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Vos émotions analysées pour des raisons de sécurité? Un test proposé à Nice

Nice: Et si vos émotions étaient analysées pour des raisons de sécurité? La ville étudie la question, l'opposition s'offusque

HUMEURSLe logiciel d'une start-up, capable de détecter des comportements suspects via les caméras de vidéosurveillance, pourrait être expérimenté dans le tramway...
Fabien Binacchi

Fabien Binacchi

L'essentiel

  • Un logiciel de reconnaissance et d’analyse des émotions, pour détecter des comportements suspects, a été proposé à l’expérimentation à la ville de Nice.
  • La mairie étudie la possibilité d’un test via les caméras installées dans ses rames de tramway.
  • L’opposition dénonce déjà « un pas supplémentaire dans [la] surenchère sécuritaire » de Christian Estrosi.

Des traits détendus sur un sourire et tous les indicateurs sont au vert. Au contraire, un visage fermé, stressé ou énervé et l’alarme se déclenche. Two-i, une start-up messine spécialisée dans « l’analyse de contenus vidéos », a proposé à la ville de Nice de tester son logiciel qui mesure les émotions, pour détecter et prévenir d’éventuels comportements suspects à travers l'un des réseaux de vidéosurveillance les plus développés de France.

La mairie explique « étudier le dossier », l’opposition dénonce déjà « un pas supplémentaire dans [la] surenchère sécuritaire » de Christian Estrosi.

« Atteinte à la vie privée et aux libertés individuelles »

A priori, le système pourrait être testé dans les rames du tramway, où des caméras sont reliées au « Centre de supervision urbain ». « On étudie le logiciel en général mais, effectivement, on s’était dit que dans le tram ça aurait pu être utile vu l’attaque des militaires en 2015. L’agresseur avait pris le tram » avant de passer à l’acte, relève-t-on dans l’entourage du maire LR. Avant de préciser : « Rien n’est encore arrêté. Pour le moment pas, il n’y a pas d’expérimentation prévue, mais pourquoi pas. »

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La simple « mise à l’étude de l’utilisation du logiciel » s’agace déjà l’élu socialiste Paul Cuturello, s’inquiétant du sort des « données recueillies ». « Un voyageur qui aurait sa tête des mauvais jours à cause d’une dent douloureuse serait alors considéré comme suspect et pourrait faire l’objet d’une intervention des forces de sécurité. Il y a là un risque aggravé de porter atteinte à la vie privée et aux libertés individuelles », s’alarme l’élu.

« Un moyen simple pour éviter tout débordement »

Sur son site internet, la start-up promet une « cartographie émotionnelle en temps réel » capable de mettre « en évidence des situations potentiellement problématiques voire dangereuses ». « Un déploiement dynamique des agents de sécurité dans une zone où la tension et le stress se font sentir, est souvent un moyen simple pour éviter tout débordement », avance aussi Two-I, dont le logiciel « Security » serait capable de décrypter quelque 10.000 visages à la seconde.

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« Désormais il sera donc éminemment suspect d’être en colère, énervé ou révolté. Mais où va-t-on ? Ils veulent réduire tous les habitants à l’état de zombies inexpressifs », s’est aussi interrogée la Ligue des droits de l’homme de Nice. La section locale de l’association exhortant « les Niçois à s’organiser pour refuser cette dispendieuse fuite en avant qui n’apporte pas une once de sécurité supplémentaire, mais bafoue nos libertés ».

De son côté, Patrick Allemand, chef de file de l’opposition socialiste à Nice, a aussi fait savoir qu’il avait saisi la Commission nationale de l’informatique et des libertés pour obtenir « un avis ». La même Cnil qui avait demandé à la mairie de stopper une autre expérimentation en mars 2018. L’organisme avait jugé que « la loi ne [permettait] pas l’utilisation » de Reporty, une application d’appels vidéo en direct à la police municipale.