Privées de leur prénom, des Afghanes lancent #WhereIsMyName pour retrouver leur identité

LIBERTÉ En demandant de les appeler par leur prénom, ces femmes afghanes mènent un combat pour exister dans une société d'hommes...

Lucie Bras

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Une femme montre sa carte d'électrice à Kaboul en 2014.
Une femme montre sa carte d'électrice à Kaboul en 2014. — SHAH MARAI / AFP
  • Les étrangers à la famille n'ont pas le droit de connaître le prénom d'une femme.
  • Des femmes ont lancé un hashtag pour se réapproprier cette identité.
  • Cette tradition est très implantée dans le pays, notamment dans les régions rurales.
     

Des femmes afghanes ont lancé une campagne sur les réseaux sociaux sous le hashtag #WhereIsMyName, pour retrouver l’usage de leur prénom, souvent masqué par les hommes.

Elles s’appellent Bahar, Sahar, Leena, Hosnia ou Nooria. Depuis le début de l’été, des Afghanes ont participé à la campagne #WhereIsMyName sur les réseaux sociaux pour retrouver leur prénom, presque effacé par les usages et la tradition.

« En Afghanistan, tout se passe entre hommes. L’une des conséquences, c’est que les étrangers à la famille ne doivent pas connaître le prénom des femmes », explique Karim Pakzad, chercheur à l’Institut de relations internationales et stratégiques (Iris) et spécialiste de l’Afghanistan.

Elles écrivent sur les réseaux sociaux ce prénom trop longtemps caché

L’identité doit être cachée, sous peine de déshonneur. « Par exemple, un jeune garçon peut avoir honte de savoir que les autres hommes connaissent le nom de sa sœur », rappelle Karim Pakzad.

Pour les nommer, un seul moyen : les appeler par le nom d’un homme. En société, elles deviennent donc « la femme de… », « la fille de… » ou « la mère de… ». En cas de doute, le mot le plus consensuel dans l’espace public est « Tante », révèle le New York Times. « La grande majorité des jeunes filles ne mettent pas leur vrai nom sur leur compte Facebook, par peur que leur frère ou leur père ne le voie », révèle Karim Pakzad. Ces traditions persistent dans le pays, et notamment dans les campagnes où vit  72 % de la population. Lassées de cette perte d’identité, elles ont écrit sur les réseaux sociaux ce prénom trop longtemps caché.

«Mon nom est mon identité. Je ne veux pas être la mère de Matin, je veux juste être appelée par mon prénom.»

«Ma mère a une identité, son nom est Nooria. C'est la meilleure !» 

 «Je n'ai pas connu le prénom de ma mère penant des années, même quand j'ai grandi.»

«Je suis le mari de Sarah. Elle est ma femme. Ce n'est pas la religion, ce n'est pas la culture, ce sont juste des hommes ignorants.» 

« Juste une étincelle »

Après avoir cartonné sur les réseaux sociaux, le débat a pris de l’ampleur dans le pays est s’est invité sur les plateaux de télévision. Il a même franchi les frontières de l’Afghanistan : sur Twitter, le hashtag #WhereIsMyName a recueilli de nombreux messages de soutien, venant aussi bien d’hommes que de femmes.

« C’est juste une étincelle, on pose une question aux femmes afghanes sur la raison pour laquelle leur identité leur est refusée », confie l’activiste Bahar Sohaili, qui a mené et relayé la campagne sur Twitter au New York Times.

« Cette campagne a l’air insignifiante en Occident, mais en Afghanistan c’est très important », insiste Karim Pakzad. Si cette « étincelle » a permis de faire connaître la réalité, le chemin reste long à parcourir pour la reconnaissance de l’identité des femmes. En 2014, rappelle le journal américain, quand le président Ashraf Ghani a mentionné sa femme dans son discours de début de mandat, le public, composé majoritairement d'hommes, a manifesté sa surprise, « comme s’ils n’avaient jamais entendu un prénom de femme auparavant ».