Mise au vert, nutrition, gestion du stress… Les joueurs d’e-sport, des sportifs comme les autres ?
a vos marques•Loin des clichés, les joueurs d’e-sport s’astreignent à des routines de plus en plus exigeantes qui pourraient vous inspirer - bientôt en tout casChristelle Pellissier
L'essentiel
- Loin des clichés, les équipes d’e-sport adoptent progressivement les routines des sportifs traditionnels, que ce soit en matière d'activité physique, de nutrition ou de gestion du stress.
- Matthieu Péché, médaillé olympique et manager de l’équipe Vitality, a adapté son approche aux jeunes joueurs d’e-sport qui « sortent de leur chambre » sans formation sportive préalable.
- Les gamers professionnels intègrent aujourd’hui des routines complètes pour « faire la différence » à terme dans une discipline où les écarts se réduisent au fil des compétitions.
Halte aux clichés. Le profil du gamer a évolué ces dernières années, prenant même, aujourd’hui, les traits d’une femme d’une quarantaine d’années… La pratique du jeu vidéo s’est, d’une façon globale, démocratisée et féminisée, mais aussi professionnalisée avec l’avènement de l’e-sport, une discipline sportive - n’en déplaise à certains - à part entière. A tel point que les e-sportifs s’inspirent des routines des sportifs dits « traditionnels », comme les footballeurs ou les rugbymen. Un passage obligé « pour faire la différence », au regard de l’infime écart qui sépare aujourd’hui les différentes équipes d’e-sport, comme l’analyse Matthieu Péché, manager de la team Vitality sur Counter-Strike 2.
Médaillé olympique en canoë-kayak, Matthieu Péché apporte son savoir-faire d’ancien sportif de haut niveau à la team Vitality depuis 2019. Ce qui lui a permis de voir évoluer la discipline, tout comme les habitudes des joueurs, dont Dan Madesclaire (apEX) et Mathieu Herbaut (ZywOo), au cours des six dernières années. « Je suis arrivé dans leur monde. Je pensais tout changer avec mes idées extérieures mais j’ai dû me raviser et aller à leur rythme, dit-il. Dans l’e-sport, les joueurs ne passent pas par un club, un pôle espoir, puis les pôles d’élite, ils sortent de leur chambre chez leurs parents. Ils n’ont pas forcément les bonnes habitudes, il a donc fallu commencer par les basiques, à savoir bien manger, bien dormir et bien bouger, et fixer des horaires ».
Du sport et… la meilleure alimentation possible
En l’espace de six ans, ces routines ont pourtant bien évolué, au point de pouvoir aujourd’hui inspirer tout un chacun. Car, contrairement aux idées reçues, le gamer professionnel ne passe pas ses journées posté dans son canapé, se contentant d’échauffer ses pouces, un œil rivé sur l’écran, l’autre sur le paquet de chips ouvert la veille entre deux maps.
Alors que la discipline est souvent pointée du doigt pour favoriser la sédentarité, Matthieu Péché s’attache en premier lieu à les faire bouger. « Tous les matins, il y a une mise au vert. On fait une balade d’au moins 30 minutes qui peut être supplémentée d’autres activités, avant d’attaquer la théorie puis les entraînements dans l’après-midi ». Et s’il précise qu’il n’a « pas besoin d’avoir cinq joueurs avec des abdos reluisants », le médaillé olympique peut être amené à leur demander de courir ou de réaliser un certain nombre de pas au quotidien pour s’oxygéner.
« Certains de mes joueurs sont maintenant éveillés au sport traditionnel et suivent leur propre programme, qu'ils courent, jouent au paddle ou fassent de la musculation »
Côté nutrition, la tâche est plus délicate du fait de l’absence d’encadrement au quotidien - mais pas insurmontable. Contrairement aux autres sportifs de haut niveau, les joueurs d’e-sport ne disposent pas de centre d’entraînement, chacun rentrant chez soi à l’issue des tournois, et sont aussi tributaires de l’organisation lorsqu’ils jouent à l’étranger. Résultat, il est plus compliqué d’adopter de bonnes habitudes alimentaires, tout du moins de façon pérenne.
Cela n’empêche pas le manager de les conseiller au quotidien, en leur demandant d’avoir une alimentation variée. « Ils sont conscients que la nourriture est un carburant, qu’ils ont besoin de manger correctement pour être performants ». Et cela concerne aussi les horaires des repas. « Si on a un match à 13 heures, on ne mange pas à midi, mais au moins 3 heures avant, ou de faire un gros petit-déjeuner, et d’avoir des en-cas entre les maps », détaille le manager.
Etre toujours plus performant
En 2025, les joueurs d’e-sport ne se contentent plus d’appliquer les basiques, poussant toujours plus loin leurs routines. Lesquelles ressemblent toujours plus à celles des sports dits traditionnels. La preuve avec la gestion du stress, qui peut passer par des sessions de méditation et des exercices de respiration, entre autres. Les jours de match, les joueurs marchent une trentaine de minutes, puis s’éveillent avec des jeux spécifiques avant de passer à la préparation, entre stratégie et entraînement individuel. « C’est comme dans le sport traditionnel. Moi, je retardais le moment où j’allais mettre ma pagaie dans l’eau car c’est là que je savais si j’étais en forme ou pas. C’est la même chose dans l’e-sport », indique Matthieu Péché.
Toutes les news GamingDans cette veine, il y a désormais au sein de l’équipe le stretching club avec trente minutes d’étirements tous les soirs. Au-delà de l’activité physique, il s’agit de créer des moments informels où les joueurs peuvent échanger sur différents sujets, sans pression. Au sport, à la nutrition et à la gestion du stress, s’ajoutent des routines pour s’adapter au décalage horaire ou gérer d’éventuels maux liés à la posture du gamer. Des détails qui pourront à terme faire la différence. « Les routines existantes dans le sport traditionnel arrivent doucement dans le monde de l’e-sport. Ça prend du temps, mais on y arrive. Aujourd’hui, l’écart est tellement infime entre les équipes qu’à un moment il va falloir aller chercher cette différence dans ces détails », conclut l’ex-sportif de haut niveau.



















