Comment la Chine s’enfonce toujours plus dans la censure internet

DÉCRYPTAGE En trois ans, le gouvernement chinois a fait fermer 13.000 sites internet et accentué sa censure sur les forums et les réseaux sociaux…

Rachel Garrat-Valcarcel

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En trois ans, le gouvernement chinois a accentué sa politique de censure sur la toile.
En trois ans, le gouvernement chinois a accentué sa politique de censure sur la toile. — ZAO ZAO/COLOR CHINA PHOTO/SIPA
  • 13.000 sites internet ont été fermés depuis trois ans en Chine.
  • La police de Net surveille en permanence les internautes chinois.
  • Les internautes dissidents risquent de lourdes peines de prison.

Tout ça au nom de la sécurité nationale. La censure sur le Web a toujours existé en Chine, mais depuis 2015, les choses semblent s’être accélérées. Selon un rapport rapporté par l’agence de presse officielle Xinhua dimanche 24 décembre, le gouvernement chinois a fait fermer plus de 13.000 sites en trois ans.

« En plus de bloquer de nombreux sites internet, le gouvernement surveille individuellement des internautes », indique à 20 Minutes Julie Remoiville, spécialiste de la Chine et chercheuse associée au laboratoire Groupe Sociétés Religions Laïcités GSRL. Ainsi, sur les réseaux sociaux, près de 10 millions de comptes ont été supprimés car leurs utilisateurs n’avaient pas souhaité s’enregistrer sous leur véritable identité.

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Un travail de fourmi réalisé par une véritable armée. « Entre 20.000 et 50.000 policiers du Net et surveillants du Web et entre 250.000 et 300.000 membres du Parti des 50 cents quadrillent la toile », assure la spécialiste de la Chine Emilie Frenkiel. « Il y a aussi des internautes bénévoles ou employés par le gouvernement qui surveillent par exemple les forums de discussions et dénoncent les opposants au régime », précise Julie Remoiville.

Protéger le peuple chinois

Le gouvernement chinois ne se cache pas de cette censure. Officiellement il s’agit de protéger le peuple des mauvaises influences extérieures : le porno, les incitations à la violence, les attaques à la réputation des organisations d’Etat, le terrorisme, la religion, les jeux d’argent etc. « Il y a tellement de points qu’il est très aisé pour le gouvernement de censurer n’importe quoi au nom de l’un d’eux », décrypte la chercheuse.

La censure s’opère de différentes manières plus ou moins affichées. Il y a la méthode radicale du blocage. Ainsi des sites comme Twitter, Facebook ou Gmail, ne sont tout simplement pas accessibles. Il y a également la technique du filtrage, plus subtil. « Avant lorsque l’on tapait certains mots-clefs abordant des sujets sensibles tel que Tibet, on arrivait sur une page blanche, se souvient Julie Remoiville qui a vécu en Chine. Maintenant vous tombez bien sur des sites, mais ils sont tous contrôlés par le gouvernement chinois. C’est un subterfuge pour donner l’impression qu’il n’y a pas de censure. »

Perfide censure

Parfois la censure est extrêmement discrète et plus perfide. « Par exemple sur Sina Weibo, le Twitter chinois, le gouvernement avait bloqué le 3 juin dernier l’émoticône "chandelle", fréquemment utilisée par les internautes dans des messages sur des commémorations. La date correspond au jour ou le gouvernement chinois avait réprimé les manifestations de Tian’anmen en 1989, faisant un grand nombre de victimes. »

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Des internautes tentent quotidiennement de lutter contre cette censure. Certains passent par l’utilisation de serveurs proxy situés à l’extérieur du pays. D’autres dénoncent le gouvernement de façon plus originale. « Le blocage de mots-clés empêche de poster un texte qui contient des mots ou expressions censurés. Cela conduit à des stratégies de contournement par homophones, jeux de mots, etc. », rapporte Emilie Frenkiel.

Leur combat reste cependant très risqué. « Pour avoir critiqué le gouvernement, beaucoup se font enfermer, parfois pendant 10 ans », assure Julie Remoiville.