Quand la cote du mot-clé Carla Bruni grimpe sur Google

Alice Antheaume

— 

Nicolas Sarkozy a souhaité la fin des 35 heures en 2008 et laissé entendre qu'il pourrait épouser Carla Bruni, affichant une volonté de réforme et de rupture intacte, lors d'une conférence de presse-fleuve mardi à l'Elysée.
Nicolas Sarkozy a souhaité la fin des 35 heures en 2008 et laissé entendre qu'il pourrait épouser Carla Bruni, affichant une volonté de réforme et de rupture intacte, lors d'une conférence de presse-fleuve mardi à l'Elysée. — Khaled Desouki AFP/Archives

Dans la presse, on lit du Carla Bruni. A la radio, on l’entend. A la télé, on la voit. Sur le net, son nom circule sur tous les sites. En décembre dernier, les internautes ont été très nombreux à taper «Carla Bruni» dans Google, comme en témoigne ce pic sur la courbe de Google Trends, un graphique qui montre les requêtes les plus cherchées sur le moteur de recherche.

Dès le week-end de Sarko/Bruni à Disneyland, le 15 décembre dernier, les termes «Carla Bruni» ou «Carla» ont pris une cote considérable. Financièrement parlant. Car sur Google, certains mots ont une valeur économique. Explication (un poil technique): en vue d’améliorer leur visibilité, les sites bataillent pour être répertoriés dans les premiers résultats affichés par Google. Pour cela, ils peuvent acheter de la publicité sous forme de mot lié à l’actualité.
En coulisses, ce système de pub ressemble à une bourse ou des «traders» du Net passent leurs journées les yeux rivés sur l’écran, à miser sur des mots en fonction du budget que leur ont confié leurs clients, sites d’infos ou marques de consommation. Leur métier: savoir quelles sont les requêtes (les mots clés tapés par les internautes) qui vont monter et celles qui vont descendre. Exactement comme les cours du CAC 40.

Le prix de Carla


Actuellement, Carla Bruni vaut entre 10 centimes de dollars et 4 dollars dans le système Google. Une variation qui va du simple au triple en fonction du nombre de fois que les internautes cliquent sur un lien qui se rapporte à cette requête — c’est le principe basique de l’offre et de la demande: plus un mot suscite de clics, plus il vaut cher — et aussi d’une part de mystère que Google maintient sur son fonctionnement.

Car le mot clé Carla Bruni ne coûte pas le même prix pour tout le monde. Selon une grille que Google garde secrète, les tarifs varient. «Si Google vous considère comme un client fidèle, alors le coût est optimisé», confie Emilie Rouganne, directrice de Takezo, une agence spécialisée dans l’achat de mots clés. Il faut aussi, pour figurer dans les biens lotis sur Google, être considéré comme un site «fair» — c’est-à-dire un annonceur qui ne se paie pas le mot «sexe», très cherché sur le Net, pour fourguer des voitures, sous peine d’être blacklisté.

Les bons mots

A cette bourse virtuelle, certains mots sont plus porteurs que d’autres. «Le people est ce qui génère le plus de clics sur le Net, reprend-t-elle. Les noms de personnalités comme Laure Manaudou, ou Madonna quand elle sort un album, marchent très bien. En fil rouge, en dehors de l’actualité, les mots «sport», «crédit», «finance» ou «cadeau» sont très bien cotés. Et en ce moment, on voit apparaître les élections américaines aussi…»

Et ces nouveaux traders d’observer: «le mot Carla Bruni suscite les surenchères des sites d’actu généraliste comme des sites people.» Or les sites people sont habitués à acheter cher leurs mots clés — dont Britney Spears, Paris Hilton, etc — ce qui, forcément, déstabilise les sites d’actu au budget moins important. A terme, les sites de presse ne pourront pas s’aligner. C’est une conséquence de la peoplisation de la politique: à terme, certains sites risquent de ne plus pouvoir se payer «Sarkozy» (comme mot clé) pour parler de la politique du chef de l’Etat.