex-candidat de Survivor, la version américaine de Koh-Lanta : « Coucou ! Je suis un homme ! J’ai mes règles ! Cessez d’être un trou de b… »

Comme l’explique l’Américain, suivi par près de 35.000 abonnés, dans un autre tweet, parler de « personnes qui ont leurs règles » permet d’inclure également les personnes non binaires, c’est-à-dire qui ne se ressentent ni intégralement « hommes » ni intégralement « femmes ». C’est effectivement ce que mentionne l’article relayé par J.K. Rowling. « J’en ai marre que le monde fasse comme si mon corps, ce que je vis, n’existait pas, et que je devrais me contenter d’être relégué au second plan », a déploré Zeke Smith.

D’après ses tweets, J.K. Rowling ne prend pas en compte le fait que des hommes trans et des personnes non-binaires peuvent également être concernées par les menstruations. « Tous les mois, je suis confronté aux mêmes difficultés créées par un monde refusant de reconnaître que les femmes ne sont pas les seules à avoir leurs règles », témoignait ainsi en 2018 auprès du HuffPost, Cass Blist, qui s’identifie comme trans non-binaire, dans un billet intitulé «Avoir ses règles quand on n'est pas une femme». Ce sujet, tout comme celui des grossesses transgenre – lorsqu’un homme trans donne naissance à un enfant –, est peu médiatisé.

J.K. Rowling se défend

Accusée de transphobie, J.K. Rowling s’est défendue dans une série de tweets. « Je respecte le droit de chaque personne trans de vivre comme bon leur semble. Je marcherai à vos côtés si vous êtes victimes de discrimination en raison de votre transidentité. En même temps, ma vie a été façonnée par le fait d’être une femme. Je ne crois pas que dire cela relève de la haine, plaide-t-elle. L’idée que des femmes, comme moi, qui sont en empathie avec les personnes trans depuis des décennies et éprouvent un lien avec elles parce qu’elles sont tout aussi vulnérables que les femmes – à la violence des hommes, par exemple –, haïraient les personnes trans car elles pensent que le sexe [masculin et le sexe féminin] est une réalité est absurde. Si le sexe n’est pas une réalité, alors il n’y a pas d’attirance de "même sexe". Si le sexe n’est pas une réalité, la réalité de ce que vivent les femmes dans le monde est effacée. Je connais et j’aime des personnes trans, mais effacer le concept de sexe empêche beaucoup de personnes de parler de leurs vies. Ce n’est pas haïr que de dire la vérité. »

J.K. Rowling emploie ici le terme « sex » («sexe ») et non « gender » («genre »), semblant renvoyer l’identité de genre d’une personne exclusivement à ses organes sexuels. Autrement dit, elle laisse entrendre qu’elle ne considère pas une femme trans comme une femme, ni un homme trans comme un homme.

Un écho à une autre prise de position polémique

Le point de vue exprimé par J.K. Rowling ici est dans la lignée de sa prise de position, en décembre dernier, en soutien à Maya Forstater. Cette dernière avait été licenciée par l’ONG pour laquelle elle travaillait car elle avait écrit sur Twitter, au sujet de la transidentité, que « les hommes ne peuvent pas devenir des femmes » et qu’il est « injuste et dangereux que les femmes trans concourent dans des sports féminins. »

Si Maya Forstater a contesté son licenciement, la justice britannique a donné raison à son employeur. Après le jugement, elle avait insisté : « Tout comme je l’ai dit dans ma déposition, je crois que le sexe est un fait biologique et immuable. Il y a deux sexes. Les hommes sont des mâles. Les femmes sont des femelles. C’est impossible de changer de sexe. »

JK Rowling était allée dans le sens de Maya Forstater en tweetant : « Habillez-vous comme vous voulez, appelez-vous comme vous voulez […] mais virer des femmes parce qu’elles affirment que le sexe est une réalité ? »

Qu’est-ce qu’une « TERF » ?

Cette déclaration avait valu à J.K. Rowling d’être qualifiée de « TERF », un acronyme signifiant « transgender exclusionary radical feminist ». En français : « féministes radicales excluant les trans ». Ce terme, péjoratif, désigne ainsi les militantes estimant que les personnes trans et leurs droits sont étrangers aux combats féministes et/ou lesbiens. En 2018, un petit groupe de manifestantes avait ainsi bloqué la tête du cortège de la Marche des fiertés de Londres en proclamant des slogans hostiles aux femmes trans qui, selon elles, ne pouvaient se revendiquer lesbiennes.

Plus largement, depuis 2018, J.K. Rowling fait l’objet de critiques sur les reseaux sociaux pour ses soutiens plus ou moins assumés a des tweets transphobes, comme le relatait en mai le site français Komitid anglé sur l’actualité liée aux sujets LGBT.

Ce samedi, J.K. Rowling a appuyé son argumentation en relayant un billet de blog d’une autrice lesbienne, Julia Diana Robertson, par ailleurs chroniqueuse au Huffpost anglophone et qualifiée de TERF par ses détracteurs. « "Feminazi", "TERF", "sorcière". Les temps changent, la haine des femmes perdure », a tweeté la créatrice de Harry Potter samedi sans préciser ce qu’elle entendait par « femmes ». Et donc, sans sembler comprendre que c’est sur ce point que se noue l’indignation des internautes.