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Arbitre d’esport, un titre qui ne dit pas tout

Les « arbitres » d’esport sont surtout techniciens, programmateurs et diplomates

Hors-jeu•Pas de sifflet ni de carton rouge : dans l’esport, c’est le jeu qui tranche. Alors que font les « arbitres » ? À l’EVO France, l’un d’eux raconte un métier de l’ombre, entre consoles à brancher, joueurs à rassurer et bénévolat
Quentin Meunier

Quentin Meunier

L'essentiel

  • Les arbitres d’esport ne sont pas de simples arbitres mais des « experts techniques » qui participent à l’organisation du tournoi et à la réalisation de la diffusion en direct.
  • Leur rôle consiste également à faire respecter les règles spécifiques aux compétitions et à gérer les imprévus.
  • L’arbitrage en esport reste principalement un complément de revenu et une mission assuré par des membres de la communauté, plutôt qu’un véritable métier.

Pas de coup de sifflet, pas de carton rouge, pas de VAR. Dans un match d’esport, c’est le jeu qui tranche. « Certes, le jeu dicte la partie et l’issue du match », concède Clément, arbitre. Alors à quoi sert quelqu’un qui porte ce titre ? « Le sujet principal, c’est qu’on ne devrait peut-être pas appeler les arbitres d’esport des arbitres. »

Du 9 au 11 octobre, Nice accueillait pour la deuxième année l’EVO France, déclinaison européenne du plus grand tournoi de jeux de combat au monde. Huit tournois officiels étaient au programme, contre sept en 2025, dont Street Fighter 6 et Tekken 8. Clément y pilotait la zone Tekken.

Un co-organisateur du tournoi

Sa fiche de poste tient peu du sifflet. « On fait partie du staff du tournoi. Je suis un expert technique qui assiste au montage et au paramétrage des consoles », explique-t-il. En plus de connaître les règles et les configurations sur le bout des doigts, il peut même être sollicité pour une partie de l’organisation. Avant même le premier match, il participe aussi au seeding, le classement des joueurs qui détermine qui affronte qui en début de tableau.

Le jour J, il faut tenir le tempo : « S’assurer que tous les joueurs sont là et prêts à jouer à l’heure », non seulement pour le rythme du tournoi, mais aussi pour celui de la production. De plus en plus de compétitions sont filmées, et l’arbitre devient un peu directeur de programmation : « Il faut bien connaître le tournoi pour sélectionner des matchs à regarder. » Ancien président du Mix Up, tournoi lyonnais de jeux de combat, Clément dit « très bien connaître la scène » et savoir « détecter les meilleurs matchs du tableau » à recommander aux équipes de réalisation.

Arbitrer quelques décisions techniques

Et, malgré tout, il y a aussi les règles. « Le jeu est d’abord conçu par l’éditeur pour être joué dans son canapé et kiffer », rappelle Clément. Les compétitions peuvent rajouter des contraintes en tournoi, par exemple. Sur Tekken, le perdant d’une manche peut changer de personnage et recevoir du coaching pour la suivante. Le gagnant, non. Et c’est l’arbitre qui, en match, surveille tout ça.

Reste la gestion des imprévus, techniques ou humains. Là, le règlement ne suffit pas. « Il faut avoir l’assise communautaire pour que notre décision soit bien acceptée quoi qu’il arrive. » C’est le vrai capital de l’arbitre : être connu, reconnu, et jugé légitime par des joueurs qu’il croise souvent ailleurs qu’en tournoi.

Les situations délicates, Clément en a connu. En 2024, au Mix Up, un collègue débranche une manette en plein match. « J’ai dû passer les trois quarts de ma journée à m’excuser auprès du joueur, du staff accompagnateur… » Une autre fois, il a dû annoncer à un joueur qu’il connaissait personnellement son bannissement d’un tournoi officiel. Mais, assure-t-il, « de par nos connaissances, on arrive généralement à intervenir avant que les situations en arrivent là ».

Plus un complément de revenu qu’un métier

Ces profils d’organisateurs naissent rarement d’une vocation : « On devient arbitre parce qu’on aime bien organiser, on a de la rigueur, un bon lien social », raconte Clément. Souvent, ce sont d’anciens joueurs qui veulent s’investir. Clément, lui, n’a jamais été joueur professionnel. Fan du jeu de cartes Yu-Gi-Oh !, il a d’abord arbitré pour financer sa passion. Un déménagement à Lyon l’a ensuite conduit vers Tekken, au sein de l’association La Dose.

Et l’argent ? « Dans mes plus grosses années, ça a dû me générer 6.000 euros de revenus », estime-t-il. Plus proche donc, du complément de revenus, que du métier. Même si, sur certaines scènes esport beaucoup plus grosses, certains arbitres peuvent être embauchés par l’éditeur du jeu. « C’est un effort qui devrait mériter un salaire, mais est-ce qu’il y a les ressources, le business derrière ? Dans l’esport, certains jeux attirent assez d’opportunités, et d’autres non », rappelle le trentenaire. Sans en faire un drame : « La plupart de la communauté est bénévole. On le fait parce qu’on est passionnés. »