Quand les réseaux sociaux refusent de retirer une photo sordide du 13 novembre

COMMEMORATIONS Les associations de victimes dénoncent le manque de réactivité des réseaux sociaux par rapport à la diffusion d'une photo choquante de l'intérieur du Bataclan...

Oihana Gabriel
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Emmanuel Domenach, rescapé du Bataclan et vice-president de l'association "13 novembre : Fraternité et Verité". AP Photo/Francois Mori.
Emmanuel Domenach, rescapé du Bataclan et vice-president de l'association "13 novembre : Fraternité et Verité". AP Photo/Francois Mori. — Francois Mori/AP/SIPA

« Moi je reconnais des victimes sur cette photo, alors imaginez pour les parents… », regrette Emmanuel Domenach, rescapé et vice-président de l’association 13 novembre : fraternité et vérité. Les raisons de sa colère ? Depuis les commémorations de dimanche, une photo qui avait déjà ému et créé la polémique il y a un an, a émergé à nouveau sur les réseaux sociaux. Sur Facebook, une femme a posté cette photo où l’on découvre les corps ensanglantés des victimes de la tuerie terroriste. Depuis, le cliché a été partagé par plusieurs internautes sur Facebook comme sur Twitter.

« On veut limiter la diffusion de cette photo sordide »

« Ce n’est pas notre rôle de nous mêler des idées de cette personne, en revanche on veut limiter la diffusion de cette photo sordide. On n’a pas besoin de ce cliché pour témoigner de l’horreur », martèle Emmanuel Domenach.

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Une photo qui ne viole pas la politique de Facebook

« Innocemment, on a signalé à Facebook et à Twitter en pensait qu’ils allaient supprimer les messages en question, explique Emmanuel Domenach. Mais Facebook a réagi en assurant que cette photo ne violait pas leur politique.

Quant à Twitter, il n’y a pas eu de réponse. En revanche, l’association a contacté la première personne qui avait publié cette fameuse photo, qui a accepté de la retirer. De même, un interlocuteur sur Twitter a semble-t-il quitté le réseau social.

« Je doute que ça soit Twitter qui l’ait banni, car les administrateurs auraient pu juste bloquer la photo », avance Emmanuel Domenach.

Mais malheureusement, les bras de fer sur les réseaux n’ont fait qu’accroître la diffusion de la photo. « C’est un peu un cercle vicieux, reconnaît le vice-président de l’association de victimes. Il y a des gens qui repostent cette photo pour participer à la discussion. C’est très compliqué pour nous parce que chaque fois qu’on dénonce ce genre de dérapage, ça l’alimente. Mais il faut bien qu’on agisse… »

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Et le rescapé de souligner que son but n’est pas de censurer. « On ne cache pas une information. Ce n’est pas de la censure, mais seulement une marque de respect pour ces victimes et leurs proches. »

Censurer un bout de sein… mais pas des cadavres

Encore une polémique qui vient souligner la politique problématique des réseaux sociaux. « Il y a un énorme souci sur la politique de réactions aux posts sur Facebook comme sur Twitter, martèle Emmanuel Domenach. Facebook est plus rapide pour censurer des seins et des cigarettes qu’une photo sordide. Qui risque d’être utilisée à des fins douteuses pendant la campagne, je le crains. Si les réseaux sociaux étaient plus rapides à supprimer ce genre de photo, la polémique n’existerait pas. » D’autant que le premier post date de dimanche…

C’est pourquoi Emmanuel Domenach a appelé Juliette Méadel, secrétaire d’État chargée de l’aide aux victimes à agir. Et cette dernière a répondu sur Twitter qu’elle « s’en occupait ».

« Dès mardi soir, elle nous a contactés pour que nous lui indiquions les comptes en question. » Ce mercredi à 15h20, au moins cinq comptes sur Twitter affichaient encore cette photo sordide.