« Je veux te voir nue »… Avec #BalanceTonTikTokeur, des jeunes femmes dénoncent le harcèlement sexuel sur TikTok

CYBERHARCELEMENT De nombreuses jeunes femmes ont raconté le chantage et le harcèlement sexuel qu’elles ont subis sur TikTok, le réseau social prisé des jeunes

Hakima Bounemoura

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De nombreuses jeunes femmes ont raconté le chantage et le harcèlement sexuel qu’elles ont subi sur TikTok, le réseau social prisé des jeunes.
De nombreuses jeunes femmes ont raconté le chantage et le harcèlement sexuel qu’elles ont subi sur TikTok, le réseau social prisé des jeunes. — Rafael Henrique / SOPA Images
  • Une internaute a lancé mercredi soir le hashtag #BalanceTonTikTokeur pour dénoncer le harcèlement sexuel sur TikTok.
  • De nombreuses femmes ont relaté les échanges qu’elles ont eus avec d’influents utilisateurs de la plateforme de vidéos, qui profiteraient de leur notoriété pour les faire chanter et leur demander l’envoi de photos dénudées.
  • « Des règles communautaires très strictes » et « un important système de modération ont été mis en place », a assuré un porte-parole de la plateforme TikTok France à 20 Minutes.

Un nouveau hashtag vient de faire son apparition à l’ère post #MeToo. Deux ans après #BalanceTonYoutubeur, de nombreuses jeunes femmes ont raconté ces derniers jours le harcèlement sexuel qu’elles ont subi sur TikTok, le réseau social prisé des jeunes, avec le hashtag  #BalanceTonTikTokeur. La plupart ont relaté les échanges qu’elles ont eus avec d’influents utilisateurs de la plateforme de vidéos, qui profiteraient de leur notoriété pour les faire chanter et leur demander l’envoi de photos dénudées.

Tout a commencé ce mercredi soir avec le tweet d’une internaute nommée @dilxgx. « Venez on lance le #BalanceTonTikTokeur pour dénoncer les tdc de ce réseau qui profite (sic) de leurs abonnés pour demander des nudes alors qu’elles sont mineures », écrit la jeune femme.

@dilxgx explique avoir eu « l’idée de créer le hashtag pour encourager les autres à dire la vérité et à enfin avoir une bonne occasion de sortir des screens de tiktokeurs qui demandent des nudes à leurs abonnés alors qu’ils savent qu’ils en demandent à des meufs de 13 ans ».

« Je vais te mettre des coups de fouet, t’en as l’habitude n’est-ce pas ? »

#BalanceTonTikTokeur est rapidement devenu viral, et a été repartagé des dizaines de milliers de fois en quelques heures. De nombreuses jeunes femmes ont ainsi brisé le silence et raconté leurs terribles mésaventures, publiant sur les réseaux sociaux des captures d’écran de discussions avec certaines stars du réseau social. « Je vais te mettre des coups de fouet, t’en as l’habitude n’est-ce pas ? Ouh, excuse-moi, j’ai sans doute dû violer ta petite sœur », écrit ainsi un influent tiktokeur en message privé à une adolescente, après avoir insisté à plusieurs reprises pour recevoir des nudes.

Sur un autre échange posté sur Twitter, un autre tiktokeur demande à une mineure si « [elle a] déjà fait des nudes ? » puis insiste pour en recevoir. « Envoie en une de toi en soutif (…) Mais allez c’est bon, pourquoi tu ne veux pas ? Je veux te voir nue », écrit-il. « Ok donc j’avais 13 ans (2018) à l’époque de ces messages, voici monsieur sadfreedom. J’en ai pleins d’autres mais je pense que ceci est suffisant », explique la victime.

Des témoignages qui ont attiré les critiques d’utilisateurs masculins du réseau social. « Encore des meufs à buzz » ou bien encore « Vous cassez pas un peu les couilles avec votre viol là ? La majorité des meufs qui témoignent sur Twitter, c’est les mêmes qui font les putes sur les réseaux. Faut pas faire les victimes après », ont tweeté certains internautes, dénonçant un lynchage médiatique.

D’autres ont au contraire soutenu cette libération de la parole et en ont également profité pour dénoncer les propos sexistes, homophobes et racistes tenus, en privé comme en public, par certains utilisateurs très suivis par les adolescents. « Vous avez l’occasion de trouver un travail en passant sous le bureau, nous non », explique ainsi dans une vidéo un tiktokeur, avant de dénigrer le « vrai débat des féministes » sur les serviettes hygiéniques gratuites.

« Choquée par les témoignages d’emprise, chantage et violences sexuelles »

La secrétaire d’État chargé de l’Égalité entre les femmes et les hommes, Marlène Schiappa s’est dite « choquée » de ces messages particulièrement alarmants. « Tik Tok est le réseau social de nos enfants & ados, il est nécessaire que ce soit un espace sûr. Choquée par les témoignages d’emprise, chantage et violences sexuelles, je demande immédiatement un rendez-vous avec Tik Tok : des mesures drastiques s’imposent ! », a tweeté la secrétaire d’Etat.

« Des règles communautaires très strictes » et « un important système de modération ont été mis en place », a assuré un porte-parole de la plateforme Tiktok France à 20 Minutes. « La sécurité et le bien-être de nos utilisateurs sont une priorité », a-t-il ajouté. La plateforme a également indiqué au HuffPost « être à la disposition des institutions et autorités locales pour discuter et présenter, en toute transparence, le travail que nous avons réalisé et les fonctionnalités mises en place pour proposer une expérience en ligne sûre et positive ».