#MuslimBan, le mot-clé des opposants au décret de Trump interdisant l'entrée aux ressortissants de sept pays musulmans

ETATS-UNIS Les autorités américaines vont interdire pendant trois mois l'arrivée de ressortissants de sept pays musulmans: Irak, Iran, Libye, Somalie, Soudan, Syrie et Yémen...

H.S. avec AFP
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Donald Trump a signé un décret visant à limiter l'immigration et l'accueil des réfugiés.
Donald Trump a signé un décret visant à limiter l'immigration et l'accueil des réfugiés. — Shutterstock/SIPA

Le décret s’intitule« Protéger la nation contre l’entrée de terroristes étrangers aux Etats-Unis ». Tout un programme, donc, pour le nouveau locataire de la Maison Blanche qui a signé, vendredi 27 janvier, un texte permettant aux autorités américaines d’interdire pendant trois mois, l’arrivée de ressortissants de sept pays musulmans : Irak, Iran, Libye, Somalie, Soudan, Syrie et Yémen. A l’exception de leurs ressortissants détenteurs de visas diplomatiques et officiels et qui travaillent pour des institutions internationales. Le président américain a également suspendu, jusqu’à nouvel ordre, l’accueil des réfugiés syriens.

Une action en justice lancée

La publication du décret et de ses annexes suscite depuis une vague d’inquiétude. Dans une déclaration commune à Genève, l’Organisation internationale pour les migrations (OIM) et le Haut-Commissariat aux réfugiés (HCR) ont appelé les Etats-Unis à poursuivre leur tradition d’accueil des réfugiés. Ce samedi, plusieurs associations de défense des droits civiques, dont la puissante ACLU, ont annoncé vouloir mener une action de groupe («class action») après la détention de plusieurs réfugiés à l'aéroport de JFK, affirme le New York Times

La plainte contre le président Trump et le ministère de la Sécurité intérieure - dont l'AFP a obtenu copie - a été déposée samedi matin devant un tribunal fédéral de New York par l'American Civil Liberties Union et d'autres associations de défense des droits et des immigrés.

Acteurs, politiques, avocats, journalistes réagissent

Sur Twitter, les internautes s’activent depuis, pour dénoncer cette décision. Vendredi, le mot-clé #MuslimBan (« Interdiction des musulmans »), rassemblait des milliers de messages de protestation et d’indignation de responsables politiques, associatifs ou membres de la société civile du monde entier.



Plusieurs témoignages de ressortissants de ces sept pays, résidents aux Etats-Unis légalement feraient d’ores et déjà état de blocages dans certains aéroports américains, souligne cet internaute. Des responsables de deux agences de voyages à Téhéran ont affirmé qu’ils avaient reçu des instructions de la part des compagnies Emirates, Turkish Airlines et Etihad Airways, de ne plus vendre de billet à des Iraniens ayant un visa américain car ces dernières refusent de les embarquer à bord.

Certaines personnalités comme le réalisateur et scénariste Adam McKay ou l’activiste britannique Greg Hogben ont simplement confié leur « honte », faisant également référence au poème d’Emma Lazarus inscrit sur la statue de la liberté à New York.





D’autres ont interpellé l’actuel vice-président, Mike Pence, qui s’était opposé en décembre 2015 au projet de Trump visant à interdire l’entrée sur le territoire américain aux musulmans, sans distinction de nationalité. Plusieurs messages postés sur Twitter font également référence à Steve Bannon, ancien président de la société éditrice du site ultra-conservateur, xénophobe et complotiste Breitbart News et actuel conseiller du président américain.







Rares en revanche sont les élus, démocrates comme républicains, qui se sont exprimés à ce sujet. Le sénateur démocrate de l’Illinois, Dick Durbin, a toutefois déclaré : « L’Histoire jugera les leaders américains sur leur position à propos du #MuslimBan. Les Etats-Unis ne peuvent tourner le dos aux enfants fuyant des persécutions, des génocides et la terreur ».



Du côté des militants de Donald Trump, l’argument sécuritaire et la lutte antiterroriste sont mis en avant pour justifier la signature du décret. Une défense martelée, deux jours avant l’officialisation de cette décision, par le nouvel occupant de la Maison Blanche. Interrogé par la chaîne ABC sur la réaction qu’il risquait de provoquer chez les musulmans, il avait rétorqué qu’il fallait agir dans « un monde en colère » devenu « un foutoir complet ». « Ce n’est pas une interdiction contre les musulmans mais cela concerne des pays qui ont beaucoup de terrorisme », avait ajouté le milliardaire populiste.



De nombreux internautes, journalistes ou opposants, réfutent depuis l’argumentation de Trump : « Analyse des attaques terroristes commises sur le sol américain 1975-2015… Les ressortissants de ces sept pays n’ont pas tué un seul américain ».







Activites, avocats bénévoles et membres d’ONG s’organisent également via ce mot-clé pour venir en aide aux ressortissants directement visés par ce décret, qui se verraient refuser l’entrée aux Etats-Unis.