Armée américaine: Le scandale des photos nues volées prend de l'ampleur

WEB Le partage des clichés n'est pas limité à un unique groupe Facebook...

Philippe Berry

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Illustration: depuis 2016, les Rangers de l'armée américaine acceptent les femmes.

Illustration: depuis 2016, les Rangers de l'armée américaine acceptent les femmes. — B.CAMP/AP/SIPA

Des photos de femmes soldats nues partagées à leur insu. Le scandale, qui a explosé cette semaine, se concentrait sur le groupe privé Facebook (depuis fermé) Marine United. Mais de nombreux clichés étaient – et sont toujours – partagés ailleurs, notamment sur un forum public. 20 Minutes a choisi de ne pas partager son nom pour éviter de lui faire de la publicité.

Repéré par une source de Business Insider, le forum anonyme, sur le modèle de 4chan, propose une section « militaire » où sont partagées des photos depuis mai 2016. Comme sur le groupe Facebook, certaines proviennent de comptes Instagram privés et d’autres sont des photos personnelles, souvent envoyées à un ex-petit ami.

>> A lire aussi : Pourquoi les femmes sont-elles autant victimes de «body shaming» et de «grossophobie»?

Les commentaires, évidemment, font dans le premier degré caserne : « Elle couchait avec un chef mécano que je connais. Il a vite rompu, elle était trop collante et super chiante », écrit un internaute. « Je l’ai b***ée, des gros seins et un gros cul », se vante un autre. Les spectateurs, eux, saluent la publication d’une photo nue (« win », victoire) et donnent leur avis sur la qualité de la « marchandise » (« top shelf », premier cru).

« Rape culture »

Le scandale, révélée par le journaliste et ancien soldat Thomas Brennan, fait l’objet d’une enquête de l’état-major américain, qui cherche à déterminer l’origine des photos, alors que certaines femmes sont identifiées par leur nom ou par leur base. Après la fermeture du groupe par Facebook, une version 2.0 a vu le jour et a fait tourner une archive des photos sur Dropbox et de vidéos sur Pornhub. Les entreprises font ce qu’elles peuvent pour les retirer, mais la tâche est sans fin.

Plusieurs victimes ont depuis témoigné. L’ancienne caporale Elle Audra a dénoncé sur Facebook la « rape culture » (culture du viol) et du « slut shaming » (« la stigmatisation des salopes », comme l’expliquait un excellent article de Madmoizelle) qui règne dans l’armée américaine et en ligne : « Ça existe depuis toujours, et le problème, c’est que les femmes ont peur de parler de harcèlement, d’agression sexuelle ou de violence domestique. » Kelsie Stone, une fille de militaire qui travaille dans un bar, raconte au Marine Corps Times qu’elle a peur de sortir de chez elle : « On me traite de p**e juste pour avoir envoyé des photos à mon ex. »

Rappelons qu’en France, le « revenge porn » (diffusion de photos ou vidéos sexuelles d’une personne sans son consentement) est, depuis 2016, un délit passible de deux ans de prison.