Vie privée: Des applis de smartphone vous suivent à la trace

HIGH-TECH Une étude a observé les comportements des applications du quotidien qui partagent la position géographique de l'utilisateur...

M.C.

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Une journaliste utilise son téléphone portable lors d'une conférence à Pékin.
Une journaliste utilise son téléphone portable lors d'une conférence à Pékin. — Ng Han Guan/AP/SIPA

Votre téléphone a du mal à tenir sa langue. Il partage votre localisation, en moyenne, toutes les trois minutes, selon une étude menée par l’université américaine Carnegie Mellon.

Pendant trois semaines, les chercheurs ont étudié l’usage que 23 personnes faisaient de leur smartphone sous Android à l’aide d’un programme spécial installé sur leurs téléphones. Il en ressort que les applications utilisées quotidiennement par ces utilisateurs ont envoyé leur position en moyenne 6.200 fois en deux semaines.

Quand la Bible veut connaître votre position

Cette utilisation des coordonnées géographiques des utilisateurs est certes justifiée pour les applications de cartographie ou celles qui fournissent un service «localisé». Les chiffres fournis par le «trackeur» des chercheurs ont toutefois de quoi étonner: l’application de commerce électronique Groupon, par exemple, a demandé la localisation d’un des participants à l’étude plus de 1.000 fois en deux semaines. Des données «nécessaires pour montrer à l’utilisateur les meilleurs biens et services dans sa zone», affirme Bill Roberts, le directeur de la communication de Groupon, qui jure que les données collectées ne sont pas partagées avec des tiers.

Dans d’autre cas, l’explication est moins évidente. A quoi vos informations de localisation peuvent-elle bien servir «lorsque vous utilisez des applications de jeux, de lampe-torche ou de lecture de la Bible?», s’interroge Wired. La réponse la plus courante: à vous montrer des publicités. Beaucoup d’applications gratuites, qui affichent un bandeau de pub, donnent votre localisation à des régies d’annonceurs, explique Jason Hong, un chercheur à Carnegie Mellon.

La meilleure parade: avoir le moins d'informations possible

Les chercheurs ont noté les applications gratuites pour smartphone en fonction de leur code source, établissant un classement des programmes les plus intrusifs. Des jeux populaires comme Mots entre amis, un scrabble à deux joueurs, ou Fruit Ninja, obtiennent les plus basses notes, réservées aux applications qui utilisent non seulement votre localisation, mais veulent accéder au stockage USB de votre téléphone, envoient des SMS, ou cherchent même les droits sur votre liste de contacts ou le microphone de votre appareil, ajoute Jason Hong.

Selon lui, beaucoup de développeurs ne soupçonnent pas que leur application vous espionne, car ils utilisent pour intégrer les bandeaux de pub des bibliothèques de code prêtes à l’emploi, fournies par les annonceurs. Beaucoup d’informations personnelles seraient aussi transmises à des compagnies d’assurances ou des sociétés de crédit, selon Norman Sadeh, l’un des auteurs de l’étude.

Toutes les applications ne sont pas malintentionnées, souligne Tim Wyatt, le directeur d’une entreprise de sécurité pour mobile. Mais le manque de transparence empêche l’utilisateur de voir qui en veut à ses données personnelles. La manière la plus sûre de protéger ses informations serait donc d’en mettre le moins possible car, rappelle Tim Wyatt, les données les mieux gardées sont «celles qui n’existent pas».