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iPhone et BlackBerry non grata à l'Elysée
SOCIETE•Les temps sont durs pour les téléphones portables des hommes politiques...Alice Antheaume et Mathieu Gregoire
Les temps sont durs pour les téléphones portables des hommes politiques. A l’Assemblée nationale, les ondes sont brouillées, laissant les mobiles sans réseau disponible et les députés sans possibilité d’envoyer des SMS entre deux prises de parole. A l’Elysée, sont aussi non grata les appareils de la marque BlackBerry, qui permettent non seulement de téléphoner mais aussi de lire et envoyer des emails, de télécharger des pièces jointes, de consulter son agenda ou de surfer sur le Net.
Nicolas Sarkozy, lors de son entrée en fonction présidentielle, a dû délaisser son BB - le surnom donné aux accros à leur BlackBerry, qui compte 19 millions d’abonnés dans le monde. Cause sécurité défaillante. C’est le Secrétariat général de la défense nationale (SGDN) qui le dit dans une note qui a pris l’allure d’une consigne, arguant que ces appareils font transiter les données (mails, photos, fichiers texte, etc.) par deux serveurs, l’un situé aux Etats-Unis, et l’autre au Royaume-Uni. Pas question, donc, de prendre le risque de voir les documents de travail du gouvernement français se retrouver espionné à l’étranger, surtout quand l’étranger réveille l’idée de «la perfide Albion». Seul un constructeur a le monopole du marché élyséen: HTC, dont le serveur est basé en France.
BlackBerry, interrogé par 20minutes.fr, se défend: «Aucun tiers, y compris le constructeur lui-même, ne peut accéder à une source sur le BlackBerry d’un usager, assure Daniel Jouan, expert de la sécurité du constructeur. Les informations sont chiffrées avec un algorithme toujours plus perfectionné.»
Le BlackBerry trop sécurisé pour la Maison Blanche?
Des mots qui n’ont pas eu la portée escomptée, malgré un nombre faramineux de labels de sécurité aux noms sophistiqués.
L’interdiction de BlackBerry est la même pour tous ceux qui travaillent pour le gouvernement français. L’Elysée, joint par 20minutes.fr, confirme: chaque collaborateur peut avoir un BlackBerry dans sa poche pour son usage personnel, mais pas pour la vie professionnelle. «Il nous est interdit de le connecter à notre messagerie électronique de l’Elysée, explique Franck Louvrier, l’un des conseillers du Président. Mais certains d’entre nous s’en servent pour leurs mails d’une autre boite, et pour consulter les dépêches des agences de presse.»
Parmi les adeptes du BB, on a repéré DSK, Rachida Dati et Xavier Bertrand, qui jonglent avec - au moins - deux téléphones, leur BB et leur HTC homologué. Outre Atlantique, Barack Obama a été vu pendant toute sa campagne avec un BlackBerry en mains, qu’il devra lui aussi délaisser une fois arrivé à la Maison Blanche.
Un coup dur pour ce téléphone qui s’est taillé une image d’outil indispensable auprès des hommes de pouvoir et autres chefs d’entreprise. BlackBerry rétorque que si Obama doit lâcher son téléphone, ce n’est pas parce que l’outil a des failles dans sa sécurité, mais parce qu’il est au contraire trop sécurisé. «Le “Presidential Record Act” requiert que la communication du président américain doit pouvoir être à tout moment rendue publique...»
La société ajoute que le FBI, lui, utilise le système BlackBerry. Et ce ne sont pas les seuls: le BlackBerry connaît, malgré la porte fermée de l’Elysée et de la Maison Blanche, une croissance ahurissante (90% des entreprises du CAC 40 n’ont pas peur de s’en servir, selon les chiffres donnés par la société).
L’iPhone n’est pas mieux loti que le BlackBerry. «Il n’est pas en dotation auprès des collaborateurs de l’Elysée», reprend Franck Louvrier. Façon de dire qu’il n’est pas validé par le Secrétariat général de la défense nationale. Ce qu’Apple, la société qui fabrique les iPhones jointe par 20minutes.fr, refuse de commenter. Rayon politique, François Fillon et Bernard Kouchner, deux adeptes de l’iPhone, sont de toute façon les meilleurs promoteurs du téléphone à la pomme...



















