VIDEO. En Birmanie, où Facebook est roi, les Rohingyas s’estiment victimes de censure

MYANMAR Dans un pays où Facebook sert d’accès à tout l’Internet, les messages de soutiens à la minorité des Rohingyas sont visés par la modération du site…

O. P.-V.

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Depuis le 25 octobre 2017, les violences entre musulmans et bouddhistes en Birmanie ont mis des milliers de civils sur les routes.
Depuis le 25 octobre 2017, les violences entre musulmans et bouddhistes en Birmanie ont mis des milliers de civils sur les routes. — SIPA
  • Facebook a reconnu avoir supprimé des publications de soutiens à la cause des Rohingyas.
  • Plus de 400.000 membres de cette minorité musulmane ont fui la Birmanie.
  • Le réseau social a jugé « dangereuse » la rébellion rohingya.

Le drame qui se noue autour de la minorité Rohingya de Birmanie se prolonge sur le Web. Depuis le 25 août, plus de 400.000 d’entre eux ont fui Myanmar selon l’ONU. Apatrides, ils subissent des répressions depuis plusieurs décennies dans un pays à majorité religieuse bouddhiste.

En Birmanie, Internet est relativement libre, comparé à la presse nationale ou aux censures du Web dans d’autres nations asiatiques comme la Chine. Et la principale porte d’entrée sur la toile est Facebook, utilisé par 10 millions de personnes sur les 52 millions d’habitants du pays. « Facebook, c’est l’Internet en Birmanie », expliquait à NBC News David Madden, fondateur d’un laboratoire numérique sur le territoire, et cité par Le Monde dans un long papier sur le sujet. Le site sert même de boîte mail, et plus largement de portail d’entrée sur le Web pour les Birmans.

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Facebook supprime des messages et des vidéos pro-Rohingyas

Mais le réseau social de Mark Zuckerberg se retrouve accusé de censure depuis quelques semaines et le développement de la crise autour de la minorité Rohingya. The Daily Beast rapporte les témoignages de plusieurs soutiens de ces musulmans dans le pays, qui ont constaté que Facebook supprime des messages et des vidéos, par exemple faisant état d’exactions à leur encontre dans l’ouest de la Birmanie (où vivent la majorité des Rohingyas).

L’une des personnes interrogée par le site américain a préféré migrer sur Twitter devant la politique de modération de Facebook, qui supprime de manière quasi-automatique les vidéos signalées comme violentes par ses utilisateurs. Or les messages et les vidéos relayées par les défenseurs de la cause de la minorité musulmane sont souvent à caractère violent, pour témoigner des persécutions.

La rébellion de cette minorité est « dangereuse » selon Facebook

La communication du site s’est justifiée le 20 septembre en expliquant que la rébellion de cette minorité est « dangereuse », et que Facebook n’a pas eu à répondre à une demande du gouvernement birman, se contentant d’appliquer ses propres règles de modération.

Décision évidemment approuvée publiquement par le porte-parole de la prix Nobel de la paix, Aung San Suu Kyi, ministre des Affaires étrangères très critiquée à l’international pour sa gestion de la crise des Rohingyas. « En réaction à ce qui se passe actuellement en Birmanie, nous prêtons une attention toute particulière à l’analyse des messages », a écrit Facebook dans un communiqué.