Be Evil: Google accusé d'abuser de son pouvoir pour faire taire ses critiques

WEB Selon une journaliste, l’entreprise a fait pression sur «Forbes» pour faire retirer un article...

Philippe Berry

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Le logo de Google (illustration).
Le logo de Google (illustration). — M.ASTAR/SIPA

« Don’t be evil. » Cette promesse faite par Google en l’an 2000, de gagner de l’argent sans vendre son âme au diable, a été depuis mise à rude épreuve. Valorisée à 650 milliards de dollars, l’entreprise californienne est aujourd’hui l’une des plus puissantes du monde. Et ces dernières semaines, plusieurs personnes l’accusent d’avoir utilisé son pouvoir pour faire taire des voix critiques.

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Un article retiré par Forbes

La journaliste de Gizmodo Kashmir Hill accuse Google d’avoir fait pression sur Forbes, en 2011, pour faire retirer un article critique. Hill raconte qu’à l’époque du réseau social Google Plus, l’entreprise tentait de convaincre de nombreux médias d’ajouter un bouton « +1 » à côté du « like » de Facebook. Lors d’une réunion avec les dirigeants de Forbes, des représentants de Google expliquent que ce bouton sera important pour le référencement des articles dans son moteur de recherche. La journaliste écrit alors un article expliquant que les sites n’ajoutant pas le bouton « +1 » seront punis dans le ranking de Google.

Le coup de fil ne se fait pas attendre. Google lui demande de dépublier l’article, prétextant que les informations de la réunion étaient confidentielles. Hill affirme qu’elle s’était pourtant identifiée comme une journaliste et n’avait pas signé d’accord de confidentialité (NDA). Google téléphone alors à ses supérieurs, expliquant que l’article est « problématique ». « Mes chefs ont fait pression sur moi et j’ai accepté de le retirer – une décision que je regretterai pour toujours », conclut la journaliste.

Un membre d’un think tank financé par Google écarté

Le think tank New America Foundation a reçu plus de 21 millions de dollars de la part de Google, du président du conseil d’administration de sa maison-mère Alphabet, Eric Schmidt, et de sa fondation familiale. En juin dernier, lorsque la Commission européenne inflige une amende record de 2.4 milliards d’euros à Google pour abus de position dominante, le chercheur Barry Lynn se félicite de cette décision dans une déclaration officielle.

Selon le New York Times, Eric Schmidt a décroché son téléphone pour faire part de son « mécontentement ». La directrice du think tank s’est alors séparée de Lynn et de son équipe de 10 personnes, qui critiquaient régulièrement les géants de la Silicon Valley. « Google est très agressif et dépense beaucoup d’argent à Bruxelles et à Washington pour tirer les ficelles. Les gens ont peur de Google », confie le chercheur au Times. L’entreprise, de son côté, nie avoir fait pression, et la directrice du think tank écrit que « les faits sont globalement exacts mais les citations sont sorties de leur contexte et l’interprétation est erronée ».

Un employé auteur d’un mémo controversé licencié

Cette dernière histoire est différente car il s’agit d’une affaire interne. Début août, Google a licencié son ingénieur James Damore, auteur d’un mémo interne anti-diversité qui a fuité dans les médias. L’ingénieur justifiait les inégalités hommes-femmes dans la Silicon Valley par des différences biologiques. Dans un email obtenu par ReCode, le patron de Google, Sundar Pichai, a expliqué que l’ex-employé avait « violé le code de conduite » de l’entreprise « en véhiculant des stéréotypes sexistes. » La décision a provoqué un vif débat autour de la liberté d’expression, et un juge sera sans doute amené à se prononcer sur le caractère légal du licenciement.