Villes du futur: Demain, vous pourrez parler avec la ville, mais aura-t-elle réponse à tout?

#2050 A l’occasion des Journées nationales de l’architecture les 13, 14 et 15 octobre, « 20 Minutes » a décidé de se projeter en 2050. Entre science-fiction et perspectives réalistes, à quoi ressembleront nos villes dans 33 ans ?…

Laure Beaudonnet

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Illustration d'une smart city
Illustration d'une smart city — Daimler/Cover Images/SIPA
  • La ville de demain sera une smart city.
  • La métropole est intelligente quand elle résout les problèmes de ses habitants.
  • Derrière la smart city, se pose le problème de la surveillance. 

La ville de demain sera intelligente, nous dit-on. On se voit déjà avec Sylvester Stallone dans Demolition man, se prenant une amende par un distributeur de contraventions pour avoir dit un gros mot. Une ville qui répondrait à nos principales requêtes à l’aide d’un mobilier urbain ultra-connecté, peuplée de voitures autonomes, une ville mieux organisée, moins polluée. Le rêve, quoi. Mais n’est-on pas déjà en train de communiquer avec notre ville quand l’application Vélib nous indique les emplacements libres, quand un feu rouge indique le nom d’une rue, ou quand Waze nous informe des encombrements routiers en direct ?

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Le citoyen au premier plan ?

Si la smart city suppose l’ultra connexion, elle est avant tout un lieu du vivre ensemble. « En anglais, "smart" signifie élégant, malin, le concept de ville intelligente est un mot-valise utilisé pour parler de l’optimisation de l’ensemble des réseaux (voitures, électricité…) », note Yves Crozet, professeur à Sciences-Po Lyon et membre du Laboratoire Aménagement Économie Transports (LAET). Avec le phénomène des métropoles et la poussée de la connectivité (l’Internet des objets, les smart devices…), on a la possibilité d’imaginer un monde urbain avec des nouveaux services.

L’application Nantes dans ma poche qui diffuse des données en temps réel pour faciliter le quotidien des Nantais est un bon exemple, de même la boîte à idées numérique de Montréal pour permettre aux habitants de proposer des améliorations de fonctionnement. Il n’y a pas une seule forme d’intelligente dans la ville. La métropole est intelligente quand elle résout les problèmes de ses habitants. « Il ne faut pas faire de copier-coller, chaque ville doit développer son propre ADN », reprend Carlos Moreno. C’est une trajectoire parsemée de bonnes pratiques.

Idéalement, la technologie arrive au second plan. La ville n’est pas intelligente au sens de l’intelligence artificielle (IA), bien que nombreux objets connectés et services en soient désormais dotés. « La problématique des smart cities, c’est comment développer un meilleur vivre ensemble en réinventant les infrastructures urbaines qui, avec la technologie, permettent de changer de paradigme ? », insiste Carlos Moreno, professeur des Universités, expert international de la Smart City humaine. Comment réinventer la ville avec le citoyen face aux grands défis du 21e siècle (inclusion sociale, écologie, climat, culturel) ?

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Et le respect de la vie privée ?

C’est très joli dans l’idée mais, dans les faits, ça ne se passe pas toujours comme ça. « On a l’impression que le modèle qu’on nous vend est froid, technique, vu d’en haut, on ne voit pas les gens », insiste Luc Gwiazdzinski, géographe, directeur du master Innnovation et territoire à l'université de Grennoble Alpes, qui ne manque pas d’observer l’absence d’humains quand on pianote « smart city » dans Google images. « Dans la ville connectée on parle des services qui nous sont proposés, c’est le contraire de l’inclusif où on part de l’individu et de ses besoins », poursuit-il.

Et derrière la smart city, il n’y a d’ailleurs pas que des choses positives. « Ce qui est smart peut aussi être extrêmement contraignant. Se pose un vrai problème de respect de la vie privée », note Yves Crozet. Plus une société est connectée, plus les individus qui y vivent sont contraints. « La troisième étape de la révolution digitale c’est quand les objets eux-mêmes se transmettent des informations, ça c’est à venir », poursuit-il. D’ici quelques années, on ne pourra plus faire d’excès de vitesse, les voitures connectées elles-mêmes transmettront cette information.

« A la différence de Big Brother, on devient esclaves volontaires d’un modèle qui nous contrôle. On a l’impression que la ville intelligente est le dernier avatar d’une ville moderniste où on organise tout d’en haut », reprend Luc Gwiazdzinski. Elle vend un monde sans file d’attente, sans ralentissements, c’est alléchant. « Mais ces temps d’arrêt permettent souvent d’avoir une bonne idée, de rencontrer l’amour, pourquoi pas. N’a-t-on pas besoin de temps collectif d’arrêt ? », s’interroge Luc Gwiazdzinski. L’humain a besoin d’espace où on n’est pas saturé, d’espaces libres non-connectés.

La nouvelle cible des pirates ?

A chaque système ses propres failles, et la smart city n’y échappe pas. Avec un mobilier urbain connecté, c’est la porte ouverte au piratage. En mai dernier, Mirai, un logiciel malveillant, s’était répandu dans les objets connectés mal sécurisés, alors si la ville entière est connectée, les possibilités qu’elle offre aux pirates sont énormes. « L’homme a toujours su adapter la technologie en accord avec son temps », tempère Carlos Moreno. Et cela implique une vraie feuille de route et un écosystème (citoyen, associations, secteur privé) qui partage la même ambition.

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« L’essentiel c’est que cette notion de smart city soit vécue comme une trajectoire », reprend-il. Ce n’est pas une fin en soi, mais un prétexte pour aborder la complexité de la ville. A l’heure actuelle, elle est davantage un concept marketing qu’une réalité.