VIDEO. La blockchain, sans bullshit: On est allé visiter une «ferme» à bitcoins secrète en Islande

BLOCKCHAIN MY HEART (4/5) Perdue quelque part dans la péninsule du Reykjanesskagi, au milieu des champs de lave, Enigma est l’une des plus grandes installations de minage de cryptomonnaie au monde…

Hakima Bounemoura

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La ferme Enigma en Islande, l’une des plus grandes installations de minage au monde. À l’intérieur du hangar, des dizaines de milliers de « mining rigs » (stations de minage) s’alignent sur près de 400 m2.
La ferme Enigma en Islande, l’une des plus grandes installations de minage au monde. À l’intérieur du hangar, des dizaines de milliers de « mining rigs » (stations de minage) s’alignent sur près de 400 m2. — Hakima Bounemoura
  • 20 Minutes s’intéresse aux blockchains à travers cinq articles.
  • Dans cette série, nous explorons le futur de cette technologie de stockage et de transmission d’informations, transparente, sécurisée, et qui fonctionne sans organe central de contrôle.
  • 20 Minutes est allé visiter l’une des plus grandes installations de minage au monde située en Islande.

De notre envoyée spéciale en Islande,

Depuis l’incroyable explosion du bitcoin, l’an dernier, l’Islande connaît une demande exponentielle de la part des « mineurs » de monnaies virtuelles. Contrairement au dollar ou à l’euro, le bitcoin n’est pas émis par des banques centrales mais « miné », ou créé dans des « fermes » informatiques. Grâce à son climat et à une énergie bon marché, la petite île de l’Atlantique fait aujourd’hui office d’eldorado pour ces entreprises de « minage ».

Genesis Mining, l’un des leaders du marché, est l’une des premières sociétés à s’être installée sur ces champs de lave et possède aujourd’hui l’une des plus grandes installations de minage au monde. Cette « ferme » à bitcoins, qui se dresse au beau milieu du désert volcanique islandais, porte le nom de la première machine de chiffrement, Enigma, utilisée par les nazis durant la Seconde Guerre mondiale. 20 Minutes est allé visiter le data center, perdu quelque part au milieu de la péninsule du Reykjanesskagi.

La ferme « high tech » produisant l’or virtuel est ultra-sécurisée. Sa localisation exacte est tenue secrète pour éviter les convoitises. De l’extérieur, rien d’impressionnant. Plusieurs hangars en tôle argentée d’apparence anodine abritent les fameuses machines. Au total, « quatre autres bâtiments auxquels « s’ajouteront bientôt deux entrepôts flambant neufs », indique la société dont les bureaux sont basés à Hong Kong.

Plusieurs hangars en tôle argentée d’apparence anodine abritent les fameuses machines.
Plusieurs hangars en tôle argentée d’apparence anodine abritent les fameuses machines. - Hakima Bounemoura

« Un bourdonnement étourdissant proche de celui d’un gros-porteur au décollage »

À l’intérieur du hangar, des dizaines de milliers de « mining rigs » (stations de minage) s’alignent sur près de 400 m2, créant « un bourdonnement étourdissant proche de celui d’un gros-porteur au décollage », nous explique Philip Salter, chef opérateur et représentant de Genesis Mining en Islande. Le « mining rig », c’est une sorte d’unité centrale dotée d’une carte mère, d’une mémoire RAM, d’un disque dur, d’un processeur et de six cartes graphiques.

Son rôle ? « Exécuter des algorithmes complexes permettant d’enregistrer une succession de transactions authentifiées et cryptées », précise le chef opérateur. Cette technologie, la « blockchain », est souvent décrite comme l’équivalent numérique d’un livre de comptes qui serait inviolable et infalsifiable. Au total, 12,5 bitcoins sont ainsi créés toutes les 10 minutes dans cette ferme de minage.

A gauche, les «mining rigs» et à droite, des rangées de filtres pour piéger la poussière.
A gauche, les «mining rigs» et à droite, des rangées de filtres pour piéger la poussière. - Hakima Bounemoura

Ici des milliers de processeurs cherchent les transactions à valider puis à regrouper en blocks. Des blocks qui seront ajoutés à la blockchain, c’est-à-dire le grand registre décentralisé des transactions. « L’idée de la blockchain, c’est de toujours essayer de trouver le block le plus récent à placer au sommet de celle-ci, pour la construire block par block. C’est l’objectif du minage », explique Philip Salter.

« N’importe qui peut faire ça chez lui, sans entrave légale », ajoute le représentant de Genesis Mining. « Mais les coûts de production et de maintenance, à grande échelle, nécessitent un investissement colossal », prévient l’ingénieur. Les machines, branchées sur le secteur, tournent en effet 7 jours sur 7 et 24h/24…

L’énergie consommée « dépasse la consommation électrique des 330.000 habitants de l’île »

Sur les quelque 17 millions de bitcoins en circulation dans le monde, une bonne partie est « made in Islande ». La petite île de l’Atlantique nord entend monter en puissance et récupérer les bénéfices de la guerre lancée par les autorités chinoises contre cette monnaie virtuelle.

L’Islande offre en effet des conditions uniques au monde pour la production de cryptomonnaies, en raison de son énergie géothermique bon marché et 100 % renouvelable. Le kWh hors taxes (0,065 euro) y est en moyenne deux fois moins cher que dans l’Union européenne (0,114 euro), selon les données d’Eurostat pour 2016, ce qui fait de l’Islande l’une des nations les plus compétitives d’Europe derrière la Serbie, la Macédoine et la Bosnie, pays où était auparavant implanté Genesis Mining.

Les interminables rangées de serveurs informatiques consomment une énergie phénoménale.
Les interminables rangées de serveurs informatiques consomment une énergie phénoménale. - Hakima Bounemoura

Mais l’implantation de fermes de minage dans le paysage islandais a un véritable impact environnemental. Selon le fournisseur d’énergie islandais HS Orka, les data centers islandais spécialisés dans le minage devraient consommer 840 gigawatts/heure en 2018. Bien plus que toute l’électricité consommée annuellement par les 330.000 habitants de l’île pour leurs besoins domestiques (700 gigawatts/heure).

« Le braquage » de cryptomonnaies en hausse

Victime de leur succès, les « fermes » de bitcoins islandaises sont depuis quelques mois la cible de voleurs bien organisés. Entre décembre et janvier dernier, 600 « stations de minage » se sont volatilisées pour un butin estimé à 200 millions de couronnes (1,6 million d’euros). « Il y a eu plusieurs vols ces derniers temps sur l’île », a reconnu Philip Salter, refusant de s’étendre davantage sur le sujet.

Malgré ces désagréments, l’Islande continue d’attirer les investisseurs et spécialistes du « minage » des cryptomonnaies. Le projet baptisé « The Moonlite » collecte actuellement des financements pour construire un vaste data center dédié à la production informatique de plusieurs monnaies virtuelles (Bitcoin, Ethereum, Dash, Litecoin…). Ces investisseurs espèrent financer le plus grand centre de « minage » du monde alimenté exclusivement par les énergies renouvelables de l’île. Mais la production locale d’énergie pourra-t-elle vraiment suivre ?

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