Données personnelles: Pourquoi devriez-vous éteindre votre enceinte connectée en présence d'invités?

VIE PRIVEE Êtes-vous bien sûrs que vos amis sont d’accord avec le fait que votre enceinte connectée puisse enregistrer et analyser leurs propos lorsqu’ils viennent chez vous ?

Marie De Fournas

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L'enceinte connectée Google Home (illustration)
L'enceinte connectée Google Home (illustration) — Eric Risberg/AP/SIPA
  • Selon Arthur Messaud, juriste à la Quadrature du Net, interviewé par « 20 Minutes », les enceintes connectées ne sont pas toujours en règle avec la loi RGPD.
  • Celles-ci collectent effectivement des données personnelles ce qui peut aller contre le respect de la vie privée des personnes se trouvant dans la pièce.

Ce soir vous aviez organisé un dîner entre amis et comptiez bien impressionner la galerie avec une démonstration de votre toute dernière acquisition : une enceinte connectée. Ce petit bout de plastique connecté qui, grâce à une simple commande vocale, vous permet de lancer le dernier album de Mylène Farmer, lire des articles de presse, écouter la météo, éteindre le chauffage ou la lumière des toilettes quand quelqu’un s'y trouve. Génial. Sauf qu’au niveau du respect de la vie privée, le petit assistant d’intérieur fait beaucoup moins rêver.

En effet, votre enceinte connectée vous écoute. Passivement lorsque vous ne vous adressez pas à elle et activement lorsque vous la sollicitez. Dans le second cas, certains enregistrements vocaux sont récupérés, écoutés et analysés par des entreprises sous-traitantes des grands groupes qui fabriquent ces enceintes.

Que cela soit Amazon, Google, Apple ou Microsoft, tous le font, officiellement dans le but d'améliorer l’expérience client, mais ces dernières restent assez opaques concernant les informations qu’elles traitent et comment. Installer cet objet dans son salon, c’est accepter d’une certaine manière de dévoiler une partie de sa vie privée. Mais est-ce autorisé de l’imposer à ceux qui franchissent le seuil de votre domicile ?

Meme Google le reconnaît

En France par exemple, si vous possédez un système de caméras de surveillance, vous devez avertir les personnes que vous recevez qu’elles sont susceptibles d’être filmées. Ainsi comme le stipule l’article 226-1 du Code Pénal, « est puni d’un an d’emprisonnement et de 45 000 euros d’amende le fait, au moyen d’un procédé quelconque, volontairement de porter atteinte à l’intimité de la vie privée d’autrui en captant, enregistrant ou transmettant, sans le consentement de leur auteur, des paroles prononcées à titre privé ou confidentiel ».

Qu’en est-il alors pour les enceintes connectées lorsqu’elles enregistrent sans consentement ? Le 15 octobre dernier, Rick Osterloh, le patron du département hardware de Google a lui-même déclaré sur la BBC qu’il était préférable de prévenir ses invités si une enceinte connectée était en marche dans la maison. Mais la démarche reste insuffisante pour certains.

« Il ne suffit pas de simplement informer les personnes »

« Google ne peut pas mettre la responsabilité sur les propriétaires puisque c’est lui qui enregistre ces données, clame Arthur Messaud, juriste à la Quadrature du Net, interviewé par 20 Minutes. De plus, selon la loi RGPD,  il ne suffit pas de simplement informer les personnes, il faut également qu’il y ait un acte actif et explicite de consentement. Il faudrait donc que Google contacte chacun des invités afin d’obtenir leur accord pour être ensuite autorisé à récolter, utiliser et traiter ces données. » Une démarche évidemment impossible admet l’expert.

« De plus, seul Google sait ce que cela implique en termes de fichage, les particuliers ne sont pas en mesure d’expliquer à leurs hôtes comment et quelles données personnelles seront utilisées. » Arthur Messaud recommande donc par mesure de sécurité et respect de la vie privée d’autrui, de tout bonnement éteindre son enceinte en présence de personnes chez soi. (Après avoir fait la blague de la lumière dans les toilettes si vraiment vous y tenez)