Viol, harcèlement sexuel… Le studio de jeux vidéo français Ubisoft visé par plusieurs accusations

JEUX VIDEO Des témoignages d’employés ou d’ex-employés du studio français de jeux vidéo se multiplient depuis quelques jours sur les réseaux sociaux

Hakima Bounemoura

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Ubisoft est le troisième éditeur mondial de jeux-vidéos.
Ubisoft est le troisième éditeur mondial de jeux-vidéos. — K. Djanzesian / AFP
  • Des témoignages anonymes d’employés ou d’ex-employés d’Ubisoft, relatant des faits de harcèlement et d’agressions sexuelles, ont été publiés ce mercredi sur Twitter.
  • « Ce qui est dénoncé sur les réseaux sociaux n’est malheureusement pas quelque chose de nouveau. On a tous déjà entendu parler de ce genre d’histoires, mais aujourd’hui tout ça ne peut plus rester sous silence », explique à 20 Minutes une salariée du studio français, sous couvert d’anonymat.
  • La direction d’Ubisoft a réagi et a annoncé dans la nuit de jeudi à vendredi l’ouverture de plusieurs enquêtes internes.

La parole se libère, et les langues se délient sur Twitter… Depuis une semaine, le secteur du jeu vidéo est secoué par une vague d’accusations : des dizaines de femmes ont raconté sur les réseaux sociaux des faits de discrimination, de harcèlement ou d’agression sexuelle dans ce milieu encore très masculin.

Directement visé par plusieurs jeunes femmes, Ubisoft, l’un des poids lourds mondiaux du jeu vidéo, a annoncé l’ouverture de plusieurs enquêtes internes. Des témoignages anonymes d’employés ou d’ex-employés du groupe français ont été publiés sur Twitter ce mercredi, visant nommément des cadres de deux studios au Canada, et dénonçant des faits en Bulgarie et aux Etats-Unis, remontant parfois à plusieurs années.

« Un problème systémique pour Ubisoft »

L’un d’eux, qui occupe un poste de responsable d’une division d’Ubisoft à l’étranger, est ainsi accusé de viol par une professionnelle du jeu vidéo. Dans un long message publié lundi dernier, elle raconte ce qu’elle a vécu il y a six ans et dit vouloir parler aujourd’hui par culpabilité, après avoir entendu d’autres histoires similaires concernant le même individu.

@DennyVonDoom, un « streamer » connu dans le milieu, a lui dénoncé sur le réseau social un « problème systémique pour Ubisoft » et assure avoir reçu des témoignages concernant les bureaux ou studios de l’entreprise en Suède, au Brésil et à Paris, qu’il entend publier prochainement. « Saoul et enragé », un directeur créatif de Toronto « a étranglé une employée lors d’une soirée "Far Cry" », l’une des plus célèbres franchises d’Ubisoft, affirme-t-il, précisant que le responsable du studio en question était au courant et « n’a rien fait ».

Le directeur créatif d’un studio aurait « léché le visage » d’une collaboratrice

D’autres témoignages dénoncent une industrie « incroyablement toxique pour les femmes ». Une ex-employée raconte qu’un collègue lui a demandé une fellation lors d’une soirée alors qu’elle travaillait encore à son bureau, d’autres relatent que tel directeur créatif du studio de Montréal a « léché le visage » d’une collaboratrice lors d’une autre fête d’entreprise. « J’ai fait l’objet de moqueries lorsque je suis allée voir mon patron pour lui parler de mes problèmes », explique l’une d’elles.

Certains témoignages dénoncent également une ambiance sexiste et homophobe dans un studio de l’entreprise à Sofia (Bulgarie). Un autre témoignage, publié par un ancien employé sous son propre nom, dénonce quant à lui des faits de harcèlement sexuel par un autre cadre d’Ubisoft à l’étranger.

« Tout ça ne peut plus rester sous silence »

« Ce qui est dénoncé sur les réseaux sociaux n’est malheureusement pas quelque chose de nouveau. On a tous déjà entendu parler de ce genre d’histoires, mais aujourd’hui tout ça ne peut plus rester sous silence », explique à 20 Minutes une salariée du studio français, qui souhaite garder l’anonymat. «  Très peu de femmes osent aborder le sujet publiquement. Alors on en parle "entre nous", et c’est là qu’on comprend que ce genre de choses arrivent à énormément de gens », nous expliquait il y a quelques mois Zoé, qui elle aussi travaille dans un grand studio français de jeux vidéo.

« La plupart du temps, ces faits sont simplement niés et passés sous silence. Dans le meilleur des cas, les studios vont se revendiquer inclusifs, faire des déclarations publiques, mais sans qu’elles soient suivies par des mesures concrètes, en continuant à protéger les prédateurs qui évoluent en leur sein, le plus souvent à des postes haut placés », avait également expliqué à 20 Minutes le Syndicat des travailleurs du jeu vidéo (STJV).

Plusieurs enquêtes internes ouvertes

Ubisoft, l’un des éditeurs les plus importants du monde des jeux vidéo, avec des franchises telles que « Assassin’s Creed », a annoncé dans la nuit de jeudi à vendredi l’ouverture de plusieurs enquêtes internes « avec le soutien de consultants externes spécialisés ». « Nous sommes sincèrement désolés. Nous sommes engagés à créer un environnement inclusif et sûr pour nos équipes, nos joueurs et nos communautés. Il apparaît clairement aujourd’hui que nous n’avons pas réussi à atteindre cet objectif », admet l’éditeur dans un communiqué.

« En fonction des conclusions [de ces enquêtes], nous nous engageons à prendre toutes les mesures disciplinaires appropriées », écrit l’entreprise. « Nous procédons également à l’audit de nos politiques, procédures et systèmes existants afin de comprendre là où ils ont été défaillants, et de nous assurer que nous puissions mieux prévenir, détecter et punir tout comportement inapproprié », poursuit-elle.