La ville du futur se dessine sur Arte… et il y a de quoi s’inquiéter

TELEVISION La chaîne diffuse ce mardi à 20h50 une série documentaire fascinante sur les villes de demain. Le film consacré aux villes intelligentes et aux algorithmes soulève des enjeux politiques majeurs…

Anaëlle Grondin

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Extrait du documentaire «Les villes intelligentes». Les pouvoirs publics britanniques tentent de fluidifier le trafic à Oxford Circus à Londres grâce à la numérisation.
Extrait du documentaire «Les villes intelligentes». Les pouvoirs publics britanniques tentent de fluidifier le trafic à Oxford Circus à Londres grâce à la numérisation. — Docside/Rare Media

Les grandes villes telles que nous les connaissons aujourd’hui vont forcément se transformer dans les années à venir. Chaque semaine dans le monde, un million de personnes supplémentaires s’installent en ville. En 2050, 70% des êtres humains deviendront urbains à ce rythme. Pour accueillir toujours plus d’habitants, les grandes villes veulent miser sur les dernières innovations technologiques. Une tendance mise en lumière par le réalisateur Jean-Christophe Ribot dans Les villes intelligentes, un film de 52 minutes diffusé par Arte ce mardi soir dans le cadre d’une soirée consacrée aux villes du futur.

«Ghettos technologiques» 

Certes, les réseaux intelligents (smart grids) qui permettent d’analyser la consommation des foyers en temps réel et d’ajuster la production, s’avère très utile (voire nécessaires) à l’heure où les ressources énergétiques s’amenuisent. Mais le concept de ville intelligente ne se cantonne pas à la gestion informatisée des ressources. Le documentaire de Jean-Christophe Ribot montre par exemple des ingénieurs en train de modéliser les déplacements des piétons à Londres pour tenter de «piloter les mouvements des individus» et ainsi fluidifier le trafic. Il montre aussi comment les données collectées par les cartes de transports sont utilisées pour connaître les habitudes de chacun sur le réseau et comment les villes misent sur des services de plus en plus personnalisés pour les particuliers.

Mais ce n’est rien à côté des smart communities de Shanghai où la vie des citadins est entièrement numérisée (leurs allées et venues, leurs achats, leurs examens médicaux, leurs activités) «grâce» aux solutions technologiques d’entreprises privées qui ont accès à toutes ces données privées. Des entreprises qui, de manière très étonnante, ne s’en cachent pas devant la caméra de Jean-Christophe Ribot. «L’aspect sécuritaire est promu par des grands groupes qui misent là-dessus pour vendre leurs produits. Avec la menace terroriste, il y a un vrai risque. On est plus enclin à se réfugier dans ces ghettos technologiques», commente le réalisateur, avant d’ajouter: «Le point de vue qui m’intéresse le plus dans le film est celui d’Adam Greenfield, un urbaniste contestataire new-yorkais qui fait plus confiance aux êtres humains qu’aux algorithmes et aux grands groupes qui essayent de vendre leurs solutions technologiques.»

Un film pour «ouvrir le débat public» 

Le réalisateur voulait «montrer les dérives des villes intelligentes». «Je ne pensais pas qu’on en était déjà là avant de faire ce film, que ces avancées technologiques étaient déjà installées, à Shanghai par exemple, indique-t-il. C’est déjà une tendance politique. Mon film est là pour ouvrir le débat public. Il y a des solutions d’avenir qui sont sans doute nécessaires, mais il faut être conscient des dérives possibles.»

Pour lui, «ces villes ultra-technologiques fascinent mais sont repoussoir». Plus elles sont rythmées par les algorithmes, plus elles perdent de leur magie. «Aux Etats-Unis, il y a de plus en plus de villes quasiment privées. Les gens peuvent y être heureux pendant un moment, mais je pense que c’est ennuyeux à mourir. Cela ne peut pas tenir sur le long terme.»   

A l’heure où les pouvoirs publics se soucient de l’avenir des grandes villes comme Paris, Londres ou Shanghai, qui comptent de plus en plus d’habitants, la question du développement du reste du territoire reste en suspens. Jean-Christophe Ribot pense que «c’est une tendance d’avoir une ville vitrine, un "hub" ultra-connecté, au détriment des provinces.» Il imagine même qu’un jour, y habiter pourrait devenir une nouvelle forme de résistance pour échapper à la surveillance.

Les Villes du Futur, série documentaire diffusée le mardi 20 janvier 2015 à 20h50 sur Arte. Au programme, trois films de 52 minutes: Les nouvelles villes, Les villes intelligentes et Les fermes verticales.