Affaire Mila : Retour sur l’histoire de cette ado cyberharcelée après des propos islamophobes

CYBERHARCELEMENT Mila, 16 ans, a subi une vague d’insultes et de menaces sur les réseaux sociaux après avoir critiqué l’islam, qu’elle a qualifié de « religion de haine » dans une vidéo postée sur Instagram

Hakima Bounemoura

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Mila, 16 ans, a subi une vague d’insultes et de menaces sur les réseaux sociaux après avoir tenu des propos islamophobes.
Mila, 16 ans, a subi une vague d’insultes et de menaces sur les réseaux sociaux après avoir tenu des propos islamophobes. — Capture d'écran Twitter
  • Une lycéenne âgée de 16 ans prénommée Mila, originaire de l’Isère, a été la cible cette semaine d’une vaste campagne de cyberharcèlement après avoir tenu des propos islamophobes sur Instagram.
  • Face aux insultes et aux menaces de mort, la lycéenne a dû être déscolarisée, explique le rectorat de Grenoble.
  • Deux enquêtes ont été ouvertes par le procureur de la République de Vienne, l’une pour identifier les auteurs des « menaces de morts » et l’autre pour « provocation à la haine raciale ».

« Je recevais 200 messages de pure haine à la minute ». Une lycéenne âgée de 16 ans prénommée Mila, originaire de l’Isère, a été la cible cette semaine d’une vaste campagne de cyberharcèlement sur les réseaux sociaux après avoir tenu des propos islamophobes. « Le Coran est une religion de haine […] Votre religion, c’est de la merde, votre Dieu je lui mets un doigt dans le trou du cul, merci au revoir », a notamment déclaré l’adolescente dans une vidéo publiée le week-end dernier sur Instagram.

Face au flot d’insultes et de menaces de mort reçues par la jeune fille, le procureur de la République de Vienne (Isère) a confirmé à 20 Minutes avoir ouvert deux enquêtes distinctes. L’une pour identifier les auteurs des « menaces de mort », confiée à la gendarmerie, et l’autre pour « provocation à la haine raciale », qui vise la jeune fille elle-même pour ses propos tenus sur Instagram, le but étant de savoir « si ceux-ci relèvent ou non de la liberté d’expression ».

« L’islam, c’est de la merde »

Tout est parti d’une vidéo postée samedi 18 janvier sur les réseaux sociaux. L’adolescente échangeait en direct avec ses abonnés pour partager sa passion pour le chant. Un internaute l’aurait alors prise à partie pour la « draguer de manière insistante ». Recadré par Mila, ouvertement lesbienne, le jeune homme l’aurait alors insulté, l’accusant de racisme et d’islamophobie. C’est là que la jeune fille aurait commencé à critiquer l’islam, la qualifiant de « religion de haine » et « de merde ».

La vidéo de cet échange est rapidement devenue virale. Elle a été relayée sur les autres réseaux sociaux, et a depuis été visionnée plus d’un million de fois en cumulé. Plusieurs hashtags en lien avec l’adolescente se sont même classés en tête des « trending topics » ce mercredi, générant plus de 100.000 tweets en moins de 24 heures. Mais cet extrait vidéo a surtout provoqué un torrent d’insultes et de haine à l’encontre de l’adolescente. Outre les insultes et les menaces de mort ou de viol, certains internautes ont dévoilé l’identité de la jeune fille, son adresse, et même celle de son lycée. « Quelqu’un a même appelé mon lycée en se faisant passer pour mon père », a confié Mila à Checknews.

« Une déscolarisation temporaire »

Face à cette vague de haine, la jeune fille a dû être « déscolarisée » cette semaine, a indiqué à 20 Minutes le rectorat de Grenoble. « Le proviseur de son établissement, situé dans le nord Isère, a procédé dès lundi matin à un signalement auprès du procureur de la République, et auprès de la plateforme Pharos [service de la police nationale chargé de la lutte contre la cybercriminalité]. La lycéenne, élève de seconde, ne s’est pas présentée en cours cette semaine », ont précisé les services du rectorat. Une prise en charge psychologique a par ailleurs été mise en place pour la jeune fille et sa famille avec l’aide de l’association E-enfance, partenaire de l’Education nationale, qui gère la plateforme de lutte contre le cyberharcèlement Net écoute.

« Nous avons été en contact avec la lycéenne et ses parents pour leur apporter une première aide psychologique, les rassurer et leur donner des conseils. Ils ont été pris dans un phénomène dans lequel ils ont été complètement dépassés », a expliqué à 20 Minutes Justine Atlan, présidente de l’association E-enfance. «  Tous les opérateurs ont été contactés pour faire supprimer les vidéos et contenus illégaux, et faire cesser la propagation de rumeurs qui nuisent à la jeune fille, qui n’a que 16 ans. Notre objectif, c’est de stopper la viralité de cette affaire », a ajouté la présidente de l’association.

Débat autour du « délit de blasphème »

Cette histoire a fait réagir cette semaine de nombreux internautes sur les réseaux sociaux. Certains condamnant les propos tenus par l’adolescente avec le hashtag #JeNeSuisPasMila, d’autres au contraire ont tenu à lui apporter leur soutien avec le mot-clé #JeSuisMila. Parmi eux, nombreux sont ceux qui ont souligné que le « blasphème n’était pas illégal en France ».

Une position également soutenue par la patronne du Rassemblement national. « Les propos de cette jeune fille sont la description orale des caricatures de Charlie, ni plus ni moins. On peut trouver ça vulgaire, mais on ne peut pas accepter que, pour cela, certains la condamnent à mort, en France, au XXIe siècle », a tweeté Marine Le Pen.

D’autres élus comme Nicolas Dupont-Aignan, Florian Philippot ou encore Robert Ménard ont aussi tweeté à ce sujet, invoquant la liberté d’expression. Des personnalités publiques, comme la journaliste Françoise Laborde ou le philosophe Raphaël Enthoven ont également apporté leur soutien à Mila. « Le blasphème n’est pas un délit, mais une œuvre de santé publique », a notamment écrit l’intellectuel.