Passer au contenu principalPasser à l'en-têtePasser au pied de page
Mamaparika raconte son combat contre le racisme sur Twitch

« On me traitait de singe », raconte la streameuse Mamapaprika, ambassadrice de l’association Afrogameuse

lutterLa streameuse Mamapaprika a intégré l’association Afrogameuse en 2020. Le but : normaliser la présence des femmes afrodescendantes dans le monde du jeu vidéo et sur Twitch
Quelle place pour le drag sur Twitch
Maelys Courpotin

Maelys Courpotin

L'essentiel

  • L’association Afrogameuse a été créée par la streameuse Jane Lufau, alias Invicible Jane, en septembre 2020. Elle réunit des streameuses, des joueuses et des femmes afrodescendantes travaillant dans le monde du jeu vidéo. Son but est de rendre ce milieu plus inclusif pour toutes ces femmes non-blanches.
  • MamaPaprika est streameuse sur la plateforme Twitch depuis 2020. Elle y parle surtout de jeux vidéo, auxquels elle joue en direct. Depuis plusieurs années elle est devenue ambassadrice Afrogameuse, en conventiion, en tournoi etc.
  • Sur Twitch mais aussi dans le monde du jeu vidéo en général, les femmes et les personnes non-binaires et non-blanches doivent régulièrement faire face à des commentaires racistes.

«J’ai reçu une fois une vague de commentaires racistes, des menaces de morts, de viols, le tout en live. » Voilà ce que raconte la streameuse Mamapaprika lorsqu’on lui demande ce que c’est d’être une femme noire qui joue aux jeux vidéo sur Twitch, où elle cumule plus de dix mille abonnés.

Pour ne pas se sentir seule, elle a donc rejoint l’association Afrogameuse, qui réunit des joueuses de jeux vidéo, des professionnelles ou des streameuses et lutte contre le racisme et le sexisme (voire les deux en même temps) du milieu. Pour 20 Minutes, elle a accepté de parler de son expérience et des missions de l’association.

Comment avez-vous connu l’association Afrogameuse ?

Une de mes anciennes collègues avait posté une story sur Instagram. Elle parlait d’une association réunissant des femmes afrodescendantes du milieu du jeu vidéo, créée par la streameuse Invincible Jane, alias Jennifer Lufau. C’était en 2020, seulement deux semaines après que j’ai commencé le streaming et au début de l’association.

Pourquoi avoir voulu la rejoindre ?

Parce qu’Afrogameuse œuvre pour qu’il y ait beaucoup plus de représentation dans le monde du jeu vidéo. Son but c’est que les gens ne soient plus surpris lorsque les femmes afrodescendantes disent jouer aux jeux vidéo tous les jours. Parce que moi quand je le dis, j’ai toujours des réactions étonnées par exemple.

Et puis elle milite pour qu’on voit plus de personnages afrodescendantes, non-blanches, non-binaires dans les jeux, mais aussi dans les studios directement. Ses membres prennent la parole en convention, devant les entreprises. Des tournois réservés uniquement à des personnes afrodescendantes sont organisés, pour leur assurer une quiétude et éviter des regards désagréables ou d’être victimes de propos racistes.

Et sur Twitch comment ça se passe ? Est-ce que la plateforme met en avant les créatrices non-blanches ?

Ils font des efforts là où ils peuvent en faire. Personnellement j’ai eu la chance d’être mise en avant à plusieurs reprises. Une fois ils aussi fait une campagne avec une ambassadrice appelée Bulledop, pour parler des outils de modérations, qui sont nombreux. Nous sommes aussi souvent invités par les équipes Twitch France pour parler des nouveaux outils de modération. Mais aux Etats-Unis par exemple, la communauté noire n’a pas du tout la même portée. Ils ont le Black History Month, durant lequel ils mettent en avant tous les streameurs et toutes les streameuses noires de la plateforme. Et surtout, Twitch est régie par son public. Si les spectateurs n’adhèrent pas, cela ne fonctionnera pas. Et le public n’est pas prêt à voir une femme noire sur Twitch.

Est-ce que ça t’arrive régulièrement de recevoir des commentaires racistes dans le chat ?

Ça a été le cas pour moi et beaucoup d’autres. Une fois, pendant un stream, j’ai été victime d’un raid [N.D.L.R : une vague de messages]. D’un coup j’ai reçu des centaines de messages à caractère violent, des menaces de mort, des menaces de viol et aussi des menaces racistes. En l’occurence on me traitait de singe en plus de tout le reste. C’est arrivé lors d’une vague de harcèlement dirigée uniquement à l’encontre de streameuses. Ça avait été très impressionnant à vivre.

Est-ce que tu reçois toujours ce genre de messages aujourd’hui ?

Oui mais de façon sporadique. Parce que j’ai gagné en communauté. Les attaques racistes, misogynes, lgbtophobes se font principalement vers des petites chaînes parce que ce sont des personnes qui vont regarder leur chat et ils se disent qu’ils vont avoir un impact dessus. Moi aujourd’hui j’ai une équipe de modération hors pair, qui arrive à écarter très facilement ce genre de commentaires.

Pourquoi fais-tu le choix de continuer à streamer malgré tout ça ?

Je n’ai aucune vocation à être porte-étendard, mais je sais que de voir des gens qui nous ressemblent, ça motive, ça rassure. Et vu le nombre de messages que je reçois, qui me disent « » ça me fait du bien de voir une streameuse noire sur la plateforme », il faut continuer. Donc il faut continuer à normaliser la présence des personnes non-blanches sur les plateformes. En évitant par exemple que les événements sur Twitch restent dans un entre-soi blanc et masculin. Je sais qu’il y a beaucoup d’acteurs qui font des efforts là-dessus et je les en remercie.