MtGox fermé: Le bitcoin, une monnaie virtuelle en pleine tourmente

HIGH-TECH La confusion règne, et les internautes ayant fait confiance à la plateforme d'échange japonaise pourraient bien perdre leur culotte...

Philippe Berry

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Une pièce de 25 bitcoins.
Une pièce de 25 bitcoins. — R.BAUMER/AP/SIPA

En règle générale, il faut avoir le cœur bien accroché pour naviguer les eaux tumultueuses du bitcoin. Mais depuis lundi soir, un vent de panique souffle autour de cette monnaie virtuelle, alors que la plateforme d'échange MtGox a fermé ses portes pour une durée indéterminée, sur fond de rumeur d'un cyberbraquage géant.

Le bitcoin, c'est quoi?

Une monnaie virtuelle qui n'est liée à aucune banque centrale. Lancée en 2009 par Satoshi Nakamoto (le pseudonyme d'une ou plusieurs personnes), elle repose sur un stock fini de bitcoins. Ce gros bloc virtuel est «miné» progressivement par des internautes via des opérations mathématiques complexes pour introduire une quantité limitée de monnaie. Les bitcoins peuvent s'utiliser comme moyen de paiement direct, surtout en ligne, ou être convertis en euros ou en dollars.

Et le MtGox?

Ce site japonais a démarré en 2009 comme une plateforme d'échange de cartes à jouer Magic (MtGox, pour «Mont Gox», est un acronyme pour Magic: The Gathering Online eXchange). En 2010, il se met au bitcoin et en devient le marché principal. Les internautes peuvent échanger leurs devises traditionnelles contre cette monnaie virtuelle, dont la valeur monte et descend en fonction de l'offre et de la demande. Après plusieurs scandales et des problèmes de sécurité récurrents, deux autres marchés majeurs ont émergé, Bitstamp et BTC-e.

Quelle est la situation aujourd'hui?

Depuis le 10 février, l'activité était limitée sur le MtGox. Ce dernier affirme qu'un bug de au niveau des protocoles du bitcoin permet «d'altérer une transaction externe pour faire croire qu'elle n'a pas eu lieu». Certains hackers auraient réussi à l'exploiter pour voler des pièces. La plupart des autres marchés sont restés ouverts, expliquant que le bug était connu depuis 2011 et qu'il était facile à boucher au niveau des portefeuilles personnels. Dans la nuit de lundi à mardi, le MtGox a disparu de la surface d'Internet, avec un site inaccessible et tous les tweets de son compte officiel effacés.

La déclaration officielle

A la mi-journée, un message laconique de 50 mots n'a pas vraiment éclairci la situation: «A la lumière des récents événements et de leur potentielle répercussion sur les opérations du MtGox, la décision de fermer toutes les transactions pour le moment a été prise afin de protéger le site et nos utilisateurs.»

350 millions de dollars dérobés?

Un document circule en ligne affirmant que 744.000 bitcoins se sont évaporées au cours des dernières années dans les transactions du MtGox à cause du bug. Au cours actuel, cela représenterait 350 millions de dollars, ce qui serait, de loin, le plus gros casse virtuel de l'histoire des monnaies électroniques. Pour l'heure, l'authenticité du document, et de l'information, n'a pas pu être vérifiée.

Vente? Dépôt de bilan? Les bitcoins sont-ils perdus?

Selon le document qui circule en ligne, au-delà du cybercambriolage, le MtGox serait insolvable et au bord du dépôt de bilan. Alors que la rumeur d'une vente revient avec insistance, son PDG, Mark Karpèles, a réagi auprès de Reuters: «Nous devrions avoir une annonce officielle dans peu de temps. Nous sommes actuellement à un tournant de notre business. Je ne peux pas en dire plus car d'autres partis sont impliqués». Si le MtGox ferme et que l'argent a disparu, il sera sans doute compliqué pour les utilisateurs de le récupérer. L'autorité japonaise des marchés financiers a déjà précisé que le bitcoin n'était «pas une monnaie» et ne dépendait donc pas de sa juridiction.

Le PDG français du MtGox, Mark Karpèles, parle

A l'origine, le MtGox a été créé par Jed McCaleb, le cofondateur du logiciel P2P eDonkey. En 2011, il vend le site un entrepreneur français expatrié au Japon, Mark Karpèles. Accusé au mieux d'être incompétent, au pire un escroc, ce dernier a d'abord fait profil bas. Dimanche, il a démissionné de sa position à la Bitcoin Foundation, l'organisation américaine qui fait la promotion du bitcoin dans le monde. Mardi, il a toutefois discuté sur IRC avec un consultant. Fox a obtenu la conversation (et une photo prouvant son identité). Il affirme qu'il n'a «pas jeté l'éponge». Selon lui, les bitcoins ne sont pas perdus mais «temporairement indisponibles». Il ne confirme pas l'origine du document qui circule en ligne mais indique que les informations et les chiffres sont «plus ou moins» justes.

Et maintenant?

Pour l'instant, le reste des marchés tient plutôt le choc, avec un cours qui se maintient au-dessus des 500 dollars sur Bitstamp. C'est deux fois moins que début décembre mais dix fois plus qu'il y a un an. Au cours des derniers mois, plusieurs vols ont eu lieu, trois marchés mineurs ont déjà mis la clé sous la porte et l'entrepreneur Charlie Shrem a été incuplé pour blanchiment d'argent en Floride. De nombreuses voix appellent à la mise en place de régulations. Selon le professeur de droit Peter Henning, «c'est inévitable». Même si cela signifie la fin de l'anonymat des transactions.