#BalanceTonPorc: «Il y en a marre d’"invisibiliser" ces hommes»

INTERVIEW La porte-parole d’Osez le féminisme Marion Georgel revient sur l’émergence du hashtag #BalanceTonPorc…

Propos recueillis par Olivier Philippe-Viela

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#BalanceTonPorc en tendance sur Twitter le 15 octobre 2017.
#BalanceTonPorc en tendance sur Twitter le 15 octobre 2017. — @LettreAudio/Twitter

Le hashtag #BalanceTonPorc, lancé vendredi par une journaliste sur Twitter afin de dénoncer des cas d’agression sexuelle, de viol ou de harcèlement, a permis de recueillir des centaines de témoignages. La porte-parole d’Osez le féminisme, Marion Georgel, explique à 20 Minutes l’intérêt de la démarche.

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Que pensez-vous du succès de #BalanceTonPorc ?

Je trouve cela intéressant de profiter de l’écho médiatique que peuvent créer les femmes là-dessus à la suite de l’affaire Weinstein. C’est hyper positif de les inciter à prendre la parole sur ce sujet difficile, le harcèlement et les agressions, sexuelles ou morales. D’autant que la personne qui a lancé le hashtag parle de harcèlement dans un cadre professionnel, où il est encore plus compliqué de parler par peur de perdre son emploi.

Un bémol quand même sur le choix du hashtag. Il se veut ironique, mais il y a toujours un côté « on ne nomme pas les agresseurs ». Certes, ce sont des porcs, mais les animaliser fait presque oublier qui ils sont. On ne met pas assez en lumière le fait qu’il s’agit d’hommes, d’agresseurs, qui ont parfaitement conscience de leurs actes et qui profitent du système patriarcal.

Faut-il donner des noms, comme incitait à le faire la journaliste qui a lancé le hashtag ?

C’est toujours délicat. Cela dépend de chaque femme qui choisit de parler. Il est risqué de prendre la parole pour dénoncer une agression vécue. Alors, si on donne un nom, il faut s’attendre à des représailles. Mais en même temps, il y en a marre d’"invisibiliser" ces hommes, d’autant plus qu’ils ont souvent des positions de pouvoir. Donc, pourquoi pas ? Mais il faut voir les conséquences. Il ne s’agit pas que de parler, ces agresseurs doivent être arrêtés.

Cette initiative peut déboucher sur quoi ?

C’est le plus compliqué. Est-ce que certaines vont réussir à porter plainte ? Y aura-t-il des sanctions ? Pour tous ces hommes moins médiatiques qu’un Harvey Weinstein, la responsabilité leur incombe d’abord. Ils doivent se rendre compte que les femmes n’ont plus envie de se taire face à ce genre d’agissement. Peut-être se sentiront-ils moins légitimes à agir de la sorte. Mettre en lumière à tout prix incite les femmes à agir pour aller plus loin, car si on en reste à des dénonciations sur Twitter, effectivement, ça ne changera pas grand-chose.

Sans les réseaux sociaux, un déballage pareil aurait-il été possible ?

Il y a un effet de groupe qui permet de se rendre compte qu’on n’est pas toute seule. Il est plus simple de faire ça devant son écran, même si un tweet peut avoir une conséquence très concrète. L’aspect boule de neige aussi est intéressant, on voit que des milliers de personnes sont incitées à tweeter, retweeter, etc., ce qui permet de médiatiser d’autant plus.