«God bless yoo», l'application qui invente la bénédiction via smarphone

RELIGION Une application lancée ce lundi invite chacun à bénir des photos et allumer des cierges virtuels, une proposition qui vise également à fédérer la communauté catholique connectée...

O. G.

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Capture d'écran du site God bless Yoo, une application qui vise à fédérer la communauté catholique.
Capture d'écran du site God bless Yoo, une application qui vise à fédérer la communauté catholique. — God bless yoo

Ils veulent « propager le bien dans le monde ». Rien que ça. « On espère apporter notre petite contribution », insiste, plus modestement, Sébastien Poncelet, co-fondateur deGod bless yoo. Une application, téléchargeable dès ce lundi sur Android et dans les prochains jours sur iPhone, pour le moins originale : elle permet de bénir un proche.

Bénir ses proches, animaux et bons moments

Mais pour quoi faire ? Envoyer un peu de bienveillance dans ce monde de brute, clament les fondateurs. « Dans une période anxiogène pour tout le monde, entre la crise économique, le chômage et les attentats, c’est une façon d’envoyer un message de paix et d’amour à ceux qui comptent », résume Sébastien Poncelet. Qui assure que « les gens ont besoin de choses positives. On se place à contre-courant de l’esprit actuel, très individualiste et de repli sur soi-même. »

Comment ça marche ? On peut prendre une photo via l’application ou en sélectionner une dans notre galerie, faire un signe de croix, un cœur ou un ichtus (symbole en forme de poisson répandu chez les premiers chrétiens) sur l’écran tactile. Puis partager la photo sur les réseaux sociaux, par mail ou sms, qui s’affichera avec le signe choisi et le logo « God bless yoo », preuve qu’elle a bel et bien été bénie. Astuce : on peut aussi bénir les animaux domestiques ou un moment partagé… « C’est une idée reçue que seuls les prêtres et autres hommes d’Église peuvent bénir, explique Sébastien Poncelet. Etymologiquement, cela signifie dire du bien et tout le monde peut le faire. »

« Fédérer une communauté, qu’on soit chrétiens ou non. »

En plus de sauver le monde, cette application a un autre objectif affiché : « fédérer une communauté, qu’on soit chrétiens ou non. » Bientôt, chacun sera invité à allumer un cierge sur l’application pour commémorer un attentat ou célébrer un mariage ou baptême. Et les utilisateurs, baptisés « godblessR », pourront se reconnaître et se demander en amis. A voir si des personnes athées, musulmanes ou orthodoxes auront vraiment envie de télécharger l’outil un poil connoté.

Mais même dans la communauté catholique, l’application pourrait faire grincer des dents. Pas sûr que mamie, au sortir de la messe, va vous envoyer une petite photo avec une croix ou un cœur en surimpression… « On cible plutôt les 13-35 ans, qui ont déserté les bancs des églises mais qui vivent leur foi à leur façon », reconnaît Sébastien Poncelet. A condition bien sûr que ces jeunes catholiques aient envie de clamer haut et fort sur les réseaux sociaux leur appartenance à une religion. Et accepte ce nouveau concept de la religion 2.0.

« On veut être les Pokemon Go du cierge »

« J’ai eu une réflexion négative d’un catholique qui trouvait que c’était une aberration », reconnaît l’un des cofondateurs. Mais pour lui, pas de doute, l’application va cartonner : « on espère 26 millions d’utilisateurs d’ici 2020. On veut être les Pokemon Go du cierge ». Trop tôt pour savoir si l’objectif sera tenu.

Même si l’espoir repose plutôt sur l’autre côté de l’Atlantique… « En France, les gens ont tendance à confondre laïcité et cacher sa religion, regrette Sébastien Poncelet. Mais aux Etats-Unis et en Amérique latine, on imagine que les gens vont trouver notre application « amazing ».

Une application prosélyte ?

Autre mission : changer l’image de la communauté catholique. « Les catholiques doivent vivre avec leur temps, martèle Sébastien Poncelet. En France, ils ont une image très désuète. N’en déplaise à Christine Boutin mais je suis catholique, tatoué, musicien dans un groupe de métal et amateur de bière », s’amuse Sébastien Poncelet.

Une application prosélyte ? Les fondateurs refusent le terme. Mais ils mettent leurs pas dans ceux du Pape, qui a souligné que les réseaux sociaux étaient un formidable moyen d’« évangéliser ».

« On espère le rencontrer en 2017, et pourquoi pas, qu’il fasse partie de notre communauté de godblessR », s’enthousiasme Sébastien Poncelet.

« On a pensé l’application pour les chrétiens, mais on a voulu l’ouvrir aux non croyants en proposant ce signe de cœur », assure-t-il. Et les fondateurs défendent l’idée d’ouverture en assurant qu’ils partageront le pactole avec des associations, pas forcément catholiques, comme l’Unicef ou Make a wish, qui vise à aider des enfants malades à réaliser leur rêve.