Fire Phone: Amazon dégaine son smartphone 3D

HIGH TECH L'appareil mise sur un système de quatre caméras pour proposer une nouvelle interface 3D...

Philippe Berry

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Le patron d'Amazon, Jeff Bezos, a présenté le Fire phone, le 18 juin 2014.
Le patron d'Amazon, Jeff Bezos, a présenté le Fire phone, le 18 juin 2014. — T.WARREN/AP/SIPA

Après des mois de rumeurs et de spéculations, il est enfin là. Mercredi, Jeff Bezos a dévoilé le premier smartphone d’Amazon. Et comme souvent pour ses nouveaux produits, il ne sera disponible qu’aux Etats-Unis pour commencer, à partir du 25 juillet. A titre de comparaison, il avait fallu attendre un an pour voir sa tablette Kindle Fire sortir en Europe.

Comme prévu, il s’agit d’un smartphone de milieu de gamme. La mauvaise surprise, c’est qu’il sera cher, à 199 dollars avec un contrat de deux ans, exclusivement chez AT & T, un prix comparable à celui de l’iPhone 5S ou du Galaxy S5. Le second opérateur mobile américain, qui possède environ un tiers du marché avec 111 millions d’abonnés, avait déjà eu l’exclusivité de l’iPhone, en 2007.

Une nouvelle interface 3D

Au premier regard, le téléphone n’a rien d’extraordinaire. Son écran HD (720p) de 4,7 pouces propose quatre fois moins de pixels que le LG G3. Son processeur quadcore ne battra pas des records de vitesse. Le capteur photo est standard, à 13 millions de pixels, mais il devrait être performant dans la pénombre avec une ouverture f/2.0. Il dispose d’une stabilisation optique et un bouton sur le téléphone permet une mise en boîte rapide à tout moment. Amazon offre enfin un stockage illimité dans le cloud pour sauvegarder ses photos.

Pour se différencier, Amazon mise surtout sur sa nouvelle interface. Un système de quatre caméras suit les mouvements oculaires et adapte l’affichage en conséquence, ce qui donne une illusion d’effet 3D. «Si ce n’était que ça, ce serait un gimmick», note l’analyste de Gartner, Van Baker. Mais l’expert relève que cette technologie s’accompagne de capteurs pour contrôler son smartphone sans le toucher. On peut le pencher à gauche ou à droite pour faire défiler des images, ou vers l’avant pour scroller. La démo réalisée sur scène était plutôt convaincante, mais d’autres téléphones ont déjà tenté l’expérience auparavant, sans grand succès.

Convertir un utilisateur en client

Le problème numéro un du smartphone, c’est qu’il est basé sur une version d’Android modifiée. Comme la tablette Kindle Fire, il faut donc utiliser l’app store d’Amazon, qui ne compte que 250.000 apps sur les 1,2 million de Google Play. A l’heure actuelle, certaines applis très populaires comme Snapchat ou Pinterest manquent à l’appel. En bidouillant, il est possible de contourner le problème mais ce n’est pas le public visé par Amazon.

Pourquoi lancer un smartphone, alors qu’Apple et Samsung se partagent 60 % du marché américain? Car Amazon a un business model différent. «Le but principal avec ses téléphones et tablettes, c’est de convertir l’utilisateur en client d’Amazon Prime», explique Van Baker. Pour 99 dollars par an (75 euros), les abonnés bénéficient d’une livraison en 48 heures gratuite. Du coup, ils dépensent en moyenne deux fois plus qu’un internaute lambda sur Amazon.com, selon une étude de 2013 de CIRP. En bonus, ils ont accès à la vidéo d’Amazon Instant et à Prime Music, un service de streaming limité lancé mi-juin.

Pour une durée limitée, les acheteurs du Fire Phone bénéficieront d’un abonnement gratuit d’un an à Prime. Et Amazon a une dernière corde à son arc: le service Firefly permet de reconnaître, via l’appareil photo, plus de 100 millions d’objets (CD, livre, pot de Nutella etc.). Et évidemment, de les acheter en un clic.