Les débuts méconnus de Shigeru Myamoto, créateur de Zelda et de Mario

JEU VIDEO «Sur les traces de Miyamoto», de 1952 à 1986, la première partie d'une biographie consacrée au «Spielberg des jeux vidéo», vient de paraître aux éditions Pix’n’Love…

Joel Metreau

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Shigeru Miyamoto, le 5 juin 2012, au salon du jeu vidéo e3, à Los Angeles.
Shigeru Miyamoto, le 5 juin 2012, au salon du jeu vidéo e3, à Los Angeles. — Vince Bucci/AP/SIPA

«Les portes de Nintendo sont notoirement infranchissables», écrit William Audureau. Pas de quoi décourager ce journaliste français dans son enquête précise et fouillée sur le visage le plus fameux du constructeur japonais de consoles et de jeu vidéo. Sur les traces de Miyamoto (éditions Pix’n Love, 22 euros) revient sur les débuts méconnus du créateur, de 1952 à 1986, avant qu’il ne soit entièrement reconnu, avec «La Légende de Zelda» et de «Super Mario Bros». Ce que l’on sait moins, c’est que le premier jeu dont Miyamoto avait entièrement assuré la supervision, c’est «Devil World», en 1984.

Petit, il voulait créer des marionnettes

«L’idée, au départ, c’était de raconter son itinéraire intellectuel, comment ce petit Japonais est sorti de sa campagne pour devenir ce fameux créateur de jeu vidéo», explique William Audureau. Durant son enfance, Shigeru Miyamoto ne se nourrit pas que de l’air pur de la campagne avoisinant sa petite ville de Sonobe. Mais aussi énormément de télévision. «Pour la génération des trentenaires aujourd’hui, rien de plus banal qu’une télé. Mais elle avait un pouvoir de fascination incroyable sur les jeunes nés dans les années 1950», rapporte le journaliste. Ainsi, le créateur de Mario envisage dans son enfance de devenir créateur de marionnettes animées, comme celles qu’il voit dans des séries.

L’influence du manga et de «Dragon Ball»

Dans le pays où est né le manga, cette forme d’art influence également Shigeru Miyamoto. D’abord, il veut devenir mangaka, comme le fameux Osamu Tezuka, créateur d’Astroboy. Mais il abandonne l’idée. En revanche, quand Akira Toriyama perce avec «Dr Slump», Shigeru Miyamoto introduira dans certains jeux des éléments comme des boules de cristal ou des sauts dans les nuages, présents dans une autre création d’Akira Toriyama, «Dragon Ball».

«Le poids de ses études de design industriel»

Alors qu’il entre chez Nintendo en 1977, le jeu vidéo en est à ses balbutiements. Le touche-à-tout Shigeru Miyamoto, dont le premier travail consiste à illustrer de boîtes de jeux de société siglés Disney, applique des techniques apprises lors de ses études. «La méthode Miyamoto, c’est un mélange entre deux choses, remarque William Audureau. C’est la simplicité de l’amusement, un héritage de l’inventeur des Game & Watch. Mais il y a aussi le poids de ses études de design industriel. Miyamoto est très sensible à la manière dont le joueur prendrait en main les jeux.»

La chance Popeye

Mais une part de chance guide aussi le destin de Miyamoto. L’une de ses créations les plus connues doit tout à Popeye, ou plutôt à son absence. Nintendo devait développer un jeu avec le marin qui sauve Olive de sa némésis Brutus en empruntant des échelles. Mais des questions de droits ont fait capoter l’affaire. On confie alors à Miyamoto la liberté de dessiner des personnages de son choix. Il y aura donc Lady, Donkey-Kong, et un plombier moustachu à casquette, qui deviendra la mascotte de Nintendo, Mario.