Harcèlement, agressions sexuelles… L’industrie du jeu vidéo vit-elle son mouvement #MeToo ?

RESEAUX SOCIAUX Les témoignages de femmes se disant victimes de harcèlement ou agressions sexuelles dans le monde du jeu vidéo affluent depuis le début de la semaine sur les réseaux sociaux

H. B.

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Illustration d'un homme jouant à un jeu video.
Illustration d'un homme jouant à un jeu video. — Sean Do/Unsplash
  • Une conceptrice de jeux vidéo a accusé ce lundi sur Twitter un homme très influent dans l’industrie des jeux vidéo de l’avoir violée.
  • Depuis ce témoignage, de nombreuses femmes issues du monde du jeu vidéo ont raconté à leur tour sur les réseaux sociaux avoir été abusées ou harcelées sexuellement.
  • Pour l’heure, aucune des femmes qui se disent victimes n’a annoncé avoir déposé plainte.

« J’ai écrit un article de blog que vous devriez lire, j’y dénonce et nomme mon violeur. » C’est par ces mots que débute le thread posté lundi sur Twitter par Nathalie Lawhead, une conceptrice indépendante de jeux vidéo aux Etats-Unis. La jeune femme accuse Jeremy Soule, un compositeur très réputé dans le milieu qui a notamment travaillé sur les bandes originales de The Elder Scrolls et Guild Wars, de l’avoir violée.

Les faits remonteraient à 2008, époque à laquelle elle le considérait comme son « mentor ». « Il m’a fait des avances, je lui ai expliqué que je voulais qu’on reste amis. Il a été très menaçant et ne m’a pas écouté […] Il m’a violé », écrit-elle. Depuis ce témoignage, de nombreuses femmes issues de l’industrie du jeu vidéo racontent à leur tour sur les réseaux sociaux avoir été abusées ou harcelées sexuellement. Des accusations qui auraient freiné leur évolution professionnelle.

« Je croyais que c’était la norme »

Selon Nathalie Lawhead, Jeremy Soule aurait abusé de son influence à une période où elle se trouvait dans une situation précaire. « Ma version de l’histoire n’a jamais eu sa chance. Je souhaite essayer. Je partage cela avec l’espoir d’informer d’autres femmes », indique-t-elle dans son post.

« Après cette expérience, j’étais physiquement et émotionnellement brisée. Ça m’a demandé beaucoup de courage pour rejouer aux jeux vidéo. Le simple fait d’entendre ces deux mots me rendait malade. Je pensais que toute l’industrie du jeu vidéo était comme ça, et je ne supportais pas d’imaginer toutes ces femmes qui pouvaient avoir enduré la même chose. Je croyais que c’était la norme », raconte également Nathalie Lawhead.

Des dizaines de témoignages sur les réseaux sociaux

Le témoignage de Nathalie Lawhead a abondamment été partagé sur les réseaux sociaux, et a incité d’autres femmes à prendre publiquement la parole. En quelques jours, plusieurs femmes évoluant dans le secteur du jeu vidéo ont raconté avoir été agressées sexuellement par des grands pontes du métier. Des faits de harcèlement sexuel, d’agression sexuelle ou de viols ont ainsi été rapportés sur Twitter.

Quelques heures après le thread de Nathalie Lawhead, Adelaide Gardner a raconté elle aussi avoir été violée en 2017 par Luc Shelton, le programmateur de Splash Damage. Elle avait déjà partagé son témoignage en 2018, mais il était passé presque inaperçu. « Il m’a agressée (…) et a agressé au moins une autre femme il y a deux ans. Des collègues m’ont dit de rester silencieuse mais je ne me tairai plus », explique-t-elle sur Twitter.

Mardi, c’est Autumn Rose Taylor qui a accusé sur Twitter Michael Antonov, l’un des co-fondateurs de l’entreprise Oculus, spécialiste de la réalité virtuelle, de l’avoir agressée pendant une démonstration.

Le même jour, la développeuse Zoë Quin [l’une des principales cibles en 2014 de la campagne de cyberharcèlement surnommée « le Gamergate »] a également confessé avoir été victime d’abus sexuels. Sur Twitter, elle a accusé le co-créateur du titre indépendant Night in the Woods, Alec Holowka, d’agression sexuelle.

Dans une série de tweets, les deux autres co-créateurs de Night in the Woods, Scott Benson et Bethany Hockenberry, ont assuré « prendre ces accusations très au sérieux », et ont décidé de cesser toute collaboration avec Alec Holowka. « Nous annulons un projet en cours de développement et retardons la sortie de la version physique de Night in the Woods », ont-il expliqué sur Twitter.

Pour l’heure, aucune des femmes qui se disent victimes n’a annoncé avoir déposé plainte, et aucune des personnes mises en cause n’a publiquement réagi.

Cette série de témoignages n’est pas sans rappeler la vague #MeToo (et #BalanceTonPorc en France) qui a émergé en 2017. Certaines des victimes qui dénoncent aujourd’hui leur agresseur s’étaient déjà exprimées à l’époque où le mouvement a été lancé.