Météo France améliore ses logiciels: «On va gagner un jour de prévisions tous les dix ans»

METEO Jean-Marie Carrière, de Météo France, présente les nouveaux modèles améliorés de ses logiciels de prévision…

Propos recueillis par Nicolas Bégasse

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La salle des prévisions météorologiques au sein de Météo France à Toulouse le 4 mars 2014.
La salle des prévisions météorologiques au sein de Météo France à Toulouse le 4 mars 2014. — 20 MINUTES/FRED SCHEIBER

Satisfait des fortes chaleurs de ces derniers jours, vous avez récemment visite le site de Météo France pour savoir si le beau temps allait durer? Sans le savoir, vous avez profité des tout nouveaux logiciels de prévisions de Météo France, installés lundi dernier et présentés ce jeudi au public. 20 Minutes a demandé à Jean-Marie Carrière, directeur de la prévision à Météo France, d’expliquer les nouvelles capacités de ces logiciels plus compétents que jamais.

Quels sont les logiciels qui ont reçu ce coup de boost?

Ce sont des modèles de prévision du temps, des logiciels qui calculent le temps qu’il va faire à partir du temps qu’il fait. On en a deux, Arpege qui couvre toute la planète, et Arome qui est un zoom sur la France et l’Outre-mer. Ils sont deux parce que la finesse d’Arome demande une puissance de calcul qui ne pourrait pas être étendue à toute la planète, et qu’Arpege est nécessaire pour renseigner Arome, qui sans ça ne verrait pas par exemple qu’une perturbation arrive par l’Atlantique.

Quelle est leur amélioration, ils ont une meilleure puissance de calcul?

La puissance de calcul a permis le pas en avant, mais l’évolution c’est qu’il y a plus de points de calcul qu’avant: on est passé d’un point de calcul tous les 2,5km à un tous les 1,3km. Ça permet de faire de la prévision sur une toute petite échelle –celle des nappes de brouillard, des orages stationnaires très localisés, des facteurs météorologiques qui favorisent la pollution à Paris... Des choses qu’un modèle à plus grande échelle ne peut pas voir.

Ça veut dire quoi, un point de calcul tous les 1,3km?

C’est comme si on plaquait une grille de calculs sur la France, avec des carrés resserrés de 1,3km sur 1,3km. Ou plutôt des cubes: on peut aussi voir ce qui se passe verticalement, dans les différentes couches des nuages.

A quel point la prévision est-elle améliorée, concrètement?

On a rejoué beaucoup de cas qu’on a eus dans le passé, et à chaque fois la prévision s’en est trouvée améliorée. Par exemple, le 21 mars dernier les modèles de prévision ont surestimé la température, ce qui a eu un coût assez élevé pour nos clients professionnels du secteur de l’énergie: ils avaient prévu un certain niveau de consommation électrique en fonction des prévisions et ils se sont retrouvés avec une production insuffisante par rapport à la demande, plus forte qu’attendu. Ça n’a l’air de rien, 3°C ou 4°C, mais ça peut avoir un gros impact, notamment sur les professionnels. Or pour ce 21 mars, le problème était dû à la formation de nuages bas qui résultaient d’équilibres très fins, que l’ancien modèle ne pouvait prévoir –mais le nouveau, oui. L'amélioration vaut aussi pour les vigilances, qui sont évaluées plus finement.

Ça, c’est pour les phénomènes à petite échelle. Les prévisions météo à plusieurs jours vont-elles aussi s’améliorer?

L’amélioration porte aussi sur les modèles de grande échelle: le gain de qualité des prévisions est général, et s’étend aussi aux prévisions à trois ou quatre jours. On dit souvent qu’on va gagner un jour de prévisions tous les dix ans, eh bien cette manipulation nous permet de rester sur cette ligne. Pour donner une échelle de comparaison, si depuis cette semaine on a un point de calcul tous les 1,3km, en 1995 c’était tous les 38km. Et on a toutes les raisons de penser que ça va durer encore sur des dizaines d’années: dans quelques décennies, on pourra avoir des prévisions sur dix jours aussi fiables que celles qu’on a aujourd’hui sur deux jours.