«Revenge porn»: Les mesures de Facebook n'aideront pas les victimes à obtenir justice
RESEAUX SOCIAUX•La publication de photos de nu sans consentement est passible de deux ans de prison...Lucie Bras
Facebook a pris des mesures pour lutter contre le « revenge porn » (la « revanche par le porno » en français), ce phénomène qui consiste à publier des photos d’une personne nue sans son consentement. Si ces outils peuvent améliorer la vie de la victime, la culpabilité reste difficile à prouver face à la justice française.
Au début du mois de mars, un scandale a éclaté dans l’armée américaine. Un journaliste a découvert des centaines de photos de femmes soldat nues sur un groupe Facebook. Certaines étaient même identifiées par leur nom ou leur adresse. Après cette fuite à grande échelle, Facebook a annoncé la mise en place prochaine de mesures pour lutter contre ces photos publiées sans consentement.
Passer par un huissier
C’est chose faite : l’entreprise est le premier géant du Web à se lancer dans la lutte contre ce fléau du Web. A partir d’aujourd’hui, toute photo signalée comme du « revenge porn » sera supprimée, à la demande de la personne concernée. Et un service automatisé empêchera le partage de la photo en question à l’infini. Pourtant, l’image disparaît, mais le préjudice reste. Si ces mesures peuvent soulager les victimes, qui voient disparaître l’image, elles n’ont aucun poids face à la justice française.
Pour essayer de rattraper la vitesse du numérique, la France s’est dotée d’un arsenal législatif flambant neuf, en service depuis octobre 2016. Son nom ? La loi pour une République numérique. Elle encadre le revenge porn, un délit puni par deux ans de prison et 60.000 euros d’amende.
Mais pour cela, il faut des preuves. « Une capture d’écran Facebook, c’est une preuve qui pourra être contestée sauf si elle est réalisée par un huissier », explique Magaly Lhotel, avocate au Barreau de Paris. Une procédure longue et coûteuse (entre 200 et 400 euros). Plus rapide, l’agent de police peut aussi constater la mise en ligne de la photo. Ce qui implique de la laisser en ligne le temps de la procédure. « Pour parvenir à faire condamner la personne avec des preuves solides, il faut faire les choses dans l’ordre », rappelle l’avocate. Un temps trop long pour les victimes, qui préféreront supprimer leur image le plus rapidement possible.
A l’étranger, les Etats-Unis, le Japon, Israël, l’Angleterre et le Pays de Galles ont aussi légiféré pour adapter leur législation à ce nouveau type de délits.


















