«En Europe, le trou d’ozone peut durer une semaine»
ENVIRONNEMENT•Au-dessus de l’Antarctique, le trou de l’ozone de l’année 2007 est en avance. Fernand Karcher, spécialiste de la couche d’ozone à Météo France, explique les raisons du phénomène...Propos recueillis par Mohamed Najmi
La couche d’ozone nous protége des rayons ultraviolets. Et donc du cancer de la peau. Mais chaque année, cette protection présente des trous. Le plus important est celui de l’Antarctique. Le trou 2007 a pris de l’avance. Fernand Karcher est spécialiste de la chimie atmosphérique et responsable d’une équipe de chercheurs à Météo France. Pour 20minutes.fr, il révèle les secrets de l’ozone.
L’organisation mondiale de la météorologie sonne l’alerte. Selon elle, le trou au-dessus de l’Antarctique est précoce. Est-ce une mauvaise nouvelle?
C’est vrai que les premières observations du trou sont en général attendues pour début septembre et normalement il disparaît en fin octobre, soit deux mois d’existence. Cela ne veut pas dire que sa surface sera plus importante qu’en 2006. L’année dernière, la diminution du taux d’ozone dans les zones stratosphériques, c’est-à-dire à 15 – 20 kilomètres d’altitude, a été mesurée en septembre. Et il était assez large, bien supérieur aux mesures effectuées en 2005.
Quel est le mécanisme de la destruction de l’ozone?
Le trou de l’ozone de l’Antarctique apparaît au printemps de l’hémisphère sud. Juste à la sortie de l’hiver, une période froide favorable à la formation de nuages stratosphériques, très élevés dans l’atmosphère et statiques. Ils transportent des chlorofluorocarbures, les fameux CFC, rejetés par les activités humaines. Les oxydes de chlore vont consommer l’ozone via des réactions chimiques. Une fois que ces nuages stratosphériques disparaissent, la couche se reconstitue.
Les autres régions n’ont pas de trou au-dessus d’elles?
C’est assez mineur. En Europe, c’est une ou deux journées de trou, voire une semaine. Et cela concerne les pays scandinaves (Norvège, Suède, Finlande), des régions froides, au niveau du cercle arctique, offrant des conditions analogues à celles de l’Antarctique. Mais les dangers sont mineurs pour les zones habitées puisque la majeure partie des pays industrialisés interdit le rejet des CFC.
Le trou d’ozone n’est donc pas une fatalité?
Non, heureusement nous savons lutter contre ce phénomène. Mais il reste encore des CFCs accumulés depuis des décennies d’activités industrielles. Là, il faut attendre que les molécules fassent le voyage de la surface de la terre jusqu’à la stratosphère. Ensuite, il faut attendre que les conditions météorologiques (ndlr: des nuages stratosphériques) soit réunies afin que les CFC soient consommés. Dans 50 ans, nous pensons que le trou ne réapparaîtra plus.
Outre les stocks de CFC résultant de l’activité des pays développés, quels sont les responsabilités de la Chine et de l’Inde?
Il y a un accord pour laisser les pays dits émergeants utiliser les CFC. On considère qu’ils peuvent les intégrer dans leurs processus industriels pour résorber leur retard. En 2015, ces deux pays ne pourront plus rejeter ces gaz. En revanche, les chimistes ont développé des molécules de substitutions qui sont très instables : elles n’arrivent jamais à 15 km d’altitude puisqu’elles réagissent bien avant d’entrer en contact avec l’ozone. La Chine ne peut pas les utiliser puisque ses installations industrielles ne sont pas adaptées.
Quel est le lien entre réchauffement climatique et trou de l’ozone?
On a une hypothèse: il semblerait que la hausse des températures réduise les phénomènes de trou d’ozone. L’explication serait que la montée du thermomètre diminue la possibilité de formation des nuages stratosphériques.


















