La bulle du bitcoin a-t-elle explosé en 2018?

TECH La cryptomonnaie a perdu 80% de sa valeur cette année, et de nombreux économistes sont pessimistes sur son avenir...

Philippe Berry

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Illustration bitcoin.
Illustration bitcoin. — CHAMUSSY/SIPA

De notre correspondant aux Etats-Unis,

Plus dure sera la chute. Après une ascension spéculative vertigineuse en 2017, le bitcoin s’est écroulé en 2018, perdant 80 % de sa valeur, passant de près de 20.000 dollars à 3.700 dollars ce mercredi. Dans un bain de sang généralisé, Bitcoin a entraîné presque toutes les autres cryptomonnaies (Ether, Ripple, Litecoin) dans sa chute. Avec une question qui se pose fatalement : était-on face à une bulle, et a-t-elle explosé cette année ?

« Oui et oui, sans hésitation », répond Brent Goldfarb, professeur d’entrepreneuriat à l’Université du Maryland, coauteur du livre Bubbles and crashes : The boom and bust of technological innovation. « Oui, c’était une bulle. Et comme toutes les bulles, celle du bitcoin a été attisée par le faible coût de l’argent, avec des taux d’intérêt très bas qui ont fait office d’air, et une grosse promesse qui a créé la hype », acquiesce Panos Mourdoukoutas, professeur d’économie à Long Island University. Cette promesse, c’était de devenir le cash du Web, avec un système décentralisé court-circuitant les banques centrales. Belle utopie.

Hype et irrationalité

Le graphique du cours du bitcoin ressemble beaucoup à celui de la bulle Internet des années 1995-2000, puissance 10. Mi-2017, on est entré dans la phase de « l’exubérance irrationnelle », une expression utilisée par l’ancien patron de la Fed américain Alan Greenspan dans les années 90. « Dans les bulles technologiques, on voit souvent un optimisme extrême sur la vitesse du changement et son caractère inévitable », note Brent Goldfarb.

Alors que l’argent des investisseurs institutionnels a coulé à flots, les petits porteurs n’ont pas voulu passer à côté, rêvant, eux-aussi, de devenir des « bitcoin millionnaires ». La valeur du bitcoin, comme celle des tulipes lors de la crise du XVIIe siècle, s’est déconnectée de toute rationalité économique, et le cours s’est envolé de 2.000 % en un peu plus de six mois. La correction, alimentée par les craintes de régulations gouvernementales, n’en a été que plus brutale.

En route vers zéro ?

En huit ans, Bitcoin a réussi à faire son trou médiatique mais pas vraiment financier : 80 % des Américains en ont entendu parler mais seulement 8 % ont investi directement ou indirectement, selon plusieurs études. La capitalisation totale de bitcoin ne représente plus que 65 milliards de dollars – environ la moitié de la fortune de Jeff Bezos. Surtout, 99,99 % du grand public n’utilise pas de cryptomonnaie pour faire ses emplettes. Cela reste très compliqué, et lent : Bitcoin et Ethereum ne permettent de traiter qu’entre 7 et 20 transactions par seconde, contre 24.000 à Visa. Dans le même temps, il n’a jamais été aussi simple de payer en ligne avec Paypal, Apple ou Android Pay, ou d’envoyer de l’argent à des amis via sa banque, Messenger ou Gmail.

Le bitcoin peut-il redresser la barre ? « Quand une bulle a éclaté, c’est très rare qu’elle gonfle à nouveau », assure Panos Mourdoukoutas. Il n’est pas le seul pessimiste. L’économiste Nouriel Roubini, qui avait prédit en détail la crise financière de 2008, répète souvent que le bitcoin, « la mère de toutes les arnaques », retombera à zéro une fois la spéculation terminée. Sans compter qu’avec un cours qui baisse et un coût pour vérifier les transactions et maintenir le registre à jour qui monte, l’intégrité du système pourrait être à terme menacée, avertit le chercheur en sécurité informatique Nick Weaver sur Twitter. N’utilisez pas votre argent de Noël pour acheter des bitcoins chez les buralistes le 1er janvier.