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Journée sans téléphone portable: Comment a-t-on survécu si longtemps sans mobile?

Journée sans téléphone portable: Comment a-t-on survécu si longtemps sans mobile?

TECHNOLOGIE – Plongée dans l'ère pré-06...
Annabelle Laurent

Annabelle Laurent

Malheur. Cataclysme. Vous n’avez plus de batterie, pas de chargeur en vue. Il n’est que midi, il va falloir tenir la journée. Sans téléphone portable. Un cauchemar pour 22% des Français, et 34% des 15-19 ans, selon un sondage récent de la société Mingle. D’où le thème de l’édition 2013 de cette Journée mondiale sans téléphone portable, lancée par l’écrivain Phil Marso il y a 12 ans: la lutte contre la nomophobie, la peur panique de vivre sans téléphone. Vous aussi, vous avez du mal à vous souvenir comment on faisait avant, sans cette petite chose à écran et clavier qui compte plus de cinq milliards d’utilisateurs dans le monde? 20 Minutes vous rafraîchit la mémoire.

Caler un rendez-vous

L’organisation d’un mariage ou de la cérémonie d’investiture d’Obama: de la gnognotte à côté. Caler un rendez-vous sans téléphone portable impliquait:
1. De se mettre d’accord sur un lieu à l’avance. Pas «Place de la République», hein, le lieu. Plutôt au croisement de telle ou telle rue. Ou devant le 78 de la rue du Commerce, «mais pas le 78 bis attention». Si le rendez-vous était chez quelqu’un, il fallait noter le code de la porte d’entrée à l’avance. Donc le demander à l’avance. Même l’étage et le 3e à gauche. Avec ça, on aurait au moins mérité un bravo et une coupe de champagne à chaque arrivée.
2. D’être à l’heure. Ça se complique. «J’arrive, je suis à trois stations!»: ce SMS que vous envoyez systématiquement pour prévenir la personne qu’elle peut, pour l’instant, arrêter de passer frénétiquement la foule au scanner en espérant vous voir apparaître, puisque vous êtes à neuf stations (on le connaît, le coup de diviser par trois par honte d’être en retard), eh bien ce SMS n’était pas là pour vous sauver. Quand vous aviez rendez-vous, il fallait y être à l'heure dite.

Partir en vacances/Partir de chez vous

Quand vous partiez en vacances une, deux, trois semaines, dire adieu à vos amis, c’était comme les quitter avant un an de mission à Khartoum pour Médecins du monde. Au moment où vous passiez la porte de chez vous, adios amigos, plus le moyen de prendre des nouvelles ou d’en donner. Si ce n’est par lettres, cartes postales, ou parfois grâce au téléphone de votre hôtel ou lieu de vacances. Vous étiez donc coupés du monde, au moins la journée. Ce qui pour certains, est la définition même de l’angoisse. Et pour d’autres, celle des vacances, les vraies. Sachant qu’être injoignable était aussi possible hors vacances, dans votre quotidien. «Put*** mais je t’ai appelé trois fois, qu’est ce que tu fous?!!» Eh non. Personne ne pouvait vous le reprocher. Pas non plus d’horripilant «Allo t’es où?». Et toi, t’es où? Pareil pour ce mail de votre chef outré que vous n’ayez pas lu, à 13h45, ce dossier urgent envoyé à 13h42. Bah non, vous étiez sortis. Dingue pour un dimanche.

Passer du temps avec ses amis, son copain/sa copine…

Dans l’ère pré-06, quand les gens étaient ensemble, ils l’étaient vraiment. Celui qui s’ennuyait à mourir ne s’ennuyait pas moins, mais il regardait dans le vide, pas son portable, et avec un peu de chance, se raccrochait au bout d’un moment à la conversation. A Noël, il n’y avait pas ce moment gênant où votre tante se met à hurler sur votre petit cousin parce qu’il n’a pas, c’est vrai, levé une demi-seconde les yeux de son téléphone. Il n’y avait pas non plus ce moment où, au bout de dix minutes de discussion dans un café avec un(e) ami(e), vous vous interrompez pour sortir votre portable pour être sûr que tout va bien. Que vous n’avez pas raté un SMS urgentissime. Dans une soirée entre amis, votre pote Gégé ne disparaissait pas tout à coup une heure pour s’engueuler pour la 4e fois de la journée avec son mec, les insultes filtrant à travers les murs pour lui éviter ensuite d’avoir à tout vous débriefer. MAIS les réunions de famille ou de boulot passaient beaucoup plus lentement. Et vous ne pouviez pas appeler/textoter à l’aide au cours d’un «date» calamiteux.

Draguer

«Tu me passes ton 06?», ou pour les plus de 16 ans «Tu me passes ton numéro?». Réplique utile, quand cet inconnu(e) rencontré(e) dans une soirée vous a rendu(e) complètement dingue, et que ce serait pas mal de pouvoir le (la) croiser en forçant le destin plutôt que de compter sur le hasard de la vie. Mais non, avant l’ère du «06», on s’échangeait amoureusement des petits bouts de papier griffonnés d’un numéro (de fixe, si vous suivez), qu’il valait mieux de ne pas perdre dans un coup de vent par la fenêtre de la voiture. Une fois chez vous, il ne vous restait plus qu’à attendre la sonnerie du téléphone, assis par terre dans l’entrée, et à retenir votre souffle au moment où vous écoutiez votre messagerie (si vous aviez eu l’audace de descendre 2 minutes 23 chercher des vivres). Pitié, qu’il (elle) ait laissé un message. Toute ressemblance avec une comédie romantique des années 1990 ne serait pas fortuite.

>> «C’est le moment de s’interroger sur son propre rapport au téléphone portable»: Lire l'interview d'une addictologue par ici